
Par Akouétey AMEKOUVO
Respect, discipline, laïcité, égalité, fraternité, sens du bien commun… autant de valeurs que l’école est censée inculquer aux jeunes générations. Au cœur du dispositif éducatif, les enseignants appelés à jouer un rôle déterminant dans la transmission des valeurs républicaines. Ces hommes et femmes arrivent-ils aujourd’hui, à transmettre ces repères essentiels dans un contexte marqué par l’influence du milieu familial et social ?
L’école, un cadre privilégié de transmission des valeurs
A l’école, l’apprentissage ne se limite pas aux connaissances académiques. Il englobe également la formation du citoyen. Dans les établissements scolaires, les enseignants apparaissent comme les principaux vecteurs de transmission des valeurs républicaines, indispensables à la cohésion sociale.
« L’école joue un rôle fondamental dans la formation du citoyen en inculquant des principes comme le respect, la tolérance, la justice, l’égalité et la solidarité. À travers les programmes scolaires, l’école prépare les élèves à vivre ensemble dans une société démocratique », confie Mme Gonon Amèvi Agbéri, analyste sociopolitique au Centre de recherche sur la sécurité, la paix et développement en Afrique (CRESED) de l’Université de Lomé.

L’un des buts assignés à l’école, renchérit M. Gaétan Akakpo, chargé du cours de français au collège Augustin Planque est de former des citoyens éclairés, capables de vivre ensemble dans la République. « L’école rassemble des enfants d’origines, de religions et de milieux sociaux différents. C’est souvent le premier lieu où on apprend à vivre avec des règles communes : mêmes droits, mêmes devoirs, autorité non basée sur la famille ou la religion mais sur la loi. Ce qui fait de l’école, un laboratoire de la République au quotidien », explique cet enseignant.
Au-delà de la transmission des valeurs, « l’école est la deuxième instance de socialisation derrière la famille où des valeurs se transmettent, notamment à travers l’éducation civique et morale et d’autres disciplines », précise M. Sobo Doh-Kossi, chef division production et documentation à la direction de la Formation civique.
Des défis malgré les ambitions
Une mission confrontée à des difficultés. Les enseignants évoquent l’influence du milieu familial et social. Certains comportements observés en classe trouvent leur origine en dehors de l’école, rendant la tâche des enseignants plus complexe. « Parfois, ce que nous inculquons à l’école est contredit à la maison ou dans la rue », regrette Mme Gonon.
D’après M. Sobo, les défis de la transmission des valeurs en milieu éducatif peuvent être relatifs à la diversité culturelle des apprenants, à des inégalités sociales, au manque d’exemplarité, au caractère cognitif du savoir en milieu scolaire, l’influence de plus en plus accrue des médias et des réseaux sociaux.
L’impact des réseaux sociaux et des nouveaux modes de communication constitue également un défi majeur. Les élèves sont exposés à des contenus qui ne favorisent pas toujours les valeurs de civisme et de respect.
Pour M. Akakpo, le défi principal, c’est de passer du “dire” au “faire vivre” des valeurs en tenant compte des réalités endogènes et exogènes non seulement au milieu éducatif mais aussi au contexte général du pays.
Avec le système éducatif : Approche par compétence (APC), Mme Balama Fawa, chargée du cours de français au lycée de Tsévié 1 (Zio) estime que le système a connu des avancées en matière de transmission des valeurs avec des programmes spécifiques. Elle relève que les thèmes inscrits au programme de français en classe de Seconde, entre autres, « l’homme et son environnement », « sagesse et humanisme africain », aident à transmettre des valeurs républicaines aux élèves. Au niveau primaire et secondaire, dit-elle, l’Education civique et moral (ECM) par exemple regorge de beaucoup de valeurs républicaines, notamment l’hymne national, la marche républicaine et les valeurs citoyennes.
D’une méthode à une autre
Pour transmettre ces valeurs, les enseignants s’appuient sur plusieurs approches. Les cours d’éducation civique et morale constituent un cadre formel, mais d’autres disciplines y contribuent également. Les débats en classe, les travaux de groupe ou encore les activités culturelles et citoyennes permettent aux élèves de s’approprier ces notions.
S’il est reconnu aux enseignants, leur rôle dans la transmission des valeurs, l’autre enjeu est la manière ou la pédagogie utilisée pour atteindre les objectifs. Personnellement, partage Mme Balama : « J’ai été formée par l’Association togolaise pour le bien être familiale (ATBEF) sur les thématiques telles que les droits sexuels, l’équité, les valeurs citoyennes pour être une enseignante mentor dans les établissements scolaires ». A mes heures de cours ou aux heures libres dans une classe, « j’anime des causeries éducatives de 10 ou 15 min sur des thématiques précises. Il m’est arrivé même de télécharger le code pénal togolais pour sensibiliser les élèves au respect du drapeau et les informer des peines encourues lorsqu’ils ne s’arrêtent pas à la montée des couleurs ».
« Les enseignants transmettent les valeurs républicaines par 3 canaux principaux : ce qu’ils disent, ce qu’ils font, et ce qu’ils font faire », résume M. Akakpo.
Vers une responsabilité partagée
Pour de nombreux acteurs du système éducatif, la transmission des valeurs républicaines ne doit pas reposer uniquement sur l’école. Elle nécessite l’implication des parents, des autorités publiques et de la communauté. Le renforcement de la formation des enseignants, l’intégration d’activités citoyennes et une meilleure collaboration entre l’école et les familles sont autant de pistes évoquées pour relever ce défi.






