
Lomé, 23 fév. (ATOP) – Un atelier de réseautage avec des groupes de la société civile locale, des droits des femmes et des médias a été organisé, le jeudi 22 février à Lomé, pour entreprendre des campagnes de plaidoyer, de sensibilisation et d’éducation afin de prévenir les mariages précoces et forcés des enfants.
A l’actif de l’ONG Alafia, cet atelier a regroupé des autorités administratives et locales, des responsables des organisations de la société civile, des chefs et des prêtres traditionnels, des leaders religieux, des associations des femmes de l’église et des groupements des femmes des marchés ainsi que des responsables des médias. Ces assises sont un volet du projet, « Lutte contre les mariages précoces pour l’autonomisation de la jeune fille dans les sept préfectures de la région de la Kara » de cette ONG qui est financé par African women’s development fund (AWDF) ou fonds pour le développement de la femme africaine.
L’objectif de cette activité réside en un plaidoyer mettant en réseau les acteurs communautaires clés du District autonome du grand Lomé (DAGL) qui interviennent dans la lutte contre les violences faites aux filles/femmes. Il s’agit également de consolider leurs actions en faveur des politiques et des lois visant à prévenir les mariages précoces et forcés sous toutes ses formes (par enlèvement, échanges ou négociation).
Les participants ont suivi une présentation de la situation des mariages précoces, une projection d’un spot sur le mariage d’enfant suivi des échanges. Ils ont aussi travaillé en groupe dont la restitution a conduit à une synthèse des résolutions.
L’atelier demande aux chefs traditionnels de prendre les dispositions pour signer les actes de mariage (la dot) et de sanctionner les couples mariés sans dot. Il sollicite également la mise en place dans les communautés, des gardes nuptiales qui vont alerter régulièrement les chefs traditionnels sur les échos relatifs aux mariages dans leur village.
La directrice préfectorale de l’Action sociale du Golfe, Mme Ali Fati a relevé que le projet revêt une importance capitale pour le Togo. « Nous sommes réunis ici non seulement en tant qu’individus, mais en tait que forces collectives déterminées à lutter contre les violences faites aux filles et aux femmes, ainsi qu’à prévenir les mariages précoces et forcés qui ont lieu dans les espaces ruraux et urbains », a-t-elle indiqué.
Mme Ali a encouragé les participants à profiter pleinement de cet atelier pour tisser des liens, échanger des idées novatrices en vue d’élaborer des stratégies qui renforceront leur lutte commune. « Ensemble, nous pouvons construire un avenir oủ chaque fille et femme vivant dans un milieu urbain ou rurale peut vivre sans crainte, en toute liberté et épanouissement. Puissions-nous tous sortir de cet atelier avec un sentiment renouvelé de détermination et d’unité envers notre cause commune. C’est le lieu de remercier l’ONG Alafia dans le cadre de la mise en œuvre des activités de ce projet. Le gouvernement lui réitère son apport afin d’atteindre les résultats escomptes », a poursuivi Mme Ali
La présidente du Conseil d’administration d’Alafia, Mme Atakouma Akuyo Akpédzé a rappelé que depuis deux ans, leur organisation exécute ce projet dans les sept préfectures de la région de la Kara. « L’une des activités de ce projet est le réseautage des groupes de la société civile et des médias. Cette activité s’est déjà tenue le mercredi 27 décembre 2023 dans la ville de Bassar. En respect des termes du projet, elle doit se tenir également à Lomé, et c’est l’objet de notre rencontre aujourd’hui », a-t-elle confié.
Mme Atakouma a précisé que leur « désir de provoquer de changements sociaux respectueux de l’intérêt supérieur des jeunes filles nécessite le soutien et l’engagement de tous, d’où cette rencontre. II revient à chacun de nous, de se positionner par rapport à cette réflexion inclusive au nom du bien être intégrale des filles des milieux urbains et ruraux. C’est sur cet appel à l’engagement que nous nous réunissons aujourd’hui pour un partage d’expérience et d’initiatives menées localement dans la lutte contre les mariages précoces et forcés ».
La directrice exécutive de l’ONG Alafia, Tatey Adzoavi Nyuito a affirmé que son institution mène plusieurs activités suivant la population-cible, notamment les chefs traditionnels, gardiens des Us et coutumes, les prêtres traditionnels, les femmes leaders, les personnes influentes dans les localités.
Dans cette lutte, l’ONG Alafia est appuyée par les autorités et d’autres ONG pour mener ses activités, notamment les formations des chefs traditionnels et des jeunes scolaires, des séances de cinéma, la mise en place des clubs scolaires pour la lutte contre les violences basées sur le genre, des concours et théâtres pour couvrir toutes les couches sociales afin d’obtenir des résultats acceptables.
Le mariage forcé et précoce, une vieille pratique traditionnelle
Au Togo, le mariage forcé et précoce par enlèvement, échanges ou négociation des filles mineures constitue une vieille pratique traditionnelle qui persiste jusqu’à nos jours malgré les interdits de la loi. Les résultats de l’enquête à indicateurs multiples (MICS4) indiquent que les taux de mariage forcé de l’enfant sont de 37% dans les zones rurales contre 19% dans les zones urbaines. La région septentrionale du pays constitue un véritable terreau fertile de ce fléau qui détruit le bien-être social de la jeune fille. On note dans cette partie du Togo qu’un peu moins de la moitié des femmes se sont mariées avant l’âge de 18 ans, dont 16,7% dans la région de la Kara alors même que le mariage forcé de l’enfant, est interdit par l’article 267 du Code de l’enfant qui fixe l’âge de la nuptialité à 18 ans révolus. Malgré l’arsenal juridique et l’engagement de la société civile et des organisations internationales contre cette situation, le mariage forcé de l’enfant persiste dans plusieurs communautés. Un fait qui se justifie par des contraintes sociales traditionnelles.
Ces pratiques culturelles estompent le bien-être et l’épanouissement des femmes et des jeunes filles car le mariage précoce hypothèque leur avenir et les expose à la servitude et à la pauvreté. C’est sur la base de ces constats que l’ONG Alafia s’est donnée pour mission de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de la femme et de la jeune fille en initiant le projet « Lutte contre les mariages précoces pour l’autonomisation de la jeune fille dans les sept (7) préfectures de la région de la Kara » financé par AWDF. Ce projet est dans sa deuxième année de mise en œuvre.
ATOP/TD/DHK






