
Par Prince Makassa
La chute du prix des produits de rentes au niveau international et local a découragé la majorité des exploitants de plantations de café-cacao de la préfecture de Wawa. Cette situation a impacté négativement la vie sociale et économique des populations de la localité. Pour soulager les peines de ces populations, le gouvernement à travers l’ANADEB est venu en aide à 1470 ménages en 2019 dans 4 cantons de la préfecture, à savoir Gobè, Gbadi-N’kougna, Eketo et Doumé. À l’heure actuelle, 873 ménages pauvres dans 9 villages de 7 autres cantons sont sur le point de recevoir le soutien du gouvernement à travers l’ANADEB. Pour faire face à cette situation, la plupart des anciens producteurs de café-cacao ont été contraint de délaisser les vieilles plantations improductives au profit de la culture du gingembre afin de satisfaire leurs besoins quotidiens et instruire leurs progénitures. Il serait intéressant de mettre en relief la production du gingembre dans la préfecture, le soutien dont bénéficie les producteurs et ses vertus
Le gingembre et sa production
Le gingembre est un rhizome originaire de l’Inde. Il appartient à la famille des Zingiberacées, au même titre que son cousin le curcuma. C’est une plante qui se multiplie par rhizomes. Pour sa culture il faut disposer d’assez de rhizomes, d’un terrain de faible pente, aéré et moins rocailleux. Après le défrichage et le brûlis, le producteur, pour avoir un bon rendement, doit rendre meuble toute la surface à semer, à une profondeur de 15 cm avec la houe ou une pioche. Le gingembre est généralement semé à la suite des grandes pluies des débuts de la saison agricole.
Cette phase consiste à mettre en terre les rhizomes, dans tout le champ. Le chef d’agence de l’Institut de conseil et d’appui technique du Togo (ICAT), Kemaho Komlavi de la préfecture de Wawa, explique que l’espace entre les rhizomes doit être environ 15 cm de largeur et 25 cm de longueur. Il dit que pour une bonne production, les rhizomes doivent avoir une taille de 3 à 5 cm. « Après la mise en terre des rhizomes, il faut nécessairement couvrir tout l’espace cultivé par une importante quantité de pailles. Cette paille sert à réguler la température et l’humidité du sol afin que les rhizomes ne pourrissent pas. Lorsque le paillage est bon, le champ est moins herbeux et l’entretien est facile. La récolte n’est pas du tout aisée. Elle consiste à piocher et déterrer tous les rhizomes du sol. Elle se fait généralement entre mars et avril », a poursuivi le chef d’agence.
« La récolte du gingembre est aussi difficile comme le labour, le semi et l’empaillage » a indiqué Nadège Awesso une mère de 4 enfants productrice de gingembre à Klabè-Adapé, à 30 km à l’Est de Badou. Certaines personnes pour produire du gingembre vont faire des prêts auprès des micro finances. Des fois, elles s’en sortent bien si le prix de vente est élevé ; mais lorsque le prix est bas c’est pénible de rembourser le prêt. Cette année le prix est trop bas par rapport à l’année dernière a déploré Mme Awesso. Pour elle, la culture de gingembre est très bénéfique lorsque le prix est élevé. Elle permet de supporter et de subvenir facilement aux besoins de ses enfants en apprentissage et à l’école.
Vertus du gingembre
Le gingembre est cultivé partout dans le monde. Il est utilisé par les ménages comme épice dans différents plats culinaires en Afrique. « Il a des vertus thérapeutiques dans la médecine traditionnelle » a indiqué Mme Sanda Atawa, présidente de la coopérative, Wakutukélé, spécialisée dans la transformation du gingembre en poudre et biscuits croquants (râpé de gingembre) à Badou. Elle a relevé que le gingembre facilite la digestion, stimule le système immunitaire de l’organisme humain. « Il est très excellent pour la santé, et très apprécié par tout le monde surtout dans les mets de viandes et de sésames. Il donne un goût spécial aux repas. Les femmes enceintes, en raffolent dès les 3 premiers mois après l’accouchement », indique Mme Sanda. Elle ajoute que, la consommation régulière du jus de gingembre avec le lait régularise les troubles liés à l’érection et l’éjaculation précoce chez les hommes mûrs.
Mme Dogo Amah, une vieille de 73 ans environ, affirme qu’à leur époque, lorsqu’une femme accouchait, sa mère lui faisait la sauce du gingembre avec des épices pour améliorer sa santé et celui de l’enfant. « La sauce du gingembre est souvent accompagnée de sésame, des écorces de racines pour permettre à la jeune nourrice de recouvrer vite la santé, et se passer du stress et aux traumatismes liés à l’accouchement » a conclu la vieille Amah.
Madame Atigan Yawa, revendeuse de maïs au marché moderne de Kougnohou dans la préfecture de l’Akébou, à 35 km au nord-est de Badou, abonde dans le même sens. Pour elle l’utilisation du gingembre par les femmes après l’accouchement apporte beaucoup à la santé de la nourrice. Il permet de guérir des plaies intestinales et les infections de tout genre.
L’ICAT aux côtés des producteurs
Le chef d’agence de l’ICAT a relevé que sa structure a accompagné 3 351 paysans dans la production du gingembre et de curcuma la saison écoulée. « Ils étaient répartis dans une centaine d’Organisations professionnelles agricoles (OPA) l’année dernière et ont emblavé 277 hectares. Ce nombre représente 5% des paysans producteurs de gingembre dans la préfecture de Wawa », a indiqué M. Kemaho. Pour lui, les personnes suivies, ont produit en moyenne 13,5 tonnes de gingembres et de curcuma par hectare. Il ajoute que le prix de vente varie entre 7000 et 25000 FCFA le colis de 50 kg de gingembre, soit une moyenne de 320 000 francs CFA/tonnes. « Nous accompagnons les producteurs afin d’améliorer leurs rendements en respectant les itinéraires techniques et les bonnes pratiques culturales à travers les champs écoles, les unités de démonstration et les parcelles de production suivies. Outre cet accompagnement notre structure organise les paysans en coopératives. Le véritable défi à relever maintenant est de les appuyer à mieux organiser les différents acteurs de la chaîne de valeur agricole pour leur débouché, à partir du marché existant », a-t-il poursuivi. Il a fait savoir que le marché du gingembre n’est pas stable. « Ce sont les bonnes dames de Lomé qui viennent acheter. Outre ces dames, une partie du gingembre biologique produit dans la préfecture est absorbé par la plate-forme industrielle d’Adétikopé PIA par l’intermédiaire de la société « Agrocrown » basée à Kpalimé », a précisé le chef d’agence.
Mévente du gingembre dans la préfecture
« Après la chute de la production des cultures de rentes dans la préfecture de Wawa, la production du gingembre a permis de maintenir le train de vie, de la plupart des ménages des communes Wawa 1, 2 et 3, autrefois producteurs du café-cacao. Il y a une dizaine d’années, une usine implantée au Ghana avait pour matière première le gingembre. La demande en gingembre de l’usine ghanéenne a fait augmenter la production locale. Suite à la fermeture de cette unité de transformation, la production a considérablement baissé. Malgré cette baisse, le gingembre produit localement ne trouvait plus de preneurs et une crise de mévente est survenue. Cette mévente a fait chuter localement, la production du gingembre. Le surplus de ce gingembre est désormais déversé à Attikpodji, à Lomé où les Maliens, Burkinabé et Nigériens viennent s’approvisionner régulièrement » a déclaré le maire de la commune Wawa 1, Assamoah Yao Ogah. Il a fait savoir que la culture massive et la mévente du gingembre sur place a fait naître des conflits entre producteurs, transporteurs et commerçants.
Le président de l’Union préfectorale de producteurs de gingembres et de curcuma UPPGC-WAWA, Patanazirou Aboubacare, a indiqué que, la fermeture de l’usine du Ghana a entraîné une crise de confiance entre producteurs, transporteurs et commerçants. « Pour gérer ces crises, nous nous sommes regroupés dans des associations et groupements, afin de défendre nos intérêts, car certains commerçants véreux ont pris l’habitude de passer de villages en villages chercher du gingembre chez les producteurs à un prix dérisoire pour les revendre, à prix d’or à Lomé », a-t-il confié. Il a ajouté que : « nous sommes en discussion avec les autorités préfectorales et communales, bientôt des personnes de bonne volonté en partenariat avec certains partenaires à l’international vont implanter des unités de transformation du gingembre et du curcuma à Gbadi-N’kougna et à Denté-Kopé. Les bâtiments sont déjà prêts, il ne reste que le matériel et nos vies seront transformées à jamais » a conclu Patanazirou.






