
Par Diane Minlekib
Sur les routes togolaises, l’anarchie et l’incivisme semblent parfois avoir pris le pas sur la prudence et le respect mutuel. Le manque de courtoisie entre les usagers de la route devient un phénomène préoccupant. Klaxons intempestifs, refus de donner la priorité, insultes, non-respect des feux tricolores…, les exemples d’incivilités sont légions et quotidiens.
Les causes liées à ce phénomène sont nombreuses et variées. Les acteurs du domaine du transport indexent prioritairement le manque de formation adéquate et d’éducation civique.
La non maitrise du code de la route
De nombreux usagers, notamment les conducteurs de taxi-motos, appelés « zémidjans », n’ont pas tous suivi de formation complète. Le Code de la route est souvent méconnu ou ignoré, même par certains détenteurs de permis. Cette situation conduit à la violation de ce code et pour la plupart du temps à des comportements inciviques.
Par ailleurs, le stress urbain, le mauvais état des routes par endroits, les embouteillages fréquents à certaines heures de pointes, exacerbant l’impatience des conducteurs, jouent également un rôle majeur dans la survenance de ces comportements. Dans cette ambiance tendue, le respect des autres usagers devient secondaire.
Toumoye Maléki, moniteur d’auto-école à Agbalépédo, explique que « le manque de courtoisie est une question d’éducation et de gestion du stress. Dans notre auto-école, nous enseignons le respect d’autrui, et le respect mutuel entre les usagers de la route fait partie intégrante de notre formation. Au-delà du code de la route, il est essentiel d’avoir une éducation citoyenne et une maîtrise de soi, car cela permet d’éviter les mauvais comportements ».
Agressions verbales et physiques sur les routes
L’incivisme sur les routes se manifeste par des agressions verbales et même physiques. Ce comportement déplorable s’explique par l’intolérance, une attitude hostile ou agressive envers les autres usagers. Il est très courant d’entendre des usagers se lancer des injures telle que « salopard », « enowo bé gbimé », « odoumi n’to ». Cette intolérance résulte, d’après le moniteur Maléki, d’un déficit de valeurs citoyennes fondamentales, essentielles au vivre ensemble, à la cohésion sociale et à la paix, telles que le respect de la loi, la tolérance, la courtoisie et le respect de l’autre.
Kossi Mawulom, chauffeur de taxi, confie : « Il devient très difficile de circuler sans tension. Dès qu’on ralentit pour céder le passage à un piéton, certains klaxonnent derrière ou essaient de vous dépasser brusquement. Le respect des autres n’est plus une priorité ». Même constat fait par Dame Akossiwa, mère de famille, qui explique : « Quand je marche avec mes enfants, je suis toujours stressée au moment de traverser la voie. Même quand on est sur un passage piéton, les motos et voitures ne s’arrêtent pas. J’ai même déjà été insultée alors que je traversais avec prudence ».
Des attitudes aux conséquences alarmantes

Le manque de courtoisie a des répercussions graves sur la sécurité routière.
Gabriel Etekpor, président de l’association « Mayi Mava Dédié » engagée dans la sécurité routière, souligne que les conséquences liées au manque de courtoisie dans la circulation sont nombreuses. On peut citer la violation des panneaux et feux de signalisation, les encombrements dans les intersections.
Le président relève que le manque de courtoisie, l’impatience, ajoutés à la non maitrise du code de la route, amènent certains usagers à violer les feux et panneaux de signalisation, causant des accidents mortels sur leur passage.
Concernant les encombrements, il explique qu’il suffit qu’un véhicule long ne trouve pas accès pour vite libérer les lieux, cela créé un véritable embouteillage ou blocage à cause du refus d’appliquer la règle de la priorité à droite. « Nous savons tous que nous appliquons chez nous la règle de la priorité à droite en circulation. Pourtant, un bon conducteur en tête d’une longue file de véhicules peut laisser passer les usagers venant de sa gauche par courtoisie. Lorsque ceux-ci attendent trop longtemps, ils tentent de violer la règle par impatience, ce qui peut entraîner un choc latéral ».
Les arrêts sur les passages cloutés sont aussi une violation du code de la route et du manque de courtoisie. Dans ce cas, M. Etekpor précise que le manque de courtoisie complique également la vie aux piétons, qui éprouvent des difficultés à traverser la route. Les conducteurs de véhicules et de motos, au lieu de libérer le passage aux piétons, s’y arrêtent, obligeant ainsi les piétons à passer entre les voitures ou les motos pour traverser généralement aux feux tricolores. Devant cette situation, que faut-il faire, réprimer ou sensibiliser ?
Renforcer la sensibilisation et l’éducation au civisme
Beaucoup pensent d’abord à la sensibilisation, à l’éducation au civisme, à la formation au code de la route, et après à la répression.
M.Tchakpala Alfa, formateur en éducation civique, explique que des mesures prises face à ces comportements inciviques sur la route sont essentiellement la sensibilisation des populations dans le cadre de la mise en œuvre de la politique nationale de formation civique et d’éducation à la citoyenneté qui ambitionne de forger un nouveau type de citoyen responsable et engagé au service de la paix et du développement de son pays. Il ajoute que, pour avoir des citoyens dignes de circuler en toute sécurité sur les routes, il est essentiel de renforcer la sensibilisation sur les méfaits liés au non-respect du code de la route, à l’excès de vitesse, et aux surcharges entre autres.

Des campagnes de sensibilisation ciblées sur des thématiques données, peuvent également contribuer à sensibiliser les usagers, notamment les conducteurs de taxis et de motos. « Dans ce cadre, plusieurs campagnes de formation et de sensibilisation ont été déjà menées sur la sécurité routière, notamment le respect du code de la route, le respect de l’autre, la tolérance, la courtoisie, etc., à l’intention de plusieurs groupes cibles, tels que les conducteurs de taxis et de taxis-motos, les élèves, les jeunes et les femmes. Ces campagnes sont appuyées de distribution d’affiches et de casques aux bénéficiaires ainsi que d’émissions radiophoniques », a-t-il affirmé.
Un autre aspect relevé par M. Tchapkala, est d’éduquer les jeunes au civisme, en leur donnant des cours sur le civisme, le respect des règles dans la société, dès leur plus jeune âge. L’éducation à la citoyenneté, a-t-il renchéri, suppose une éducation à la culture de la paix, à la non-violence, et du vivre ensemble dans le respect mutuel. « Ce respect mutuel ou cette courtoisie pourra donc progressivement prendre place sur les routes, en lieu et place des insultes et bagarres », a-t-il fait savoir.
Les initiatives du gouvernement peinent à perdurer
Le gouvernement par le biais du ministère en charge de la Sécurité a initié une politique d’obtention du permis de conduire et du port obligatoire de casque, avant de conduire tout engin à moteur. Cette politique malheureusement n’a pas fait long feu, poussant encore les usagers indélicats à créer du désordre dans la circulation.
Des contrôles routiers sporadiques, souvent peu rigoureux, obligent certains usagers à se conformer à la bonne conduite. La répression sous forme d’amende, infligée à tout conducteur maladroit, ou ne portant pas de casque, constitue un début de sagesse pour beaucoup de conducteurs. Cela contribue à limiter un temps soit peu, les désagréments qui surviennent régulièrement sur les routes avec leur cortège de malheurs.






