
Lomé, 14 juin (ATOP) – L’Afrique a besoin d’un socle énergétique fiable, tel que le nucléaire civil, pour assurer son industrialisation et nourrir sa population, a affirmé, le vendredi 13 juin à Lomé, le Pr Lassina Zerbo, diplomate en sciences nucléaires, géophysicien et ancien Premier ministre du Burkina Faso.
Intervenant en qualité de keynote speaker à la première édition des « BOAD Development Days », le Pr Zerbo a soutenu que « l’accès à une énergie notable et fiable n’est plus un simple objectif de développement. C’est une condition nécessaire, une condition sine qua non de notre industrialisation et de notre souveraineté ».
Pour l’ancien Premier ministre burkinabè, aujourd’hui président de la Commission de l’énergie atomique du Rwanda, « les infrastructures associées et l’émergence des petits réacteurs modulaires constituent la solution viable pour les pays du Sud. Il n’y a pas d’autre choix. C’est ce qui va nous permettre de nous industrialiser ».
D’après les données de la Commission économique pour l’Afrique mondiale, le continent ne capte que 2 % des investissements mondiaux en énergie renouvelable. Sur 10 000 milliards de dollars investis entre 2015 et 2022, l’Afrique en a reçu une infime partie. Sa demande en électricité devrait passer de 1 000 TeraWattheures à 5 000 TWh d’ici 2040.
Le Pr Zerbo explique que les réseaux électriques sont vieillissants, inadaptés, mal interconnectés et incapables d’alimenter de façon stable les zones rurales. Le cadre réglementaire, quant à lui, manque souvent d’agilité et de stabilité pour accueillir les innovations énergétiques. Il plaide ainsi pour un mix énergétique dans lequel les énergies renouvelables ont toute leur place. Toutefois, leur intermittence ne permet pas, à l’heure actuelle, d’atteindre l’industrialisation dont l’Afrique a besoin.
Les défis pour le continent sont énormes. Le coût du capital pour les projets énergétiques y est de deux à trois fois plus élevé qu’ailleurs, une situation qui décourage les investisseurs, alors qu’il faut mobiliser plus de 200 milliards de dollars par an jusqu’en 2030.
Pour construire les petits réacteurs modulaires, les micro-réacteurs, et même les grandes centrales traditionnelles que l’Afrique du Sud et l’Égypte mettent actuellement en place, le continent devra résoudre le problème de faible capacité institutionnelle et humaine. Il faut, dit-il, un capital humain capable de piloter les projets technologiques. La formation des ingénieurs, des régulateurs, des techniciens, bref, « des philosophes de l’énergie », est une urgence.
« L’Afrique, qui se positionne de plus en plus sur les usages de l’intelligence artificielle, que ce soit dans l’agriculture, la santé ou l’éducation, devra justement anticiper les impacts énergétiques de cette révolution numérique », a-t-il prévenu. Cela pose un double enjeu : garantir l’accès à une électricité fiable et bas carbone pour soutenir les ambitions numériques du continent.
Il s’est réjoui de la levée, par la Banque mondiale, de l’interdiction de financement du nucléaire civil. Pour financer autrement la transition énergétique, le Pr Zerbo appelle à s’inspirer de modèles réussis dans le monde, à l’instar de l’Argentine, des Émirats arabes unis ou de la Turquie, avec un recours important aux partenariats public-privé, une vision partagée par la BOAD, organisatrice de cette première édition des « BOAD Development Days ». La capitale togolaise a accueilli cet évènement du 12 au 13 juin autour du thème : « Financement de la transition énergétique et de l’agriculture durable : défis, opportunités et solutions ».
ATOP/AJA/DHK






