
par Boulissatom Hessoucoma Honoré
Chaque année, dès la deuxième semaine du mois de juillet, la préfecture de la Kozah vibre au rythme des luttes traditionnelles Evala. Lancée depuis déjà cinq jours, l’édition 2023, va bon train. L’un des faits marquant de ces rites initiatiques est la « danse Evala » qui se déroule chaque année dans chaque canton, après l’ouverture officielle des Evala. Celle du marché de Pya-Hodo est réservée uniquement pour les danseurs du canton de Pya. Quel est donc le sens que revêt cette danse traditionnelle pour les initiés ? Quelle est son origine ?
La « danse Evala », le dernier rituel avant les luttes proprement dites

La « danse Evala » du canton de Pya se pratique au marché de Pya-Hodo. A la place cultuelle sacrée, tous les villages de ce canton se retrouvent en grand nombre avec les aînés initiés ou « Agoulè » en langue locale et des jeunes Evala en cours d’initiation aspirant à la classe des adultes, pour exécuter leur danse traditionnelle. M. Awiza Egbadié, en cours d’initiation reconnaît que la danse de Pya-Hodo, fait partie ou est pratiquement la dernière étape des rites avant le début des luttes. « C’est notre tradition, nos grands-parents, parents, frères sont passés par là. Aujourd’hui, c’est mon tour et je le fais sans souci », a-t-il renchéri. L’un des Agoulè (aîné), Mawèbessinda Jules admet aussi que cette danse est très impérative pour tous les fils du milieu aspirant à accéder à la classe des adules. « C’est le lundi qui a été retenu par nos aïeux pour cette danse rituelle. En fonction de ce qui se fait là, je pense qu’on ne devrait pas transgresser les choses ou désobéir aux rites de nos aïeux, puisque nous ne savons pas en fait ce qui peut advenir ou se passer si les Evala ne dansaient ».
Le chef de village de Pya-Kadjika, Kondoh Djonda Eglou, explique que l’ouverture des luttes traditionnelle par le chef de l’Etat à Pya-Lao est officielle pour tous les cantons qui font la lutte. Mais pour le canton de Pya spécialement, poursuit le chef, c’est la danse de Pya Hodo qui annonce le début des luttes proprement dites dans ce canton. Il a souligné que cette danse retrace le trajet parcouru par le principal prêtre traditionnel appelé ‘’Tchodjo’’, chargé des rites qui depuis le temps des aïeux, quitte le village de Kouméa où il réside pour parcourir tous les cantons de luttes. Ce prêtre dit-il arrive d’abord à Pya le samedi et passe la nuit à Pya-Lao où sa présence dans ce village est annoncée par un cri. Le dimanche, il se repose et le lendemain lundi, il se rend à Pya-Hodo, lieu privilégié de toutes les cérémonies du canton de Pya. « Selon notre tradition, c’est ce lundi que les Evala de tous les villages du canton de Pya sont obligés de monter au marché de Pya-Hodo pour la danse initiatique, avec leurs chiens tués qu’ils brandissent sur leurs épaules. », a-t-il expliqué.
Abondant dans le même sens, le chef village de Pya-Lao, Tchala Danguiyou a relevé que les luttes dans le canton de Pya est un héritage rituel qui se pratique dans le respect des cérémonies préconisées par les ancêtres, dont la danse des Evala à Pya-Hodo.
Pya-Hodo, un lieu cultuel marqué une multitude d’histoires

Le chef Kondoh a aussi rappelé que le marché de Pya-Hodo est le lieu sacré pour les autochtones de Pya et que c’est à cet endroit cultuel que se font toutes les cérémonies du canton, telles que l’ouverture de la chasse traditionnelle. Sur cette place sacrée précise-t-il, chaque village dispose de sa pierre appelée « piyè », autour de laquelle se déroule la danse. « Après cette communion avec les ancêtres, les luttes proprement dites peuvent désormais se dérouler dans la tranquillité dans les quartiers et villages jusqu’à la finale le jeudi dans ce canton », a ajouté le vénéré chef village. M. Woulé Ali, encadreur a ajouté qu’après la danse de chaque groupe autour de sa pierre dans le marché, tous les groupes de danseurs se réunissent en symbiose, en signe d’unité et d’appartenance commune aux mêmes ancêtres.
D’après, une anecdote relative à l’histoire du principal prêtre traditionnel appelé ‘’Tchodjo’’, racontée par le chef Kondoh, le marché de Hodo existait au temps des aïeux et constituait le seul marché qui s’animait chaque lundi pour tous les cantons de la préfecture de la Kozah. Il dit qu’au temps des Allemands, les Européens venaient acheter des esclaves à Bèdiyè, actuelle ville de Bafilo et les hommes de Kara qui avaient des gens à vendre transitaient par ce marché de Hodo qui servait également de cadre de réflexion pour les vieux du milieu.
Un jour, assis sous l’arbre à palabre dans ce marché, les vieux ont aperçu un homme de Kouméa qui allait vendre sa fille à Bèdiyè. L’un des vieux, ayant un 6ème sens (voyant) a constaté que la fille en question était enceinte d’un garçon. Ils ont alors interpelé le monsieur à qui, ils ont versé la somme due afin de sauver l’enfant qu’elle portait.
A la naissance, l’enfant avait la main gauche fermée, difficile à ouvrir et les consultations des oracles ont révélé que pour pouvoir ouvrir cette main, les parents devaient ramener l’enfant chez les vieux de Pya qui avaient payé pour libérer la fille enceinte. Une fois chez ces derniers, après des paroles incantatoires, la main s’est ouverte et l’on a trouvé dans sa paume, une petite brindille de balai, un signe montrant que cet enfant deviendra plus tard un prêtre traditionnel faisant allusion au ‘’Tchodjo’’.
Le chef a rappelé que c’est à Pya-Hodo qu’a eu lieu également la bataille du 21 juin 1957, communément appelé « massacre de Pya-Hodo », qui a entraîné la mort de plusieurs compatriotes. Ceux-ci ont versé leur sang pour la libération de la nation togolaise.






