
Kévé, 08 mars (ATOP) – Pendant que les centres urbains et les chefs-lieux de préfectures du Togo vibrent au rythme des conférences-débats, des défilés et des réjouissances populaires pour marquer la Journée internationale de la femme (JIF), la réalité est tout autre à Agbessia. Dans ce village du canton de Tovégan de la commune Avé 1, situé à 21 Km au nord-est de Kévé, le 08 mars ne déroge pas à la règle des travaux champêtres, impératif de survie pour les ménages ruraux.
Le champ comme lieu de célébration
À Agbessia, point de pagnes de circonstance ni de discours officiels en ce jour dominical. Ici, le quotidien est dicté par la terre. Adzagué Atsufe, 54 ans, et Segbo Ewui, 45 ans, toutes deux productrices agricoles, illustrent parfaitement cette résilience. Bien avant l’aube, elles ont déjà rallié leurs exploitations, munies de houes et de coupe-coupe. Entre le sarclage du maïs, l’entretien des plants de manioc et les cultures maraîchères, ces femmes assurent non seulement la subsistance de leurs foyers, mais soutiennent également l’économie locale.
Pour Segbo Ewui, la JIF est une information captée sur les ondes de la radio, une évocation lointaine de la dignité et des droits. « Nous aussi, nous sommes des femmes. Nous travaillons beaucoup pour nos familles et pour le pays », confie-t-elle, tout en soulignant la difficulté de s’accorder un répit entre les champs, les tâches ménagères et l’éducation des enfants.
Player pour une sensibilisation de proximité
Ces braves paysannes estiment que les festivités urbaines restent souvent déconnectées de leurs réalités. L’éloignement géographique, le manque de moyens financiers et l’accès limité à l’information constituent des barrières à leur participation.
Au-delà du folklore, Mme Segbo plaide pour une approche plus concrète de la JIF. Pour elle, la reconnaissance ne doit pas se limiter à la distribution de pagnes ou à des repas festifs. « Les manifestations ne devraient pas se limiter aux boissons, mais devraient surtout permettre de nous sensibiliser sur nos droits et les réalités qui nous concernent », soutient-elle, appelant à des initiatives de proximité adaptées au calendrier agricole.
L’autonomie par la dignité du travail
Dans la tradition togolaise, la femme rurale est le pilier de la cohésion sociale et la garante de la sécurité alimentaire. Ce rôle, Adzagué Atsufe l’assume avec fierté. Pour elle, l’autonomie ne se manifeste pas par la présence à une cérémonie, mais par la capacité à subvenir aux besoins essentiels. « Être autonome, c’est pouvoir nourrir ses enfants, payer leur scolarité et vivre dignement de son travail », martèle-t-elle.
En dépit de la lourdeur des tâches qui commencent à l’aube pour s’achever tard dans la nuit, les femmes d’Agbessia continuent de porter l’économie rurale à bout de bras. Leur témoignage rappelle avec force que la lutte pour l’égalité et les droits des femmes doit impérativement intégrer les “forces silencieuses” des campagnes.
Le développement harmonieux du Togo, prôné par les plus hautes autorités, passe nécessairement par une meilleure valorisation de ces femmes de la terre, dont la dignité et les droits sont identiques à ceux de leurs sœurs citadines.
ATOP/KAT/SED






