
Par Bawana Alice et Kolani Assadou
Le 5 février 2005 reste une date ancrée dans la mémoire des Togolais. “Le baobabʺ Eyadema Gnassingbé, père de la nation, doyen des chefs d’Etat africains et figure de la « Françafrique », l’homme qui a incarné la paix et la stabilité, s’est éteint ce jour à 69 ans. L’une des figures les plus emblématiques de l’histoire du Togo et de l’Afrique, bâtisseur de la nation togolaise, artisan de la paix, de l’unité et leader visionnaire, le Président Gnassingbé Eyadema a marqué durablement le pays et le continent. Lui que l’on croyait “immortel” s’en est allé ce samedi 5 février laissant le peuple incrédule et sous le choc. Chaque année, il est organisé à cette date, des activités pour commémorer l’homme qui a œuvré pour la paix, la sécurité, le développement et la stabilité dans son pays et sur le continent.
L’année 2025 qui marque le 20e anniversaire de son décès, le peuple togolais se remémore sa disparition. De l’annonce du décès en passant par son implication et les réactions de la population, ce jour reste mémorable pour le peuple.
Comment le peuple avait-il appris le décès du président Eyadéma ?
Alors que la rumeur du décès du président enflait déjà cette journée du samedi 5 février 2005 à travers la capitale Lomé, le Premier ministre d’alors, Koffi Sama apparaîtra à 19h à l’écran de la télévision nationale (TVT) pour annoncer la disparition du père de la nation. « Le Togo vient d’être frappé par un grand malheur. Il s’agit d’une véritable catastrophe nationale. Le président n’est plus. Il a rendu l’âme ce samedi matin 5 février alors qu’il était évacué d’urgence pour des soins à l’extérieur du pays », tel est l’extrait du communiqué lu par le chef du gouvernement, les yeux larmoyants. « Les frontières terrestres, maritimes et aériennes sont fermés » a-t-il ajouté
Une grande croix chrétienne avait ensuite envahi les écrans et des chants religieux étaient diffusés en boucle. Entre incrédulité et peur du lendemain, les Togolais, dont la majorité à l’époque n’avait connu qu’Eyadema au pouvoir, sont tétanisés.
Cette annonce, à laquelle le peuple togolais ne s’y attendais pas sauf les membres de la famille et les proches collaborateurs de feu président, fut un moment d’incertitude, d’interrogation pour chacun.
Des impressions variées des citoyens
L’annonce du décès du président Eyadema avait créé des opinions controversées au sein de la population. Chacun s’interrogeait sur l’avenir du Togo après 38 ans de règne par Eyadema. Ceux qui étaient proches du pouvoir voyaient le déclin de leur parti et la prise du pouvoir par l’opposition. Les partisans de l’opposition avaient une lueur d’espoir que les choses puissent véritablement changer à la tête du pays.
« C’était un sentiment de désolation, d’inquiétude pour moi et pour les militants du Rassemblement du peuple togolais (RPT), parti de feu Eyadema », a laissé entendre un retraité militant du parti. « On se demandait ce que le parti allait devenir. Mais par la grâce des choses, un de ces fils Faure a été désigné pour continuer les œuvres de son père. C’était alors un soulagement au sein du parti. Le président avait œuvré pour la paix, le développement, la stabilité du pays ainsi que l’unité du peuple et on voulait que cela continue », a-t-il poursuivi.
A l’époque, le principal opposant, Gilchrist Olympio, exilé à Paris, avait déclaré à l’Agence France Presse (AFP), souhaiter que la mort du président permette que le « Togo se mette sur le chemin de la démocratie ». « Je souhaite des élections transparentes et libres dans les deux, trois prochains mois », a-t-il ajouté dans un entretien téléphonique.
« Quand moi j’ai appris le décès du président, j’ai ressenti au fond de moi une petite lueur d’espoir d’un changement de régime. L’espoir de voir une autre personne à la tête du pays car depuis ma naissance, c’est lui qui dirigeait le pouvoir jusqu’à son décès. Mais hélas ! », se remémore M. Kodjo, chef mécanicien.
« Le jour où disparaissait le président, Gnassingbé Eyadema, bien d’événements étranges et des rumeurs ont marqué la journée. «C’était un samedi pas comme les autres », ce sont les mots d’un citoyen qui raconte ces impressions du 5 février 2005 dans un récit publié en 2014 par Full-news.tg. « On avait cours ce jour là. Vers midi, notre D.E nous demanda de rentrer. En bons étudiants, on a pris du temps à vider les lieux… Autour de 13h, alors que je m’apprêtais à prendre un taxi, un vent violent me fit retourner sur moi-même brusquement… Un peu partout, une sorte de tourbillon, des étalages qui s’envolaient, des femmes qui couraient d’après leurs produits exposés que le vent emportait…Je me pressai de me glisser dans le premier taxi qui se pointe, sans presque me rappeler qu’en bon étudiant, je devais signaler au chauffeur que je n’avais que 150f contre deux cents. Une fois à bord, seul passager que j’étais d’ailleurs -j’avais presque loué le taxi à 150f – c’est autour de ce vent inexpliqué qu’ont tourné mes discussions avec le conducteur. Puis devant ma porte, il me lança une phrase que je ne comprendrai que vers19h… il me disait : « en réalité, ce type de vent annonce souvent en Afrique le décès des grands hommes, sûrement qu’un baobab est tombé quelque part… ».
Effectivement un baobab est vraiment tombé, le timonier national, le miraculeux de Sarakawa s’en est allé, c’est ce qui a déchaîné la furie des ces vents violents et ces tourbillons qui arrachaient les articles sur les étalages des femmes aux marchés, et chassait les gens dans la rue.
Un citoyen raconte ce qu’il a vécu ce jour-là à Lomé après qu’il ait suivi l’information du décès du président Eyadema à la TVT. « Je sorti de ma chambre et me fit rencontrer par mon cousin qui venait en courant vers moi. Il disait « On est mort. Eyadéma mort ? C’est une blague . Ces gens là se foutent de nous, comment Eyadema peut mourir, c’est quelle comédie ». Sans répondre, je sorti et vis des gens courir dans tous les sens. Des voitures roulaient à vive allure. Je demandai à mon cousin de sortir sa moto. Nous nous dirigeâmes vers Dékon. J’habite au centre ville, Dékon est a peine à 1km… De loin, on pouvait voir tous les magasins fermés et chacun se pressait pour se mettre à l’abri……Oui à l’abri puisque les heures qui s’en sont suivies ont été bien turbulentes.
Implications de l’annonce du décès d’Eyadema
Dans le communiqué annonçant le décès, le Premier ministre a précisé que les frontières terrestres, maritimes et aériennes sont fermés. Le gouvernement, les forces armées et de sécurité, veilleront à ce que l’ordre, la sécurité et la paix règnent sur toute l’étendue du territoire national ».
Samedi, 20 h 30. Pour ne pas laisser la moindre place à une vacance du pouvoir et en attendant que les députés, convoqués le lendemain pour une séance extraordinaire, formalisent la nouvelle donne, les chefs de l’armée togolaise, « dont le devoir est de garantir la sécurité », décident de « confier le pouvoir à Faure Gnassingbé à partir de ce jour » et « jurent de le servir loyalement ».
À 39 ans, Faure Gnassingbé revêt donc l’écharpe de président de la République du Togo. Mi-nordiste mi-sudiste (de par sa mère, une originaire d’Atakpamé), ancien étudiant à Georgetown et à Paris-Dauphine, discret et affable, celui qu’Eyadema préparait à l’évidence pour sa propre succession est très différent de son père.
C’est ainsi que le spectre du décès du président Gnassingbé Eyadéma a marqué les Togolais et bien d’autres Africains qui voyaient en lui un charisme, une notoriété et même une immortalité, parce qu’ayant échappé à plusieurs reprises, à la guerre, aux attentats, coups de force, entre autres. Depuis lors certains Togolais sont restés sceptiques quant à la mort de cet illustre homme dont l’âme plane toujours sur le Togo, l’Afrique et le monde entier.






