
Par Charles SAMBIANI
Dans un contexte de développement participatif, des jeunes deviennent des acteurs essentiels du développement de leur communauté. Ils s’engagent à relever des obstacles à leur épanouissement et à valoriser leurs rôles en tant qu’acteurs sociaux. Ces jeunes agissent par des actions concrètes à l’instar du bénévolat, de l’entreprenariat social, de l’activisme numérique, de l’engagement culturel et écologique entre autres.
Les jeunes, précurseurs des initiatives citoyennes
« Les jeunes sont des partenaires incontournables du développement local par leur engagement dans les initiatives locales », affirme M. Alexandre Bedié, chef division actions sociales et affaires communautaires de la Commune Zio1. Pour lui, l’engagement des jeunes dans sa commune n’est pas une option mais une responsabilité, surtout leur implication dans le processus de redynamisation des comités de développement à la base.
« Je ne pouvais pas rester sans rien faire face aux difficultés de mon village », indique Nam-Tchougli Nakoutidja, président du Comité villageois de développement, dans la commune Kpendjal Ouest 2. C’est pourquoi, il s’est alors engagé pour prendre les devants de toutes initiatives visant à promouvoir le bien-être de sa communauté, a-t-il précisé.
Comme Nam-tchougli, beaucoup sont ces jeunes au Togo qui ne se contentent plus d’observer mais agissent dans les quartiers, les villages et les écoles pour l’amélioration des conditions et du cadre de vie de leurs communautés. Les élèves du Lycée de Naki-Est se sont ainsi engagés à reboiser leur établissement. « Nous avons décidé de planter les arbres au Lycée Naki-Est, parce que nous voyons que notre environnement au lycée est vraiment dégradé », a confié Marcelin Didjalgui, élève en classe de 4e.

Les jeunes engagées dans la vie associative forment une génération dynamique qui agit pour améliorer la vie des communautés. Par leurs initiatives, ils renforcent la solidarité et boostent le développement local.
M. Assima Gnongouya Essossolim, engagé dans l’association Youth panel à Atakpamé à travers l’ANVT, œuvre par son engagement auprès des communautés et groupes sociaux défavorisés. Il déclare que par son engagement, il tisse des relations avec les partenaires techniques et financiers, accompagne l’association à la rédaction et à la soumission des projets. « Nous avons aussi élaboré le plan stratégique de Youth panel, qui permet de lire la vision de l’association », a-t-il souligné.
Des créneaux ne manquent pas aux jeunes pour exprimer leur engagement en faveur du bien-être de leur communauté. Ils sont toujours actifs dans les églises, les partis politiques, les associations de village ou celles de la diaspora et jouent un véritable rôle de moteur pour la cohésion sociale et le développement. En donnant de leur temps et leur énergie, ils tissent des liens, font vivre les traditions et participent à des projets significatifs.
L’Avenir des jeunes filles de Dapaong (AJFD), une association basée en France, engagée dans la région des Savanes, s’est illustrée par ses projets et réalisations dans le social. « Je suis de la diaspora, je connais les réalités et la problématique du manque d’eau dans la région, c’est pourquoi nous avons essayé de voir ce que nous pouvons faire pour soulager nos populations en leur octroyant des forages à pompage solaire à Tandjoaré », explique Toulouse Pascaline, présidente de l’Association.
Quand le numérique booste l’engagement de la jeunesse
Avec le numérique, cette tendance à pris encore plus d’ampleur. Les réseaux sociaux permettent aux jeunes d’informer, de sensibiliser, de mobiliser et de susciter l’adhésion d’un grand nombre à leurs initiatives. La participation à des formations et à des activités génératrices de revenus est possible en ligne. Une simple idée sur un support numérique peut créer un vrai mouvement citoyen, capable de convertir les mentalités.
Pour Deborah, c’est à travers TikTok, qu’elle partage de petites vidéos pour sensibiliser aux questions d’hygiène et de santé sur la femme. « Je parle de choses simples, mais essentielles. Les gens préfèrent souvent regarder une vidéo courte plutôt que de lire un long texte », explique-t-elle.
Sylvia gagne sa vie sur internet. « Je vends les robes, perruques, mèches et autres sur TikTok. Je poste mes articles, les clients commandent, et je me charge de la livraison », raconte-t-elle. Elle ajoute, « une boutique physique, ce n’est plus nécessaire. Mon téléphone, c’est mon étalage, mon point de vente ». Grâce à cette activité, elle arrive à subvenir à ses propres besoins. Cependant, certains jeunes hésitent à s’engager pour leurs communautés, parfois par des contraintes sociales et structurelles.
La jeunesse, un potentiel citoyen fragilisé par des contraintes sociales et structurelles
Dans nos communautés, la question de l’avenir des jeunes se pose avec plus d’acuité. Le chômage, l’irresponsabilité de certains parents, la déception, l’absence d’infrastructures adéquates pour les jeunes, le manque de tuteur, l’abus du droit d’ainesse, les tabous et les interdits constituent des difficultés qui ne permettent pas à certains jeunent de manifester leur participation envers leur communauté.
A Gando, dans la commune Oti-Sud1, les jeunes restent peu impliqués dans les initiatives locales même si des cadres de dialogue ont été mise en place, pour leur permettre de faire entendre leurs préoccupations et de proposer des solutions, souligne M. Biao Ahérawé Déabalo, chargé de communication.
« On a des idées, mais pas de moyens », explique Emile, un jeune diplôme en sociologie à la recherche de l’emploi. « On a l’habitude de dire que les jeunes sont l’avenir du pays, mais franchement, dans les faits, on tourne en rond. Si tu t’engages avec l’ANPE ou l’ANVT, un ou deux ans après si la structure ne te veut pas, elle te laisse », dit-il.
Lors de la réunion d’une association, un jeune a soulevé que « souvent on parle de nous, mais rarement avec nous. Nous voulons être impliqués dans les décisions qui concernent notre avenir ». Ce jeune milite pour plus d’inclusion des jeunes dans la vie publique et les instances de décision.
Selon certains acteurs sociaux interrogés, les difficultés rencontrées par les jeunes s’expliquent par un ensemble de facteurs : chômage, pauvreté, système éducatif inadapté et une faible participation des jeunes aux espaces de gouvernance. « Quand les jeunes ne trouvent pas leur place, ils risquent de se désengager de la vie communautaire ou perdre confiance dans les institutions », souligne le responsable d’une ONG.
Face à ces défis, certains acteurs encouragent la jeunesse à plus d’implication dans le développement local. « Le développement de notre commune ne viendra pas d’ailleurs, il naitra de notre volonté de transformer nos défis en opportunités », a déclaré M. BIAO.
Le directeur exécutif de l’ONG Jeunesse active pour le développement (JAD), Kossi Ameto, a, au cours d’une rencontre tenue à la maison des jeunes d’Adidogomé, souligné que l’engagement ne doit pas être perçue comme une contrainte, une opportunité de transformation sociale et de création d’emploi. « C’est en s’unissant et en agissant localement que les jeunes pourront bâtir des communautés résilientes et prospères », a-t-il ajouté.
Malgré les difficultés qui réduisent leur mobilisation et motivation, les jeunes refusent de rester indifférents face à l’appel des autorités pour une citoyenneté active. Très résilients, certains passent par plusieurs moyens pour apporter leur pierre à la construction de leur communauté.






