
Lomé, 11 déc. (ATOP) – Dans un plaidoyer, Prof. Kako Nubukpo, ancien ministre de la Prospective et de l’Evaluation des Politiques publiques du Togo a énuméré, le mercredi 10 décembre à Lomé, sept raisons favorables à la création d’une monnaie africaine.
La première raison est l’amplification des échanges sur le continent. « La part des échanges communautaires en Afrique est de 15%, les Européens dépassent 60%. L’essentiel lorsque vous avez la monnaie, c’est de pouvoir échanger contre vous parce que vous n’avez plus de coups de transaction, ni de risque de changer. Donc rien que pour ça, il nous faudrait une monnaie africaine pour amplifier ce que nous attendons de la mise en place de la zone de libre-échange continentale », a expliqué Prof. Kako Nubukpo au jour 3 du 9e congrès panafricain.
La deuxième raison est relative à la compétitivité. « Il nous faut une monnaie qui nous permet de damer le pion au reste du monde. Vous n’êtes pas sans savoir que la guerre mondiale à l’heure actuelle, c’est d’abord une guerre commerciale. Il ne faut pas se tromper, la compétition aujourd’hui, elle est au niveau de la compétitivité, des nations et des continents. Donc il nous faut une monnaie africaine compétitive », a-t-il justifié.
Le troisième facteur touche le financement des entreprises. Pour le Prof. Nubukpo, « le ratio crédit sur produit intérieur brut en Afrique est de 35%. Dans la zone euro, il est de 100%. Aux États-Unis, il est de 300%. C’est pour dire que l’Afrique n’est pas financée. Les entreprises africaines ne sont pas financées. Il nous faudrait une monnaie qui finance le secteur privé africain ».
Le quatrième motif pour lequel, l’économiste togolais plaide pour la création d’une monnaie africaine, est le financement sur le marché du travail africain de 600 millions de jeunes dans les quatre prochaines années. Aucun continent au monde, n’a eu à gérer un tel défi, a-t-il dit.
Le cinquième argument est la mise à disposition des ressources au profit des Etats. « Il nous faut une banque centrale qui finance des Etats comme partout dans le monde, sauf en Afrique. Pour financer la lutte contre le djihadisme, terrorisme, toutes les insécurités, ce n’est pas le secteur privé qui pourra le faire. C’est la puissance publique et donc on a besoin d’une banque centrale africaine qui finance ces projets pour que les États puissent être au rendez-vous de leur mission régalienne », a-t-il expliqué.
La sixième raison évoquée par le Prof. Nubukpo pour la création d’une monnaie africaine est la souveraineté alimentaire. « Nous avons besoin de la mise en valeur des 500 millions de terrain que nous avons en Afrique et que nous n’utilisons absolument pas. Nous avons besoin d’une monnaie africaine qui finance l’agriculture, la mise en valeur de ces 500 millions d’hectares de terre arabe », a mentionné l’ancien ministre.
La dernière raison est que cette monnaie va faire le lien entre le continent et la sixième région notamment la diaspora et les afro descendants à travers la mise en place de véhicules financiers dédié pour que l’argent qui s’y trouve sur la sixième région vienne sur le continent mais que l’inverse aussi puisse se faire dans le cadre de véhicules financiers monétaire.
« Osons sortir de la servitude monétaire du franc CFA. Osons reconnaître que la monnaie n’est pas qu’un simple instrument d’échange, la monnaie est d’abord une institution, c’est-à-dire un compromis stabilisé, c’est à dire de l’action collective dans le contrôle de l’action individuelle, c’est-à-dire un fait social total, un fait religieux, un fait historique, un fait politique, un fait économique, un fait social donc sociologique », a scandé Prof. Kako Nubukpo. Pour la transformation de l’Afrique, poursuit-il, « nous avons besoin d’assumer la souveraineté monétaire africaine ».
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