
Par Michel KPEMISSI
Les préparatifs des Evala dans le cadre des luttes traditionnelles en pays Kabyè passent nécessairement, par leur campement sur le lieu de cérémonie « Awéyo ». Que font les jeunes initiés, en particulier ceux du canton de Lama durant leur passage dans cet endroit avant leur sortie dans l’arène ? Les encadreurs des Evala, Kamina Essodonda et Adja Paulin, ont apporté, le mercredi 15 juillet dans la localité, un éclairage, dans une discussion avec l’envoyé de l’Agence togolaise de presse (ATOP).
Selon les encadreurs, le rassemblement des Evala intervient, toujours un lundi soit deux jours après le début officiel des luttes, qui est toujours fixé sur un samedi. « A partir de zéro heure ou une heure du matin, tous les Evala sont rassemblés sur Aweyo pour le démarrage des cérémonies », affirme. M. Kamina. Il a ajouté que dans ce lieu sacré, des espaces spécifiques d’entrainement sont réservés où les lutteurs se mesurent entre eux et affrontent également des adversaires plus forts qu’eux pour jauger leurs capacités. L’orateur a dit que les aînés y transmettent les techniques de lutte, en mettant l’accent sur la ténacité, l’agilité, l’endurance et le dépassement de soi, des qualités indispensables pour défendre la communauté. Des conseils sont aussi prodigués aux Evala pour sortir victorieux, le jour ‘’J’’, de l’arène, a ajouté l’encadreur.
Les combats physiques s’accompagnent de préparation spirituelle
M.Kamina a fait savoir que c’est dans ce lieu sacré qu’on tue le chien sacrificiel d’initiation que les chefs de village et de quartiers ont acheté aux Evala avec l’argent de leur cotisation. « En principe, la viande du chien tuée doit être consommée par tous les initiés pour adopter ainsi les caractéristiques de l’animal : résistance, force et intelligence », affirme-t-il. Cependant, d’après l’orateur, certains Evala peuvent refuser de manger cette viande compte tenu de leur religion, sans que ceci n’empêche leur classement dans les rangs. A l’en croire, en plus du chien sacrificiel, tout initié à qui les parents ont acheté un chien est tenu de l’amener sur Awéyo pour l’abattage, en vue de la consommation par tous ses pairs. Il a précisé que cette règle est édictée pour renforcer l’esprit de partage. Toutefois, il explique que le propriétaire du chien peut décider de partager, seulement, les boyaux de son animal tué et vendre le reste de la viande pour réaliser un besoin avec l’argent acquis.
De son côté, l’encadreur Adja Paulin a dévoilé que la protection des Evala est déterminée en observant la coagulation on non de l’huile du chien sacrificiel, recueilli et déposée dans le creux d’une pierre. « Si le lendemain cette huile ne se coagule pas, cela veut dire que les Evala ne courent aucun danger dans l’arène. Par contre, en cas de coagulation, le prêtre traditionnel est recherché pour écarter le malheur en préparation », confie-t-il. L’orateur révèle également que le séjour des Evala dans le lieu sacré se déroule dans une ambiance marquée, en intermittence, par des chants et danses. Il a précisé que, particulièrement, le mardi qui correspond au jour de leur sortie dans l’arène, les initiés sont réveillés à 3 heures du matin. Ceux-ci commencent à chanter, danser et adresser des prières d’invocation des ancêtres et des divinités pour la protection jusqu’au démarrage officiel des luttes dans l’arène.
M.Adja a mentionné que le classement des lutteurs se fait également sur Awéyo et que tout initié qui quitte volontairement le campement ne sera pas classé. « Nos aïeux ont donné cette directive pour éviter que le jeune initié ne s’adonne aux relations sexuelles, ce qui le déconcentrerais et l’affaiblirait devant son adversaire », clarifie-t-il.






