
Kossi Azakpé
Dans les ruelles sablonneuses du quartier Attilamonu, dans la commune Golfe 7, vit une femme singulière. On l’appelle Adjovi, 37 ans, malade mentale, mais dont la détermination et le goût du travail forcent l’admiration de tout le voisinage.
Chaque matin, dès les premières lueurs du jour, on la voit arpenter les rues pieds nus, vêtue d’un pagne noué à la hâte, les cheveux épars, mais le regard concentré. D’un pas décidé, elle ramasse les branches de palmiers et de cocotiers abandonnées. Elle transporte ces trouvailles patiemment jusqu’à la devanture de sa demeure. Là, à même le sol, Adjovi les tisse, lie, assemble ces différents éléments. De ses mains naissent chaque jour deux à trois paniers, ainsi que des balais qu’elle vend ensuite dans le quartier. Les passants s’arrêtent souvent pour la regarder travailler, fascinés par la précision de ses gestes et la concentration qui anime son visage.

Parmi ses fidèles clientes, Dagan, une femme d’une cinquantaine d’années, ne tarit pas d’éloges : « Un panier coûte 200 francs et un balai 50 francs. J’en achète régulièrement pour l’encourager. Au moins, ça lui permet de se nourrir », confie-t-elle, ajustant son pagne traditionnel aux motifs colorés.
Pour Kodzogan, le grand frère d’Adjovi, la scène n’a rien d’étonnant. Avant que la maladie ne la frappe, sa sœur fabriquait déjà des paniers et des balais qu’elle vendait sur les marchés. « Elle a toujours aimé le travail manuel. Même aujourd’hui, malgré son état, elle n’a rien oublié. C’est comme si ses mains se souvenaient de tout », explique-t-il, ému.
A quelques mètres, la revendeuse de “ayimolou” (haricots épicés), maman Ayité, observe avec bienveillance sa voisine singulière. « Adjovi ne se repose jamais. Chaque jour, elle balaie les rues, ramasse les sachets plastiques et s’attelle à son travail. Elle a l’amour du travail dans le sang », raconte-t-elle avec un sourire.
Malgré sa fragilité, Adjovi incarne une forme de dignité et de courage silencieux. Dans son monde à part, fait de gestes répétés et de souvenirs fragmentés, elle garde une place à part dans le cœur de ceux qui croisent sa route.
Sous le soleil brûlant, la pluie ou la brise du matin, ses mains tressent et continuent de tresser ses magnifiques objets artisanaux, fil après fil.






