
Par Elisée Rassan et Honoré Attikpo
Dans la préfecture de Kloto, le Fonds national de la finance inclusive (FNFI) a transformé le quotidien de nombreuses femmes. Le mécanisme a permis à plusieurs bénéficiaires de passer du commerce informel à de véritables entreprises, de soutenir leurs familles, de créer des emplois et de devenir des actrices du développement local. Les parcours d’Afanvi Mawussé, de Djédou Adjo et de Hatsu Amavi que les correspondants de l’Agence togolaise de presse ont rencontrées dans la localité, illustrent l’impact de ce dispositif d’inclusion financière.
Institué sous la tutelle du ministère du Développement à la base et de l’Economie sociale et solidaire, le FNFI vise à faciliter l’accès au financement des populations exclues des circuits bancaires classiques, à travers des crédits à des conditions adaptées.
De 30 000 FCFA à plusieurs millions
Il est à peine 8 heures lorsque Mawussé Afanvi, 45 ans, ouvre sa boutique située non loin de la mairie de Kpalimé et de l’ancien marché de la ville. Autour

d’elle, des piles de pagnes, bazins, kenté et foulards témoignent du chemin parcouru. Revendeuse depuis plusieurs années, elle a adhéré au FNFI en 2014 avec un premier crédit de 30 000 FCFA. En 2025, elle a franchi un nouveau cap grâce au “crédit N’kodédé“ en mobilisant un financement de 3 millions de F CFA.
« J’ai commencé avec 30 000 FCFA. Aujourd’hui, mon magasin est bien rempli. Le FNFI m’a beaucoup aidée dans mon commerce et dans ma famille », confie-t-elle.
Grâce à ce financement, elle achète désormais ses marchandises en grande quantité, alimente son magasin au grand marché et soutient la scolarité de ses enfants. Elle est aujourd’hui présidente des revendeuses de pagnes de son secteur et accompagne d’autres commerçantes en leur fournissant des produits à revendre.
« Le FNFI a changé mon quotidien »
Au grand marché du Château, Adjo Djédou, 62 ans, est une figure connue. Présidente de la Fédération des bénéficiaires des services financiers (Febesef) de Kloto et conseillère municipale de Kloto 1, elle évolue dans le commerce de pagnes et la transformation agroalimentaire.
Après un premier crédit de 30 000 F CFA en 2014, elle a obtenu en 2025 un financement de 6 millions de F CFA. Ce soutien lui a permis d’agrandir son stock, d’acquérir des équipements et de renforcer ses activités de transformation du soja.
« Le FNFI a changé mon quotidien. J’ai pu acheter un terrain, soutenir la scolarité des enfants et même payer le billet d’avion de ma fille. J’ai gagné en confiance, en expérience et en leadership », témoigne-t-elle.
Au-delà de son activité personnelle, elle travaille avec une coopérative de 22 femmes, forme des jeunes et contribue à la création d’activités génératrices de revenus dans la localité.
A 65 ans, Amavi Jacqueline Hatsu poursuit son activité commerciale. Dans sa boutique au grand marché, elle vend sacs de voyages, de dames, perles, pagnes et divers accessoires. Partie elle aussi d’un crédit de 30 000 F CFA, elle a progressivement évolué jusqu’à bénéficier d’un financement de 3 millions de F CFA grâce au “crédit N’Kodédé“.
« Avec ce financement, j’ai pu augmenter mon stock et envoyer mon enfant en Chine pour les achats. Aujourd’hui, je peux mieux soutenir ma famille », explique-t-elle.
Son commerce lui permet désormais d’employer deux jeunes et de réduire la dépendance financière de son ménage, son époux étant à la retraite.
Un dispositif efficace qui mérite une plus grande visibilité
Le bilan des réalisations du FNFI, présenté au conseil des ministres du 25 février 2026 indique que, de 2014 à 2025, plus de 1,94 million de crédits ont été octroyés, représentant un volume global de 117,7 milliards de FCFA avec un taux de remboursement de 94,98 %. Le FNFI a couvert durant cette période 72,6 % de localités et a touché plus de 1,12 million de bénéficiaires, dont 65 % de femmes.

Au titre de l’année 2025, un total de 34.006 crédits a été octroyé, dont 33.213 en faveur des activités génératrices de revenus, 791 au profit des TPME et 2 prestataires de services financiers refinancés, pour un montant global de plus de 4,12 milliards de FCFA, avec une forte concentration dans la région des Savanes, qui a bénéficié de 42,2 % des crédits, soit 14 360 prêts. A travers ces chiffres, le FNFI apparaît comme un levier concret de lutte contre la pauvreté et de promotion de l’autonomisation économique des femmes au Togo.
Malgré ces résultats, certaines femmes hésitent encore à intégrer le programme en raison des difficultés liées aux pièces administratives ou au manque d’information qui constituent des freins. Certaines bénéficiaires (Mme Essi revendeuse de céréales et Mme Abass Kafayat, revendeuse de divers articles) que nous avons rencontrées se limitent ainsi à de petits montants, faute de documents à jour. Ces contraintes montrent l’importance de renforcer la sensibilisation et l’accompagnement afin de permettre à davantage de femmes de profiter pleinement du dispositif.
A celles qui hésitent, Mawussé Afanvi conseille : « Beaucoup pensent que 30 000 F CFA, ce n’est pas suffisant. Mais moi, j’ai commencé par là. Il faut accepter de commencer petit pour aller loin ».






