Dr Kodjo Kossi Serge, endocrinologue, diabétologue et nutritionniste au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sylvanus Olympio à Lomé et la doctorante Koutchakpo Murielle ont réalisé un travail d’enquête chez les sujets diabétiques venus en consultation diabétologique au CHU Sylvanus Olympio. L’objectif de cette étude était de voir comment les patients ont réagi à l’annonce du diabète et comment ils vivent leur quotidien avec cette maladie. Ce travail a été présenté par Dr Koutchakpo Murielle le 22 février 2022 lors de sa soutenance de thèse.
L’étude a porté sur 153 patients diabétiques venus en consultation de diabétologie pendant la période du 6 juillet au 9 octobre 2021. Cette enquête a permis dans un premier temps de constater que dans la population d’étude, 60% des patients étaient des femmes (93 sur les 153 patients). Les patients étaient âgés de 10 à 84 ans et la majorité des patients diabétiques (85%) avaient entre 40 et 70 ans. Les deux tiers des enquêtés étaient mariés et plus de la moitié des patients étaient actifs. 90% des patients (soit 138 patients sur les 153) avaient le diabète de type 2 et les 10% restants avaient un diabète de type 1.
Dans un deuxième temps, ce travail a permis de recueillir auprès des patients enquêtés, leur ressenti à l’annonce du diabète, leur vécu quotidien avec le diabète, puis ressortir leurs difficultés dans la gestion quotidienne du diabète.
Que disent les patients ?
D’après cette étude, il ressort que l’annonce a été très douloureuse chez plus de la moitié des patients (87 patients sur 153) ; le quart des enquêtés ont accepté la maladie et le quart restant étaient restés indifférents. Les différentes émotions exprimées à l’annonce du diabète étaient la tristesse, la peur, le choc et la surprise. Presque tous les patients avaient partagé leur statut de diabétique avec leurs familles. Plus de la moitié des enquêtés ont reçu un soutien de la part de leurs familles. Il y a eu 20 patients sur le total qui n’avaient pas voulu partager leur statut de diabétique avec leur entourage. Les raisons évoquées étaient essentiellement la peur d’être stigmatisé par l’entourage ou pour certains, ils ne voulaient pas inquiéter l’entourage. 25 enquêtés sur l’ensemble ont affirmé avoir été stigmatisé par l’entourage.
Quant au ressenti et aux difficultés quotidiennes avec le diabète évoqué par les patients, la principale difficulté était le régime alimentaire chez plus de la moitié des enquêtés. Plus du tiers des patients ont évoqué le manque de moyens financiers pour honorer les prescriptions médicamenteuses, les bilans de suivi et l’achat régulier des bandelettes pour le contrôle glycémique quotidien.
Le diabète a été source de changement d’habitudes chez tous les patients. Ainsi plus de la moitié des patients ont changé leurs habitudes alimentaires ; des répercussions sur la santé physique, mentale, sexuelle, psychique et sur l’activité professionnelle ont été signalées par les patients.
Certains patients ont affirmé n’avoir plus de respect de l’entourage à cause du diabète, d’autres ont une humeur dépressive du fait du statut de diabétique. Le contrôle glycémique régulier avec le fait de porter des morceaux de sucre sur soi ont été les autres changements signalés, entre autres.
Les restrictions évoquées par les patients
Plus des trois quarts des patients ont évoqué les restrictions alimentaires ; 20 patients ont affirmé avoir arrêté leurs activités professionnelles, 4 personnes se sont privées de sorties entre amis et 5 personnes de voyages. Revenant sur les restrictions alimentaires, les patients ont rapporté que les restrictions ont porté sur la consommation du sucre en majorité, puis les matières grasses, la quantité des aliments, la consommation d’alcool, le grignotage, la réduction des fruits et la consommation des cubes.
L’aide apportée par les proches
Il s’agissait notamment du soutien moral dans plus de la moitié des cas (58,8%) suivi de la surveillance de la prise des médicaments (32,7%) et du soutien financier (31,4%). 19 patients ont affirmé n’avoir reçu aucune aide venant des proches et 18 patients ont reçu un soutien spirituel des proches. Parmi les enquêtés, 35 sur les 153 (22,9%) ont signalé avoir arrêté volontairement leur traitement. Les principales raisons de l’arrêt du traitement étaient la prise quotidienne contraignante des médicaments, le manque d’information sur la maladie, les difficultés d’acceptation de la maladie, le manque de moyens financiers, conseils d’amis, l’espoir de guérison miraculeuse et la tradithérapie.
Leçons tirées des résultats
Ces résultats montrent la prédominance féminine de l’atteinte du diabète. Les femmes semblent être les plus atteintes par cette maladie et elles viennent plus en consultation que les hommes. Et les personnes atteintes sont des personnes adultes, le plus souvent en activité. Cela doit faire réfléchir tout le monde. Nous sommes tous concernés par ce fléau et comme dirait quelqu’un pour paraphraser « c’est quand on commence par travailler et à avoir un peu de sous pour vivre mieux et faire un peu la vie, que cette maudite maladie pointe le nez vous amenant à beaucoup de restrictions, vraiment compliqué ».
Ces résultats interpellent les professionnels de la santé sur la nécessité d’une bonne annonce de la maladie afin de mieux la faire accepter par le patient et de lui expliquer qu’il ne s’agit pas d’une maladie taboue. L’entourage doit être informé du statut afin d’apporter son soutien dans la prise en charge. Durant l’annonce de la maladie, le professionnel de la santé devra manifester de l’empathie, associer aux informations négatives des propositions précises de traitement et de soutien, d’éviter toute dramatisation de la situation afin de favoriser un bon vécu de l’annonce ou mieux un bon vécu de la maladie au quotidien.
La connaissance du statut de diabétique par les collègues de travail par exemple, favoriserait une meilleure assistance en milieu professionnel. La stigmatisation par l’entourage serait probablement liée aux mauvaises croyances sur le diabète. Un soutien psychologique avec des coaching de santé et de développement personnel intégral pourront aussi aider nos patients à mieux vivre avec la maladie.
L’impact émotionnel négatif qu’a le diabète dans la vie des patients est très grand. Il est important de travailler à rendre les diabétiques autonomes dans la gestion de leur maladie.
Qu’est-ce que le diabète
Le diabète est une maladie chronique grave qui apparait lorsque le pancréas ne produit pas suffisamment ou presque pas d’insuline et ou lorsque l’organisme n’utilise pas correctement l’insuline qu’il produit. Le diabète est source de plusieurs complications des petits et gros vaisseaux pouvant entrainer un handicap physique et mental de la personne qui en souffre. L’annonce du statut de diabète est souvent mal vécue par les patients qui en gardent des séquelles tout au long de la prise en charge de la maladie.






