Kara, le 15 juil. (ATOP) – La viande du chien est un élément central et primordial dans les rites initiatiques du peuple Kabyè. Cette chair, souvent conseillée aux lutteurs, leur donne le courage et l’endurance en cette période où ils ont plus besoin de force et de ruse pour terrasser leurs adversaires.
Compagnon fidèle de l’Homme, le chien est réputé pour son habilité à la chasse et son rôle de gardien de maison. En période des rites initiatiques traditionnels des Evala, la chair du chien intervient à divers niveaux.
Le chef du village de Lama Féying, Bewila Kpatcha, relève que la consommation de la viande du chien par l’aspirant Evalou, ne se fait pas par simple plaisir ou de façon volontaire, mais par une prescription nécessaire à l’accomplissement des rites initiatiques. « L’initié qu’il le veuille ou non, est tenu de consommer la chair de chien pour acquérir les qualités reconnues à cet animal, notamment le savoir-faire, l’endurance, la ténacité, la force physique et de l’intelligence », a-t-il affirmé.
Le chef village a indiqué que la consommation de la viande du chien s’étend en principe sur les trois années que dure l’initiation. « Les jeunes en voie d’initiation sont conduits dans un endroit identifié, communément appelé « Ahoyé », un lieu sacré interdit d’accès aux femmes et enfants et loin des maisons. Dans ce lieu sacré, chaque jeune apporte son chien pour être abattu conformément aux rituels qui consistent à tenir le coup de l’animal par les mains d’un groupe d’Evala et l’étouffer à mort. Les carcasses des chiens sont décapitées, préparées et mangées sur place. Les crânes quant à eux sont alors accrochés à un arbre généralement un baobab puis la graisse recueillie est utilisée pour passer sur le corps des futurs lutteurs facilitant ainsi la glissade au moment de la lutte. C’est ce qui fait qu’au cours de la lutte, les Evala puisent la terre dans leurs mains afin de surpasser les difficultés liées aux glissades du corps de leurs adversaires », a révélé le chef Bewila Kpatcha,
Selon Awui Kpatchaa, prêtre traditionnel à Lama Kpédah, le non-respect de cette prescription traditionnelle entraine la déperdition des mœurs. « Cette règlementation n’est plus de nos jours respectés par les jeunes car ils raffolent la viande du chien pour plusieurs raisons : son goût succulent, appétissant, et aussi pour ses multiples vertus thérapeutiques telles que vertus aphrodisiaques », a-t-il déploré. Il a affirmé que selon certains, cette chair aide aussi à soigner certaines maladies et sert de bouclier pour résister contre les mauvais sorts.
Le prêtre traditionnel estime que ces raisons ne riment pas avec les coutumes et c’est ce qui entraine l’apparition des faits mystiques dépassant l’entendement humain, aujourd’hui. Il a aussi ajouté que ces raisons développées par les jeunes ne sont que des préjugés car la consommation de la viande du chien au-delà des trois années de lutte constitue un péché, diminue la force physique, rend faible le consommateur et engendre souvent des maladies. Il a réitéré qu’il est formellement interdit ce genre de commerce dans son village.
Kondo Atéfèyibou, jeune initié à Lama Kpédah, a particulièrement apprécié le goût extraordinaire de la viande du chien qu’il vient de consommer pour la première fois dans le cadre de son initiation. J’ai senti une force en moi, la rage de vaincre, je n’ai plus peur de mes adversaires et aussi je me sens réconforté pour terrasser mes adversaires afin de prendre part à l’étape « super Evala » pour remporter la moto mise en jeu.
ATOP/BAK/KYA






