
Par Michel KPEMISSI
Les Evala sont des rites initiatiques pratiqués en pays Kabyè, dans la région de la Kara. Ces rites, marqués par les luttes et d’autres cérémonies, consacrent le passage à l’âge adulte pour les jeunes de 18 à 20 ans. Destinées à faire acquérir les qualités guerrières à ceux-ci, un jeune Evalou (singulier d’Evala) est-il obligé de lutter durant ces trois années d’initiation ?
Pas de règle sans exception
En pays Kabyè, le jeune initié est tenu de lutter pendant les trois ans, mais il peut arriver que celui-ci ne le fasse pas, pour plusieurs raisons. La première raison peut être liée à sa santé. « L’initié a lutté premièrement, mais il ne peut plus continuer parce que son état de santé ne le lui permet plus », confie l’encadreur Awadé Pagoubadi.
Deuxièmement, le jeune Evalou peut aussi lutter, juste deux ans, car on ne l’a pas fait vite monter dans la classe où ses collègues se retrouvent. « Quand le quinquennat prend fin, il ne peut plus lutter, c’est pourquoi, on permet qu’il le fasse pour seulement deux ans afin de rattraper ses pairs », explique-t-il.
Troisièmement, il y a certains qui, même après l’initiation, ne lutteront jamais en raison de leur infirmité. « Ce n’est pas parce qu’il est infirme qu’on ne doit pas l’initier, parce que l’objectif premier de la cérémonie est de permettre au jeune de connaître les gens de sa classe d’âge », détaille-t-il.
Honorer sa famille
En dehors de ces cas, aucun Evalou ne peut décider volontairement de ne pas lutter car tant qu’il est valide et en bonne santé, il voudra le faire durant les trois ans pour honorer sa famille. « Quand le jeune lutte et triomphe dans l’arène, il glorifie sa famille, mais quand il cherche à se dérober, sciemment, de cette obligation, il jette un déshonneur sur elle, et subit des moqueries de sa communauté qui le considère comme quelqu’un qui se cache sous les pagnes des femmes, autrement dit un moins que rien, un homme inutile », fait-il savoir.
L’intervenant s’est résumé en soulignant qu’en pays Kabyè, l’Evalou n’est pas obligé de lutter pendant les trois ans, mais l’idéal serait que l’initié ne rate aucune de ses années de lutte.
M. Awadé invite les générations présentes et futures de jeunes Kabyè à être forts et courageux en suivant les pas de leurs devanciers dans l’arène. « Démarrées depuis la nuit des temps, les luttes continueront de génération en génération, et tout jeune doit se soumettre à ces rites pour devenir un véritable homme, capable de défendre sa famille et sa communauté », a-t-il déclaré.






