
Lomé, 20 juin (ATOP) – La consommation de substances psychoactives constitue aujourd’hui un véritable problème de santé mentale, a déclaré Mme Akoura Kama-Djonna, vice-présidente de l’ONG Recherche action prévention accompagnement des addictions (RAPAA), lors d’une rencontre avec les journalistes, le vendredi 19 juin à Lomé.
« Aujourd’hui, la consommation de substances psychoactives est devenue un problème de santé mentale qui touche toutes les couches sociales, particulièrement les jeunes », a affirmé Mme Kama-Djonna au cours de la visite immersive des journalistes de la branche togolaise du Réseau des médias africains pour la promotion de la santé et de l’environnement (REMAPSEN) au siège de l’ONG RAPAA à Lomé.
Selon elle, ces dernières années sont marquées par une hausse inquiétante de la consommation de ces substances. Cette situation s’explique notamment par la prolifération des boissons alcoolisées, des drogues sous diverses formes, des produits médicamenteux ainsi que d’autres comprimés accessibles aux jeunes à moindre coût.
Des données préoccupantes
D’après l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), près de 36 millions de personnes dans le monde souffrent de troubles liés à la consommation de drogues. En Afrique, l’usage des substances psychoactives connaît une progression préoccupante, favorisée par divers facteurs socioéconomiques.
Au Togo, les données de l’enquête STEPS 2021 révèlent que 5 % de la population consomme du tabac fumé. La prévalence est de 10 % chez les hommes contre 0,4 % chez les femmes. Les personnes âgées de 30 à 44 ans constituent la tranche la plus touchée, avec un taux de 14,2 % chez les hommes. La consommation est également plus élevée en milieu rural (5,8 %) qu’en milieu urbain (3,8 %).
Chez les jeunes, les statistiques demeurent tout aussi préoccupantes. Selon l’Enquête mondiale sur le tabagisme chez les jeunes (GYTS 2019), 5,9 % des garçons âgés de 13 à 15 ans utilisent des produits du tabac. Le tabagisme passif touche également 12,9 % des jeunes à domicile et 17,6 % dans les lieux publics.
« Consommer, c’est facile ; s’en sortir est difficile »
Mme Kama-Djonna a insisté sur les dangers liés à la consommation de substances psychoactives. « Il est important que les jeunes comprennent que c’est dangereux la consommation des substances psychoactives. Consommer, c’est facile, mais lorsqu’on devient dépendant, il est très difficile de s’en sortir », a souligné la vice-présidente de RAPAA, une ONG créée en août 2013 dont la mission est, entre autres, de conduire des recherches et des études sur toutes les formes d’addiction et dépendances néfastes à la santé de la jeunesse du Togo.
L’organisation mène également des actions de plaidoyer auprès des décideurs et des acteurs concernés afin de renforcer les stratégies de prévention et de lutte contre les addictions.
Elle poursuit notamment deux objectifs majeurs : réduire le nombre de personnes souffrant d’addictions, en particulier les usagers de substances psychoactives, et accompagner celles déjà confrontées à ces dépendances.
Une interpellation aux différents acteurs
La vice-présidente de la RAPAA a appelé les parents à jouer pleinement leur rôle éducatif, surtout en ces périodes de vacances scolaires. « Les vacances vont bientôt commencer. Les parents doivent trouver les moyens d’occuper utilement les jeunes afin d’éviter l’oisiveté et leur fréquentation de groupes susceptibles de les entraîner dans la consommation de substances psychoactives », a-t-elle recommandé.
Elle a également encouragé les familles dont les enfants sont déjà confrontés à des problèmes de consommation à ne pas se décourager, mais plutôt à solliciter l’appui de structures spécialisées capables de les accompagner.
Au niveau national, la RAPAA apporte des conseils et un accompagnement aux personnes souffrant d’accoutumance et d’addictions. L’organisation intervient également dans leur prise en charge médicale, psychologique et sociale.
Au-delà des parents, Mme Kama-Djonna a lancé un appel à l’ensemble de la population afin d’éviter toute forme de stigmatisation ou de discrimination à l’égard des personnes souffrant d’addictions. « La stigmatisation et la discrimination détruisent davantage la personne et l’enfoncent dans sa souffrance », a-t-elle indiqué.
Le personnel de santé est également invité à orienter les patients vers les centres de référence pour une prise en charge adéquate et des traitements appropriés. Quant aux autorités publiques, elles sont exhortées à poursuivre leur soutien aux organisations de la société civile engagées dans la lutte contre ce phénomène qui affecte gravement la jeunesse.
L’addiction est reconnue comme une maladie chronique et récidivante du cerveau. Les substances psychoactives se répartissent en plusieurs catégories selon leurs effets sur l’organisme. On distingue notamment les perturbateurs, tels que le cannabis, les dépresseurs comme les opioïdes et l’alcool, ainsi que les stimulants, à l’instar de la cocaïne et des amphétamines.
ATOP/AJA/DHK






