
Par BODJONA Bassanta Gabriel
Créée par décret N° 75-30 du 5 mars 1975, l’Agence Togolaise de Presse (ATOP) fête ses 50 d’existence le 5 mars 2025. Elle est venue suppléer le Centre d’Information (CI) implanté dans certaines préfectures jadis circonscriptions administratives au lendemain de l’accession du Togo à la souveraineté internationale. La mission assignée à cet organe de service public à sa création était de collecter les nouvelles nationales sur toute l’étendue du territoire national, de centraliser toutes les informations venant de l’étranger. Il s’agissait aussi de ventiler les nouvelles nationales et internationales après sélections aux organes de diffusion collective (radio, télévision, presse) ainsi qu’aux abonnés. Elle était la porte d’entrée et de sortie, bref le pilier central de l’information au Togo. Aujourd’hui, son rôle semble être limité à la collecte, le traitement des informations culturelles, économiques, socioculturelles, sportifs et leur diffusion à travers son site web www.atop.tg, principale vitrine de l’Agence.
Entant que première agence de presse au Togo, l’ATOP a traversé différentes périodes dans son cheminement : Des périodes de gloire, de stagnation, d’hibernation ; mais aussi de réformes. Quelles ont été ses forces et ses faiblesses depuis sa création ? Et quelles sont les perspectives pour son repositionnement dans le paysage médiatique togolais pour répondre aux attentes placées en elle qui sont toujours importantes et qui l’obligent, aujourd’hui encore plus qu’hier, à faire plus et mieux dans le traitement juste, diversifié et en temps réel des informations ?
Les forces de l’ATOP depuis sa création
Les forces de l’Agence résident en ce qu’elle bénéficie d’un maillage du territoire national. C’est d’ailleurs le seul organe au Togo qui dispose des correspondants dans presque toutes les préfectures du Togo. Ce qui constitue un avantage d’envergure sur les autres organes de presse au plan national. Les correspondants déployés couvrent toutes les informations au quotidien en vue de leur diffusion. Ceux-ci, à part des reportages recommandés, produisent des articles de fond, des magazines ayant trait à des thématiques variées dans leurs localités accrochant ainsi leur audience. Le directeur régional des Arts et de la Culture des Savanes, Dr. Abi Essozimna qui a toujours associé l’ATOP à ses activités relève en substance : « En termes de forces pour l’Agence, je pense que depuis sa création, c’est un outil qui est allé à la rencontre de son public dans tous les recoins du pays et qui diffuse pratiquement toutes les informations qui sont relayées par les autres médias, si on rate une information à la radio ou à la télé, on peut se rattraper dans les publication de l’ATOP ; ce qui est une très bonne chose ». Une autre force remarquable, selon Dr. Abi, c’est sa proximité avec la population dont les services sont pratiquement gratuits ; mais de très grande qualité. « Je dirais l’ATOP est l’une des grandes sources fiables d’information.
Une autre force de l’Agence est son site web qui fait d’elle un puisant média étatique en ligne, diffusant des informations crédibles, authentiques, vérifiables et en temps réel. A entendre le directeur de la radio communautaire Tienokpé du grand Kpendjal basé à Naki-Est, Jean Cantchéki : « L’ATOP est l’une des grandes sources fiables d’information et une grande opportunité. Vous savez, aujourd’hui, les médias classiques tels que la radio, la télé et la presse font leur part ; mais le monde évolue. Il y a des partenaires, la société civile qui sont beaucoup plus orientés vers les médias en lignes et aux côtés de radio Kara et Lomé, l’Agence vient compléter ce manque. Elle vient offrir une autre alternative aux organisateurs qui aimeraient porter haut et loin leurs activités à travers les médias d’Etat. Et l’ATOP sait bien le faire ».
Il est évident que depuis la nuit des temps, les agenciers de l’intérieur ont su entretenir de très bonnes relations avec les autorités locales, ce qui permet une meilleure collaboration dans les différentes régions et préfectures facilitant leur travail. Sur ce point, Jean Cantchéki ne mâche pas ses mots : « Les journalistes de l’Agence sont expérimentés, qualifiés et rompus à la tâche, ils connaissent l’éthique et la déontologie du métier. Ils maintiennent une bonne collaboration avec les autorités locales et avec les forces vives de l’intérieur du pays, ce qui fait que les relations sont au beau fixe, facilitant le travail aux journalistes sur le terrain ».
De même, l’ATOP est de plus en plus sollicitée pour des couvertures médiatiques des activités d’ordre politique, religieuse, artistique, artisanale, éducatives, sportives, culturelles entre autres. « Quand vous voyez chaque jour les sollicitations de gauche à droite de l’ATOP, c’est là vous vous rendez compte de l’importance et de la qualité du travail qui se fait au niveau de cette Agence pour être sollicité aussi autant », confie Abdoulaye Kam, un confrère de radio Courtoisie basée à Dapaong. Cependant, à côté des forces, l’Agence a également des faiblesses.
Les faiblesses de l’Agence, vues par les acteurs communautaires
Comme tout organe de presse, l’ATOP a des limites qui l’empêchent de s’imposer dans un environnement médiatique concurrentiel et de répondre aux attentes placées en elle dès sa création par les plus hautes autorités du pays. Il est clair que l’organe de presse est confronté à un manque criard de personnel aussi bien à la direction à Lomé qu’à l’intérieur du pays. A titre d’exemple, dans la région des Savanes qui compte sept préfectures, il n’y a que deux journalistes reconnus qui couvrent deux préfectures. Par endroit, c’est des retraités qui sont maintenus à leurs postes ou des stagiaires ne disposant pas assez d’expériences en la matière qui assurent le service minimum. « Lorsqu’on voit aujourd’hui la plupart des centres et bureaux à l’intérieur, il manque cruellement de personnel. On se retrouve avec un seul journaliste. S’il arrive que plusieurs partenaires le sollicitent, comment peut-il se prendre pour remplir son devoir ? », s’interroge Jean Cantchéki.
D’autres faiblesses sont relatives à la vétusté des locaux, au manque d’équipement adéquat pour que les agenciers soient plus efficaces dans leur travail. On remarque aussi que le mobilier de bureau est hors usage. De plus, l’ATOP souffre de moyen logistique (matériel roulant) pour répondre sur le terrain, ils sont souvent suspendus aux lèvres des organisateurs en matière de transport, ce qui n’est pas sans conséquence sur leur impartialité dans le traitement de l’information. Dans cette optique, M. Sanwogou Frédéric, gestionnaire de collectivités locales à l’ONG Gestion de l’Environnement et Valorisation des Produits Agropastoraux et Forestiers (GEVAPAF) souligne : « Les difficultés de l’Agence sont énormes. Des locaux délabrés ou carrément abandonnés dans certains milieux, le personnel insuffisant et non équipé, la zone de couverture par un seul journaliste d’ATOP semble trop vaste puis le manque de moyen de transport pour être plus efficace dans leur mission ».
Plus grave, à l’ère où on parle du numérique au Togo, hormis la direction, les bureaux régionaux et les centres préfectoraux de l’Agence ne disposent pas encore de la connexion internet. C’est seulement quelques gigas octets que les agenciers reçoivent mensuellement dans leurs portables et qui se révèlent très insuffisants pour la communication et l’envoie des dépêches et des photos. Cet état de chose constitue une difficulté majeure pour l’Agence. S’agissant du matériel de bureau, en dehors des ordinateurs, qui sont disponibles actuellement dans pratiquement tous les centres et bureaux, les papiers rames, les sous-mains, les enveloppes, les agrafeuses…, sont quasiment inexistants, ce qui entrave la gestion administrative des correspondants de l’ATOP à l’intérieur du pays.
Une autre faiblesse constatée au niveau de cet organe est que la majorité de ses journalistes ne sont pas formés dans les écoles de journalisme. Ils l’ont appris sur le tas. Ce qui les ampute de certaines connaissances, surtout lorsqu’il s’agit d’embrasser d’autres genres. Autre aspect de cette faiblesse, c’est que des journalistes désenchantés ou ayant des écarts de comportements dans les autres organes d’Etat sont vite envoyés à ATOP en guise de sanction, faisant de ce média un véritable garage pour les indésirables. Cette situation pollue l’atmosphère du travail et créée une situation de malaise au sein du personnel.
On peut aussi citer la confusion permanente qui existe, aux yeux de la population, entre l’Agence togolaise de presse et le quotidien national d’information Togo-Presse. Certains organisateurs invitent l’ATOP à leurs activités pensant avoir invité, Togo-Presse, et lorsqu’ils constatent que ce n’est pas le même organe, sont offusqués. La perception du public qui méconnait la mission essentielle de l’ATOP constitue un défi à relever par les premiers responsables
Face à ces faiblesses, des pistes de solution sont indispensables pour donner un nouvel élan à l’Agence, surtout en cette révolution du digital.
Perspectives pour le repositionnement de l’ATOP dans le paysage médiatique togolais
Pour un repositionnement de cet organe de presse, beaucoup d’efforts doivent être consentis. Il s’agit, notamment de l’adaptation de l’Agence à l’avancée technologique et la formation des agents selon Dr. Adji Tchakbera, rédacteur en chef à la Télévision togolaise (TVT) et Fabrice Pétchézi, président de l’Observatoire togolais des médias (OTM), lors d’un panel marquant le lancement officiel du jubilé d’or de l’ATOP, le 10 janvier à Aného. Il urge de renforcer le personnel et de le doter d’équipements de pointe pour combler les attentes des populations. De ce fait, l’organe se doit d’être aussi présent en mode audiovisuel, ce qui serait son plus grand atout lorsqu’on sait qu’aujourd’hui, l’audience est de plus en plus tournée vers ce type d’information plutôt que la lecture.
L’ATOP, pour s’affirmer dans le paysage médiatique togolais doit disposer de matériel roulant convenable. A ce sujet, M. Issifou Abdouramoulana, chef division planification à la DRE- Savanes adhère à cette préoccupation lorsqu’il déclare : « Aujourd’hui, on voit que la plupart du matériel de l’Agence est désuet. Quand on voit les journalistes de l’ATOP, leurs moyens de déplacement sont vétustes, cela ne permet pas de parcourir de grandes distances, ils risquent de subir des pannes en cours de route et là vous comprenez les risques dans une région comme celle des Savanes où des attaques armées sont récurrentes. Donc il est important de les doter de moyens de déplacement sécurisés ». Un autre élément à prendre en compte est l’installation de la connexion internet dans tous les bureaux régionaux et centres préfectoraux sans oublier le renforcement des services d’ATOP en matériel informatique qui reste un défi pour tous les secteurs d’activités au Togo. Un travail professionnel de la part des journalistes est vivement recommandé pour augmenter l’audience de l’organe. Il y a lieu aussi de travailler et d’expliquer au public les missions de l’ATOP pour éviter la confusion permanente entre l’Agence et Togo-Presse.
Somme toute, pendant 50 ans de parcourt de la mère des agences de presse au Togo, l’ATOP a connu des hauts et des bas. Ce jubilé d’or permet de marquer une pause, de faire le bilan ; mais aussi de tirer les leçons pour son nouveau décollage avec plus d’espoir. Un accompagnement de l’Etat et de ses partenaires permettra à l’organe de presse de mieux jouer le rôle qui est le sien en matière d’information. Vivement que ce jubilé d’or soit un déclic pour le repositionnement de l’Agence Togolaise de Presse dans le paysage médiatique togolais pour combler les attentes des populations.






