
Lomé, 12 juin (ATOP) – La zone Union économique et monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), confrontée à une double exigence, se trouve aujourd’hui à « un carrefour stratégique de l’histoire de notre continent », a déclaré le président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Serge Ekué, à l’ouverture des travaux de la première édition de « BOAD Development Days », le jeudi 12 juin à Lomé.
« L’Afrique de l’ouest, riche de ses ressources naturelles, de son potentiel humain et de la jeunesse de sa population, est confrontée à une double exigence : accélérer son développement économique tout en répondant aux impératifs de durabilité et de résilience climatique », a estimé le président de la BOAD.
Ces journées, organisées par la BOAD, portent sur le thème : «Financement de la transition énergétique et de l’agriculture durable : défi, opportunités et solutions». A travers ce thème, les experts vont débattre des défis liés aux sujets d’actualité notamment l’accès universel à l’électricité dans l’espace communautaire, la transition énergétique et le rôle de l’agro-industrie comme levier de souveraineté.
La transition énergétique et l’agriculture durable constituent les deux piliers indissociables pour une stratégie de développement adaptée, inclusive et responsable, a affirmé M. Ekué.
En matière d’énergie, à l’échelle mondiale, plus de 685 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité, dont plus de 80% vivent en Afrique. « Dans l’UEMOA, des millions de nos concitoyens restent privés d’électricité. La zone UEMOA, malgré son immense potentiel solaire, éolien, hydroélectrique et même fossile, affiche un faible taux d’accès à l’électricité, inférieur à 50%, contre 91% au plan mondial. Nos réseaux dépendent encore majoritairement de l’énergie thermique (70%) et de l’hydraulique (27%), et les tarifs pratiqués comptent parmi les plus élevés », a relevé le président de la BOAD.
La transition énergétique s’avère être une nécessité vitale pour garantir un accès équitable des populations à l’énergie. « Elle est aussi un levier d’inclusion, un moteur pour l’éducation, la santé, les PME rurales, et bien sûr, pour l’agriculture. En cela, ce n’est rien d’autre qu’une condition préalable pour le développement économique et social », a dit M. Ekué.
Concernant l’agriculture, le président de la BOAD a relevé que les défis de la zone sont multiples, notamment la dépendance aux intrants importés, la forte vulnérabilité au changement climatique (aléas climatiques, pauvreté des sols, faible maîtrise de l’eau), la modernisation très limitée (faible mécanisation, filières non structurées, accès limité aux intrants), la transformation et valorisation insuffisantes des produits agricoles, auxquelles s’ajoutent les impacts des crises sécuritaires et sanitaires.
Au regard de ces exigences, les besoins sont colossaux et l’accès des acteurs économiques au financement demeure limité. Pour le président de la BOAD, « La transition requise, tant au plan énergétique que dans le domaine agricole, exige des investissements massifs, des mécanismes de financement adaptés et une mobilisation collective ». Il s’est dit conscient que les opportunités existent pour inverser la tendance : « Les nouveaux mécanismes de financement vert et les instruments de la finance climatique, combinés aux innovations technologiques et aux partenariats public-privé, peuvent transformer notre trajectoire ».
Les enjeux sont énormes au même moment où les populations continuent de croître, a reconnu M. Ekué. Ces défis sont climatiques, économiques, sociaux. « Ils touchent le quotidien de nos populations, celui des générations à venir, et la trajectoire même de nos pays, nous obligent à agir différemment, à repenser notre façon de produire, de consommer et d’investir.
Face à ces défis, le président de la BOAD trouve nécessaire de repenser les modèles de financement du développement, d’identifier des solutions innovantes et des opportunités de financement dédiées à la sécurité alimentaire et à la transition énergétique. Il estime fondamentale d’impliquer davantage le secteur privé dans l’offre de produits alimentaires et d’énergie, compte tenu des besoins importants d’investissement des Plans nationaux de développement. M. Ekué lance un appel aux Institutions financières de développement et les Banques multilatérales de développement (BMD), « de jouer pleinement leur rôle contra-cyclique et catalytique et de promouvoir de nouvelles approches de financement, ainsi que les partenariats et les bonnes pratiques ».
Pour les États membres, le président de la BOAD met l’accent sur la poursuite de l’assainissement du cadre macroéconomique à travers notamment « l’implémentation de mesures et réformes incitatives visant une plus grande attraction de l’investissement privé dans l’agriculture et l’offre d’énergie ».
« Je vous exhorte à faire de ce forum un moment privilégié. Un moment pour échanger et questionner, certes, mais aussi pour proposer, oser et créer ensemble. Bâtir des alliances stratégiques, et faire émerger des solutions concrètes, innovantes et adaptées à nos réalités, pour un avenir durable pour les populations de notre région », a conclu le président de la BOAD.
ATOP/AJA/SED






