
par Abel OZIH
Souvent asymptomatiques mais potentiellement mortelles, les hépatites virales, notamment les hépatites B et C, continuent de représenter un enjeu majeur de santé publique au Togo. Ces infections, qualifiées de « tueuses silencieuses », peuvent évoluer durant plusieurs années sans signes apparents avant d’entraîner de graves complications comme la cirrhose ou le cancer du foie.
« Les formes chroniques, notamment les hépatites B et C, touchent le foie et évoluent généralement sans signes apparents, retardant ainsi le dépistage et la prise en charge », fait savoir Dr Mathieu Kponou Tobossi, spécialiste en Diéto-phyto-hépatologie.
Selon les données du ministère en charge de la Santé, les jeunes adultes âgés de 18 à 35 ans sont particulièrement touchés, avec une prévalence pouvant atteindre 16 % pour l’hépatite B et 10 % pour l’hépatite C. Ces chiffres sont jugés préoccupants par les professionnels de santé.
Des modes de transmission bien établis

Les voies de transmission des virus responsables des hépatites B et C sont aujourd’hui clairement identifiées. « L’hépatite B se transmet par voie sexuelle (sperme, les sécrétions vaginales), par le sang, de la mère à l’enfant à la naissance ou encore durant l’enfance, entre enfants et entre adultes. L’hépatite C se transmet principalement par le sang, notamment lors de transfusions non sécurisées, par du matériel médical contaminé ou l’usage de seringues non stériles et aussi lors d’usage de matériel de travail piquant ou coupant », explique Dr Mathieu Kponou Tobossi.
Le virus de l’hépatite B peut également être retrouvé dans d’autres liquides biologiques tels que la sueur et la salive. Toutefois, la concentration virale dans ces dernières demeure nettement inférieure à celle présente dans le sang. « Le risque de transmission par la salive n’est pas nul, mais il reste faible. Il peut survenir en cas de contact avec une muqueuse lésée ou une plaie, lors du partage d’objets contaminés comme les brosses à dents, en cas de morsure humaine ou de baiser profond s’il existe des lésions buccales ou des saignements des gencives », précise le spécialiste. Quant à la sueur, le contact de peaux de personnes infectées et blessées (lors d’un jeu sportif avec blessure ou d’un accident par exemple) peut permettre l’échange de fluides sanguins souillés.
Une maladie qui évolue souvent dans le silence
Toutes les personnes infectées par le virus de l’hépatite B ne développent pas la maladie de la même manière. Deux formes principales sont distinguées : la forme active et la forme inactive.
« Dans la forme active, la charge virale dépasse 2 000 UI/ml. Des lésions hépatiques peuvent apparaître, détectables par échographie ou fibroscan. Sans traitement, le risque de complications est élevé », explique Dr Tobossi. Le traitement vise alors à réduire la charge virale et à préserver le fonctionnement du foie.
Dans la forme inactive, la charge virale reste faible et le foie peut être indemne ou légèrement atteint. « Aucun traitement n’est alors requis, mais un suivi médical régulier est recommandé, la maladie pouvant se réactiver avec le temps. Même en phase inactive, le porteur demeure potentiellement contagieux », avertit le spécialiste.
Concernant l’évolution de l’infection, l’hépatite B aiguë peut rester sans symptômes durant les six premiers mois ou se manifester par des douleurs abdominales, des vomissements ou des éruptions cutanées. Dans de rares cas, elle peut évoluer vers une forme fulminante, potentiellement mortelle.
Lorsque l’infection persiste au-delà de six mois, elle devient chronique. « Dans 80 à 90 % des cas, les patients ne présentent aucun symptôme. Les autres peuvent souffrir de fatigue, de jaunisse, de troubles digestifs ou de douleurs articulaires, des signes non spécifiques à la maladie », indique Dr Tobossi. Sans prise en charge, l’hépatite B chronique peut évoluer vers une cirrhose ou un cancer du foie, avec des complications sévères telles que des douleurs abdominales intenses, une augmentation du volume du foie ou des œdèmes des membres inférieurs.
Vaccination et dépistage, des moyens essentiels de prévention

Face à la progression silencieuse de ces infections, les spécialistes recommandent le dépistage précoce et la vaccination. La prévention contre l’hépatite B repose principalement sur un vaccin administré en trois doses. « Ce vaccin protège également contre l’hépatite D. En revanche, aucun vaccin n’est encore disponible contre l’hépatite C, dont la prévention passe par l’évitement de tout contact avec du sang contaminé. Des traitements curatifs existent toutefois pour cette dernière », rappelle Dr Tobossi.
Le spécialiste recommande la vaccination universelle dès la naissance ou après un dépistage à l’âge adulte. Il insiste également sur le respect d’une part des règles d’hygiène (éviter l’alcool, réduire les corps gras et le sucre, être prudent face à certains médicaments jugés toxiques pour le foie tel que le paracétamol) et d’autre part l’interdiction de partager des objets personnels comme les brosses à dents, les rasoirs ou les couverts, de rapport sexuel à risque sans protection ainsi que l’évitement des contacts bucco-sanguins chez les personnes porteuses du virus.
Pour freiner la progression de ces infections au sein de la population, Dr Mathieu Kponou Tobossi appelle enfin au renforcement de l’éducation sanitaire et à une meilleure sensibilisation sur l’importance du dépistage et de la vaccination.






