
Lomé, 14 juin (ATOP) – Les experts réunis à la première édition des « BOAD Development Days » ont débattu, le vendredi 13 juin à Lomé, des défis liés à l’agriculture, lors d’un panel portant sur le thème : « L’agro-industrie, levier de la souveraineté alimentaire dans l’UEMOA ».
« Le grand défi, c’est de savoir comment nourrir, à l’horizon 2050, environ 800 millions de personnes issues des 15 États membres de l’espace CEDEAO-UEMOA-CILSS, ainsi que du Tchad et de la Mauritanie », s’est interrogé Dr Issoufou Baoua, coordonnateur régional du Programme d’appui à la sécurité alimentaire et nutritionnelle du CILSS (Comité permanent Inter-États de Lutte contre la Sécheresse dans le Sahel), une organisation régionale d’Afrique de l’Ouest qui lutte contre les effets de la sécheresse et de la désertification dans le Sahel.
La capacité de production actuelle de l’ensemble des pays de cet espace, estimée en moyenne à 70 millions de tonnes de céréales, reste largement insuffisante. Cette faiblesse justifie la dépendance des États vis-à-vis des importations céréalières.
Un autre défi, poursuit-il, « c’est de savoir comment amener les États à repenser leur politique agricole face aux adversités, tant au niveau régional qu’international, dans un contexte de dérèglement climatique ». Il insiste sur la nécessité de transformer ce dérèglement en opportunité plutôt qu’en menace.
Les panélistes ont mis en lumière plusieurs freins à la souveraineté alimentaire, notamment la question des semences « améliorées et certifiées », des intrants agricoles, et surtout de la disponibilité des engrais, indispensables pour soutenir aussi bien les cultures pluviales qu’irrigables. Le foncier, la mécanisation, les infrastructures rurales, les conditions de transformation, de stockage ainsi que le financement de l’agriculture figurent également parmi les obstacles soulevés. La souveraineté alimentaire a été définie comme « la capacité propre de produire son alimentation ».
La réalisation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans l’espace UEMOA pose trois défis majeurs, selon Amadou Mbodj, directeur de l’Agriculture à la Commission de l’UEMOA.
« Le premier : comment nourrir la population. Le deuxième : accroître la production agricole de manière durable. Le troisième : réduire la pauvreté en milieu rural et améliorer les revenus des producteurs », des objectifs inscrits dans la politique agricole de l’Union, adoptée en 2001.
Au-delà de ces défis, l’importation des denrées alimentaires demeure une problématique de taille. D’après M. Mbodj, « dans l’UEMOA, au cours des cinq dernières années, les importations de denrées alimentaires se chiffrent à environ 3 000 milliards de francs CFA par an, notamment pour le riz, le lait, la viande et le blé ». Seuls deux pays, le Bénin et le Niger, ont réussi à inverser légèrement la tendance de ces importations. « Dans les autres pays, cette tendance reste préoccupante. Notre capacité propre à produire notre alimentation est très faible », a-t-il déploré.
Il a reconnu que cette ambition de souveraineté alimentaire, une question d’ordre « politique et éthique » est actuellement mise à rude épreuve : « Pour le riz, nous importons près de 50 % de notre consommation. Pour le blé, c’est entre 80 et 90 %. La production locale est très limitée, que ce soit pour le lait ou d’autres denrées. Nous avons vraiment des difficultés et une sous-capacité à répondre à nos besoins », a-t-il admis.
Les spécialistes présents au panel ont interpellé les États sur la nécessité de revoir en profondeur leurs politiques agricoles afin d’assurer une réelle souveraineté alimentaire et nutritionnelle dans l’UEMOA. Cela passe par le financement d’une agriculture résiliente face aux changements climatiques et par le développement d’une agro-industrie axée sur les chaînes de valeur.
Ce panel a réuni plusieurs experts, parmi lesquels : Dr Issoufou Baoua, coordonnateur régional du programme d’appui à la sécurité alimentaire et nutritionnelle du CILSS ; Cheikh Mouhamady, président d’honneur du ROPPA ; Bernard Comoe, directeur général de la planification, des statistiques et des projets au ministère en charge de l’Agriculture en Côte d’Ivoire ; Dr Oscar Teka, professeur à la Faculté des sciences agronomiques de l’université d’Abomey-Calavi ; Mme Zenab Cissé, Business Development Lead à ARC Ltd et Amadou Mbodj, directeur de l’Agriculture de la Commission de l’UEMOA.
ATOP/AJA/DHK






