
Par Joseph KANDA
L’élevage des abeilles, appelé apiculture est une activité qui permet d’obtenir des produits, en autres, le miel, la gelée royale et la cire. Cette activité à caractère économique joue un rôle déterminant dans l’agriculture et la protection de l’environnement. Au Togo, notamment dans la préfecture de Tchamba, elle fait partie des Activités génératrices de revenus (AGR) fortement conseillées aux populations riveraines des forêts pour sauvegarder l’environnement tout en leur permettant d’être résilientes face aux effets des changements climatiques. Souvent, ces populations vivent des produits des forêts et mettent celles-ci en danger par la chasse, la cueillette et la coupe anarchique du bois. Pour y remédier, plusieurs projets sont mis en œuvre, soit par le gouvernement, soit par des organismes nationales et internationales, ou encore par des particuliers. Ces projets financent et appuient techniquement les producteurs de miel. Nous nous intéresserons à la pratique de l’apiculture, les avantages pour les producteurs, la population, et l’Etat.
Produire du miel en abondance
Le miel fait partie des aliments consommés et très appréciés au Togo pour ses multiples vertus. Sa production relève de l’apiculture, une activité pratiquée dans les paysages agroforestiers et dont la principale ouvrière est l’abeille. Outre les produits dérivés qu’on en tire, la culture des abeilles permet la pollinisation.
A Tchamba, il existe des apiculteurs, regroupés parfois en coopératives autour des forêts communautaires de la préfecture. Ils produisent le miel et les écoulent dans la localité tout comme à l’extérieur. Ils vivent de cette activité.
Pour le directeur préfectoral de l’Environnement et des Ressources forestières de Tchamba, Cdt Ouro Tchédré Bana, l’apiculture est très efficace dans la sauvegarde de l’environnement et permet de garantir la sécurité alimentaire des populations riveraines. « Lors de nos sorties sur le terrain nous avons remarqué que beaucoup de chasseurs se sont convertis en apiculteurs et nous les encourageons à rester dans cette lancée pour que nos forêts vivent », a-t-il fait savoir. Le miel est non seulement utilisé pour la consommation mais il est aussi transformé en plusieurs produits dérivés notamment dans le cosmétique, a indiqué le directeur préfectoral de l’Environnement. Pour lui, le nombre croissant d’apiculteurs et de coopératives spécialisées dans le domaine constitue un véritable atout pour une vrai résilience des populations face à la déforestation.
Les étapes de production du miel
Le métier d’apiculteur semble difficile à pratiquer pour les amateurs, et pourtant aux dires de ceux qui l’exercent, il suffit juste de s’appliquer. Pour en savoir plus nous sommes allés à la rencontre de la coopérative « Amis d’abeilles » à Agbantala dans la commune Tchamba 2. Cette coopérative a vu le jour en 2020 et est composée de huit membres dirigés par M. Ali Aminou. Ce dernier explique qu’il y a en tout trois grandes étapes à savoir, le piégeage des abeilles, leur acheminement vers le rucher et enfin la récolte du miel. « Pour piéger les abeilles on accroche la cire sur des barrettes qu’on installe dans les arbres. Les colonies sauvages d’abeilles viennent rentrer dans la ruche. 15 à 20 jours après leur capture on amène les colonies vers le rucher où elle se mettent à produire le miel. Si la colonie est assez forte, on peut commencer la récolte dès le 3ième mois. En une année on peut faire jusqu’à trois récoltes », a-t-il dit.
Certains outils sont indispensables à l’activité apicole, pour les visites d’entretien de la ruche tout comme la récolte.
La ruche est le nid dans lequel logent les abeilles. Elle est composée d’un fond ou plateau, d’un corps, des cadres à l’intérieur du corps, d’une ou plusieurs hausses, d’un couvre-cadres (tapis ou plaque percé au centre pour pouvoir accueillir un nourrisseur) et d’un toit.
L’enfumoir permet à l’apiculteur de visiter ses ruches en toute sécurité, grâce à l’effet calmant de la fumée sur les abeilles. Pour être efficace, la fumée doit rester blanche et froide.
Le lève-cadres, comme son nom l’indique, permet de sortir les cadres de la ruche. L’apiculteur l’utilise dans un premier temps pour gratter l’excès de cire et de propolis qui colle les cadres entre eux, puis pour les lever.
La combinaison et le voile protègent l’apiculteur des éventuelles piqûres qu’il pourrait subir.
Le matériel nécessaire pour la récolte
Avant de pouvoir extraire le miel, l’apiculteur doit enlever les opercules de cire qui recouvrent les alvéoles. Pour cela, il doit utiliser un couteau à désoperculer. Les opercules sont ensuite placés dans un récipient, le bac à désoperculer (qui peut être remplacé par un seau ou une bassine). Après avoir été pressés et filtrés pour collecter le miel qu’ils contiennent, les opercules pourront être fondus afin d’en récupérer la cire.
L’extracteur centrifuge est la pièce maîtresse de la récolte. Il permet d’extraire le miel des alvéoles par la force centrifuge, en limitant la destruction des cadres de cire, les bâtisses, qui pourront ainsi être réutilisés. Lors du processus d’extraction, le miel est expulsé vers les parois de l’extracteur puis s’écoule vers le fond de la cuve, où il peut être récupéré au moyen d’un robinet.
Dès sa sortie de l’extracteur, le miel doit être filtré par un tamis, afin d’être débarrassé des débris qu’il peut contenir (résidus de cire, abeilles, etc.). Il sera ensuite transféré dans un maturateur, récipient équipé d’un robinet dans lequel il va décanter pendant quelques jours.
Quelques difficultés que rencontrent les apiculteurs
Selon le président des « Amis d’abeilles » l’activité apicole est souvent freinée par quelques obstacles que sont le vol, les prédateurs et l’utilisation des produits chimiques par les agriculteurs voisins des ruches. « nous sommes souvent pillés. Parfois des individus mal intentionnés viennent brûler les abeilles et détruire les ruches. Cela se passe les nuits ; ce qui nous oblige maintenant à engager des jeunes pour garder les ruches. Quant aux prédateurs, il s’agit des lézards, des fourmis, et d’autres parasites. Comme solution il faut régulièrement entretenir les ruchers pour empêcher ces ennemis de se cacher sous les feuilles et d’attaquer les abeilles », a-t-il dit. Concernant les produits chimiques, M Ali souligne que les producteurs agricoles ne tiennent pas compte des abeilles quand ils pulvérisent leurs champs. « De ce fait, lorsque les abeilles vont butiner elles sont affectées par la toxicité de ces produits et cela a un effet négatif sur le rendement », confie-t-il.
Avantages de l’apiculture
L’activité apicole nourri celui qui la pratique. Pour M. Kokobissi Ikram, membre de la coopérative « Amis d’abeilles », c’est une activité vraiment rentable qu’il se refuse de comparer à une autre. « Une ruche peut produire 15 litres de miel par an. Aujourd’hui nous avons 150 ruches environ, et le litre se vend à 2500 francs CFA », a-t-il dit.
Le président de la coopérative renchérit : « Ici avec mes abeilles si j’arrive vraiment à les sécuriser, ce qu’elles produisent pour moi à ces débuts c’est déjà bon ». Il a souhaité que la jeunesse s’intéresse à cette activité pour sortir du chômage. « J’en appelle à toute la jeunesse. Il y a des jeunes qui sont dans les villes, ils ne font rien et ils attendent les concours pour travailler. Il faut savoir ce qu’on veut dans la vie, s’engager, se fixer les objectifs et mettre toutes ses ressources pour y parvenir ». En dehors du miel, l’apiculture permet d’obtenir également la propolis et la cire.
La propolis est une résine recueillie par les abeilles sur les arbres. Elles en tapissent l’intérieur de leur ruche afin de l’imperméabiliser et de la protéger contre le développement des champignons. Elle sert également à recouvrir les corps de sorte qu’ils ne peuvent pas sortir de la ruche, comme les cadavres de rongeurs, par exemple, de manière à les momifier, évitant ainsi toute putréfaction. La propolis a des propriétés antiseptiques et cicatrisantes. L’apiculteur peut la récolter en grattant les cadres, mais elle contiendra des impuretés. Pour y remédier, il peut placer une grille au-dessus du nid et attendre que les abeilles aient comblé les interstices. On la retrouve dans de nombreux produits de l’industrie pharmaceutique et cosmétique.
La cire est sécrétée par les glandes cirières des ouvrières âgées d’une quinzaine de jours. Elle est produite dans la région ventrale entre les anneaux de l’abdomen et se présente sous forme d’écailles de couleur blanche. Elle est utilisée comme matériel de construction des alvéoles et de leurs nids. Pour construire un rayon, les abeilles forment « une chaîne cirière » en s’accrochant les unes aux autres. La bâtisse, à l’origine de couleur blanche, se colore au fil des ans, passant du jaune au brun.
L’apiculture est donc source de nombreuses richesses et la principale d’entre elles, le miel, avec ses nombreuses propriétés bénéfiques pour la santé humaine. Pour la préservation de l’environnement cette activité joue également un rôle très capital. Elle freine l’action anthropique sur les forêts. C’est également une opportunité que la jeunesse peut et doit saisir pour se lancer dans l’entreprenariat et faire d’une pierre deux coups : contribuer à la sécurité alimentaire et préserver l’environnement.






