
Par Abel Ozih
Toute personne qui traverse une période difficile sur le plan psychologique, est appelée à aller se faire consulter pour retrouver son équilibre. Dans ce cas, elle peut rapidement se sentir perdue face à la diversité de professionnels de la santé. Parmi ces professionnels, se retrouvent ceux qui s’occupent de la santé mentale notamment les psychologues et les psychiatres. Ces derniers sont souvent confondus, pourtant, leurs formations, leurs approches et leurs rôles sont bien distincts.
Le psychologue, un spécialiste de la fonction mentale et du comportement
« La fonction première du psychologue est d’écouter les personnes en mal-être psychologique ou en souffrance psychique. Elles verbalisent leur souffrance, détresse », a fait savoir Dr Selom Zinsou Degboe, psychologue clinicien et psychothérapeute au CHU Campus à Lomé. Le rôle du psychologue est de « prendre du recul et d’analyser les choses différemment. Il a pour vocation d’amener le patient à retrouver son sens au travers de techniques psychologiques adaptées à sa souffrance », indique-t-il.
Pour retenir un diagnostic, le psychologue clinicien se focalise sur le vécu des patients qui manifestent soit une détresse psychologique, soit une maladie mentale. Par la suite, il met en place des mécanismes pour permettre au patient de vivre en harmonie avec son environnement social, a renchérit Dr Zinsou.
Le psychologue a relevé qu’il y a une interaction entre le mental et le corps. Quand le mental est en déséquilibre, le corps est malade ou quand la souffrance organique est très pénible et surtout chronique, l’individu présente une souffrance psychique. À ce moment, l’expertise du psychologue clinicien est capitale.
C’est le cas de Dame Sarah, 29 ans, mère célibataire, revendeuse de friperie au marché Adidogomé-Assiyéyé (quartier situé au nord-est de Lomé, Togo) qui explique les conditions dans lesquelles elle a été amenée à consulter un psychologue. À l’époque, elle était épuisée mentalement, faisait des crises d’angoisse presque tous les jours, sans raison apparente. « Je dormais mal, je ruminais en permanence, et j’avais cette sensation d’oppression constante. Je pensais que c’était juste du stress, mais ça durait des semaines voire des mois. C’est un assistant médical au CMS Adidogomé qui m’a conseillée de consulter un psychologue », explique-t-elle.
Sur conseil de l’assistant médical, Dame Sarah s’est dirigée vers un psychologue et a été diagnostiquée d’un trouble anxieux généralisé (TAG). « A ma première séance avec le psychologue, j’étais très tendue, je ne savais pas à quoi m’attendre. Il m’a posé pas mal de questions sur mon quotidien, mes émotions, mon passé aussi. J’ai commencé à me sentir plus en confiance. C’était un vrai soulagement de pouvoir parler sans être jugée », témoigne-t-elle.
Dr Zinsou ajoute que le psychologue peut aussi jouer un rôle particulier dans la compréhension des problématiques somatiques qui n’ont pas une explication organique, d’autant puisque la santé a deux pieds, le physique et le psychologique.
Dame sarah a suivi une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) avec le spécialiste de santé mentale pendant environ 2 mois. « J’ai appris à mieux identifier mes pensées anxieuses, à les remettre en question, et surtout à respirer. On a aussi travaillé sur des techniques de relaxation. Je ne dis pas que tout est parfait, mais je sens une vraie différence. Je reprends le contrôle », se réjouit-elle.
Si le psychologue met en place des mécanismes pour amener le patient à vivre en harmonie avec son environnement, à quel moment intervient le psychiatre et quel est son rôle ?
Le psychiatre : un médecin de la santé mentale
« Le psychiatre est un spécialiste de la santé mentale qui comprend le fonctionnement neuronal et biochimique du cerveau. Ce qui lui confère la compétence de prescrire des molécules qui vont agir sur le système neuronal afin de rétablir l’harmonie de ce système considéré comme pièce maitresse de l’Homme », explique Dr Sonia Kanekatoua-Agbolo, chef service adjointe de Psychiatrie au CHU Campus à Lomé.
À la différence du psychologue clinicien qui soigne par des interventions psychologiques pures à l’instar de la psychothérapie, « le psychiatre est le seul, habileté à prescrire des médicaments, il est concrètement, formé à établir un diagnostic et peut délivrer des ordonnances de psychotropes, par exemple antidépresseurs, anxiolytiques, neuroleptiques », a précisé la spécialiste. « En clair, le rôle du psychiatre est de soigner ou du moins de stabiliser les maladies psychiques. Il travaille également sur les aspects médicaux de la situation du patient, car, il est spécialisé dans la compréhension de la maladie mentale », estime Dr Sonia Kanekatoua-Agbolo.
Le témoignage de Dame Sarah vient confirmer les dires du Dr Kanekatoua-Agbolo. « Le psychologue m’a expliqué que seul un psychiatre pouvait prescrire un traitement, donc il m’a proposé d’en consulter un en complément. Jusqu’ici, je m’en sors sans médicaments, mais je garde cette option ouverte si ça devient trop difficile », a-t-elle dit. L’état de santé mentale de cette dernière peut l’amener à envisager un traitement médicamenteux.
Tout comme Dame Sarah, beaucoup de personnes font face à une souffrance psychique. Elles se posent souvent une question : dois-je consulter un psychologue ou un psychiatre ?
Comment choisir entre le psychologue et le psychiatre ?
« Pour le paludisme, les personnes savent comment faire et qui consulter. Dans le cas de pathologie mentale, la procédure n’est pas la même. Ce n’est pas la dureté de l’épreuve traversée qui doit amener à consulter, mais le ressenti qu’on a », a révélé Dr Dégboé. Selon lui, si le trouble perturbe la vie quotidienne, il faut consulter rapidement. Il n’en demeure pas moins qu’identifier le thérapeute qui convient peut s’avérer d’une grande complexité. Tout dépend du niveau de connaissances en santé mentale, du degré de sévérité de la pathologie mentale.
Dans tous les cas, on peut passer de l’un à l’autre en fonction des problématiques. « Un psychiatre ne devrait pas travailler sans le psychologue clinicien et vice versa, parce que le sujet qui est malade l’est sous différents aspects qui forment un tout. Par exemple, il y a des maladies qui nécessitent que le patient prenne des psychotropes parce que sans ces médicaments le sujet ne peut pas entrer en relation avec le psychologue. Cette collaboration franche est importante », rassure le psychothérapeute.
Dr Degboe fait savoir que la bonne prise en charge repose sur l’écoute active et l’observation clinique. Aussi, en psychologie tout comme en psychiatrie, il existe de nombreuses spécialisations en fonction des tranches d’âge. On a des psychologues pour enfant, des spécialistes des troubles du vieillissement. En dehors du psychologue clinicien, il existe, entre autres, des psychologues du travail, des organisations, des psychologues scolaires et de l’éducation.






