
Les Reines Mères occupent une place centrale dans le développement local et la préservation des valeurs africaines. Au Togo, leur présence est bien réelle, notamment dans plusieurs localités du sud du pays, même si leur rôle demeure souvent peu visible dans une société de plus en plus marquée par la modernité et les influences masculines et occidentales.
A travers cet entretien croisé réalisé à l’occasion de la 51e Journée internationale de la femme africaine, Mama Meseko Adzino II, Reine Mère de Yikpa Dafo dans la préfecture de Danyi, et Ezor 1er, chef du village de Govié Hoéme et conseiller de l’Association des Reines Mères du Grand Kloto sont revenues sur la fonction de Reine-mère, son utilité et les défis contemporains dans les communautés éwés.
Agence Togolaise de Presse (ATOP)- Une Reine Mère aujourd’hui, qu’est-ce que c’est ?
Mama Meseko Adzino II : Une Reine Mère, c’est avant tout un notable du chef. Elle est la représentante des femmes dans la chefferie traditionnelle. Tout comme le chef de guerre (‘Asafo’) ou le porte-parole (‘Tchami’), elle est l’une des figures essentielles autour du chef. Elle porte la voix des femmes et veille à l’harmonie dans la communauté.
Togbui Ezor 1er : Effectivement, c’est une femme intronisée qui joue un rôle important dans nos royautés. Elle traite généralement des affaires féminines, ce qui est essentiel, car certaines problématiques sont mieux gérées par des femmes. C’est une institution qui a toujours existé, mais qui manquait de reconnaissance au plan national. C’est pourquoi, depuis 2013, les Reines Mères du Grand Kloto se sont regroupées en association : l’ARMGK qui signifie l’Association des Reines Mères du Grand Kloto.
Quelles sont les responsabilités d’une Reine Mère dans la communauté ?
Mama Meseko Adzino II : Les responsabilités des Reines-Mères sont multiples. La Reine-Mère veille à la propreté du village : places publiques, rues du villages, cimetières, … C’est elle qui interpelle les habitants pour entretenir leur cadre de vie. Elle joue aussi un rôle social : lorsqu’un enfant est négligé, c’est elle qui alerte la mère. Mama intervient également dans la gestion des conflits conjugaux ou entre coépouses. Son mot d’ordre, c’est la paix. Mais elle agit toujours sous l’autorité du chef du village ou du canton, à qui elle rend compte.
Togbui Ezor 1er : Le rôle de la Reine-Mère est de plus en plus reconnu. Celle-ci est le relais entre les femmes et le pouvoir traditionnel. En observant les Reines Mères, les femmes de nos villages peuvent s’inspirer et adopter des comportements qui favorisent la cohésion et l’harmonie dans les familles.
Quel est son rôle dans la cour royale ?
Mama Meseko Adzino II : Mama est le bras droit du chef. Parfois, il lui délègue des missions. Elle peut instruire des affaires, régler des litiges et faire remonter les informations. La collaboration entre le chef et la Reine Mère est constante.
La Reine Mère est-elle forcement la femme du chef ?
Mama Meseko Adzino II : Non ! C’est une erreur que beaucoup font. La Reine Mère n’est ni l’épouse ni la concubine du chef. Elle est un notable intronisé à ce titre. Elle exerce une fonction propre, indépendante, avec des responsabilités claires dans l’intérêt de la communauté.
Comment devient-on Reine Mère ?
Mama Meseko Adzino II : On ne le décide pas soi-même. Il faut d’abord être issue d’une famille royale ou une lignée traditionnellement dédiée à ce rôle. Ensuite, les sages se réunissent, des noms sont proposés, et après des consultations, un choix est fait. C’est une nomination, suivie d’une intronisation avec des rites. C’est une charge, pas un titre de parade.
Un message aux femmes en cette Journée de la femme africaine ?
Mama Meseko Adzino II : Je dirais humilité, accessibilité et attachement aux valeurs africaines. La femme africaine ne doit pas tout copier. Aujourd’hui, les jeunes filles s’éloignent de nos valeurs à cause des réseaux sociaux, de la télévision. Nous, les Reines Mères, nous devons transmettre ces valeurs, rappeler les bonnes manières, éduquer par l’exemple. C’est notre responsabilité.
Togbui Ezor 1er : La Reine Mère doit rester un modèle. Elle n’est pas un chef du village, mais elle est essentielle à la stabilité sociale. Elle doit accompagner le chef, mais aussi inspirer les femmes de sa communauté. Et toutes les femmes doivent rester dans l’harmonie du couple. C’est cette complémentarité qui fonde nos sociétés.
Interview réalisée Elisée Rassan






