
Par Prince Makassa
Jadis dense et verdoyante, la forêt classée des deux rivières Béna, dans la préfecture de Wawa, est aujourd’hui menacée par l’expansion agricole et l’exploitation illégale du bois. Les abattages nocturnes opérés par des bûcherons clandestins et la recherche de terres fertiles par les paysans compromettent les objectifs environnementaux fixés par le gouvernement à l’horizon 2030.
Un site classé depuis 1947
Classée depuis le 11 juin 1947, la forêt des deux rivières Béna couvre environ 2 400 hectares sur la chaîne de montagnes de l’Atakora, entre les deux cours d’eau qui lui donnent son nom. Elle s’étend sur la partie orientale et montagneuse des cantons de Badou, Tomégbé et Kpètè-Béna.
« La vocation essentielle de cette forêt est la préservation de la biodiversité (faune, flore, eaux et sols) ainsi que la lutte contre les effets des changements climatiques et le maintien du climat local », explique Kao Tchaa, directeur préfectoral de l’environnement et commandant des eaux et forêts. Selon lui, ce massif forestier joue également un rôle clé dans la prévention de l’érosion des flancs de l’Atakora, des glissements de terrain et des éboulements.
Exploitation illégale et pression humaine
Malgré ce statut protégé, la forêt subit une exploitation intensive. Les bûcherons clandestins, particulièrement actifs la nuit, représentent une menace constante. « Nous organisons des patrouilles nocturnes pour les appréhender. Chaque jour, nos équipes effectuent des descentes dans les villages riverains et parcourent les sentiers pour dissuader les scieurs et les paysans d’envahir la zone », confie le commandant Kao Tchaa.
Ces exploitants illégaux opèrent en toute discrétion. « Après avoir dormi dans la journée, ils profitent de la nuit pour activer leurs machines. On peut entendre, à des heures tardives, le ronronnement de leurs tronçonneuses dans des zones difficiles d’accès », déplore-t-il.
La situation est aggravée par le chômage local, l’appât du gain facile et la chute des prix des cultures de rente. Certains paysans, en quête de terres cultivables, pénètrent dans la réserve pour y installer des plantations de café, de cacao ou des champs de céréales. « Nous n’avons pas le choix, il nous faut nourrir nos familles, scolariser nos enfants et subvenir à nos besoins. Les terres fertiles sont devenues rares », témoigne Kodjo, père de six enfants, rencontré sur le site.
Sensibilisation et patrouilles
Pour freiner cette dégradation, la direction préfectorale de l’environnement mène des campagnes de sensibilisation afin d’inciter les communautés à développer des alternatives, notamment la création de forêts communautaires dans chaque hameau, village ou canton. « La résilience face aux changements climatiques passe par l’implication des populations », souligne Kao Tchaa.
Le préfet de Wawa, Soménu Atsu Yinassè, insiste également sur l’importance pour chaque canton des trois communes de la préfecture de disposer de leur propre forêt communautaire, afin de réduire la pression sur les zones classées.
Parallèlement, des patrouilles sont régulièrement organisées pour décourager les contrevenants. Mais ces interventions se heurtent parfois à la résistance des riverains, qui préviennent les bûcherons de l’arrivée des équipes de surveillance.
Restaurer la forêt, une urgence écologique et économique

Face à l’ampleur des menaces, la commune Wawa 1 envisage la restauration de la forêt afin de relancer l’écotourisme et de valoriser ses atouts naturels, notamment les cascades d’Aklowa et de Kpètè-Béna.
« Jadis, cette forêt abritait une riche diversité d’espèces végétales et animales. Des touristes, nationaux comme étrangers, venaient admirer ce paysage unique. Aujourd’hui, avec la déforestation, les visiteurs se font rares », regrette Assamoah Yao Ogah, maire de Wawa 1.
Chaque année, entre juillet et septembre, des éboulements et glissements de terrain se produisent sur les flancs montagneux, rendant dangereuses les randonnées et l’écotourisme dans la réserve. Autrefois, on pouvait observer des animaux sauvages jusque dans les villages, mais ce phénomène a presque disparu.
Pour le maire, l’enrichissement et la restauration des flancs de la chaîne de l’Atakora constituent une priorité. « Une fois la flore reconstituée, l’écotourisme pourra retrouver ses lettres de noblesse dans la commune Wawa 1 », espère-t-il.






