
Par TASSEBA M’bolaba
Le gari est une farine granuleuse comestible de couleur blanchâtre obtenue à partir de la transformation des tubercules de manioc frais. Cette denrée alimentaire est souvent consommée directement de plusieurs manières : délayée dans l’eau, soit sucrée ou non. On peut la consommer mélangée avec toute sorte de sauce ou d’huile végétale. Elle est également consommée mélangée avec le haricot préparé. Bref le gari est une nourriture dont on peut se servir rapidement pour calmer sa faim. Cependant sa fabrication est un parcours du combattant surtout à l’étape de torréfaction où les individus sont exposés à une chaleur ardente et à la fumée. Malgré toutes ces péripéties, l’association « Vévédodo » d’Agoè-Nyivé, un groupement de femmes, en a fait son activité de prédilection.
Le processus de fabrication du gari
Selon la présidente de l’association, Mme Kougblénou Adjovi, la fabrication du gari suit plusieurs étapes, notamment l’épluchage et le lavage du manioc, le broyage, la déshydratation, le tamisage et la torréfaction.
Les membres du groupement, après avoir récolté et mis en tas les tubercules, passent à l’épluchage d’une façon délicate de sorte à éviter le maximum de saletés. Ensuite elles passent au lavage pour débarrasser le manioc de toute impureté.
Le broyage s’effectue dans un moulin bien adapté. Il permet d’obtenir une pâte molle, très hydratée parce que le manioc frais contient de l’eau, il contient aussi de l’amidon. Cette pâte obtenue après broyage doit être bien déshydratée avant de passer à la torréfaction.
La déshydratation se fait en deux étapes. La première consiste à recueillir dans des bassines, l’eau contenue dans la pâte du manioc, pour ce faire elles disposent en parallèle sur des bassines, des planches bien solides de sorte qu’elles puissent supporter des paniers dans lesquels elles renversent la pâte du manioc broyée. L’eau y contenue coule à travers les mailles fines des paniers avec l’amidon et se déverse dans les bassines. Au bout de trois heures elles arrêtent cette première étape de déshydratation pour passer à la deuxième. Elle est nécessaire afin d’obtenir une pate mieux déshydratée pour permettre une bonne torréfaction (cuisson). Après la première déshydratation de la pâte, les femmes entassent dans des sacs à mailles fines qu’elles soumettent à de fortes pressions.
Après la deuxième déshydratation, la pâte compacte est désagrégée par un tamisage spécial pour donner une farine facile à torréfier. La torréfaction se fait immédiatement dans les heures qui suivent le tamisage pour éviter la fermentation. Le gari cuit après torréfaction est également tamisé pour être débarrassé des quelques boules formées pendant la torréfaction.
Le gari cuit est conservé dans des sacs en plastique à l’abri de l’humidité et de la poussière afin de garder son goût et sa fraicheur. »
Fabrication du tapioca (amidon torréfié)
Après la torréfaction du gari, vient le tour du tapioca. Le tapioca est obtenu à partir de la torréfaction de l’amidon contenu dans le manioc. Mme Kougblénou rappelle que lors de la première déshydratation de la pâte du manioc broyé, l’eau recueillie dans les bassines contenait l’amidon. Lorsque l’eau se stabilise, l’amidon se retrouve au fond de la bassine. Cette eau complètement vidangée fait place à l’amidon compact. Celui-ci est récupéré, pour être désagrégé et tamisé pour présenter un aspect d’une fine fleur de farine très blanche comme la neige. Après torréfaction, l’amidon prend le nom de tapioca, mais le tapioca a une granulométrie plus grande que celle du gari.
La consommation du tapioca est différente de celle du gari, on le prend sous forme de bouillie sucrée avec ou sans lait. On le prend aussi mélangé à l’eau froide avec du lait et du sucre, ou encore avec de l’eau simple.
A la fin de l’opération de torréfaction du gari et du tapioca, la présidente de l’association prélève une quantité des deux produits qu’elle répartit en parts égales correspondant au nombre des membres pour leur propre consommation dans les ménages. Le reste est gardé pour la vente.
Vente du gari et du tapioca
Cette vente se fait en gros et détail. Le groupement a des clientes à qui il fait appel lorsque les produits sont prêts. Elles viennent acheter en gros les quantités qui leur conviennent pour revendre en détail dans les marchés périphériques. La quantité restante est confiée aux membres à tour de rôle pour être vendue dans les quartiers de la localité.
Le gari et le tapioca l’association « Vévédodo » sont très prisés par la population à cause de la qualité des produits. Le manioc et les ustensiles sont lavés très proprement au point que la couleur des produits fabriqués est très attirante et pousse les gens à en acheter.
Mme Akototsé Essivi, une fidèle cliente grossiste affirme qu’elle ne peut jamais choisir un autre endroit d’approvisionnement parce qu’elle est satisfaite du goût frais des produits fabriqués lié à la bonne torréfaction et à la conservation des denrées. Tous ceux qui viennent s’approvisionner auprès de la revendeuse, lui posent souvent la question de savoir s’il s’agit des produits de l’association « Vévédodo », parce que c’est seulement leur gari et tapioca qu’ils préfèrent. Le gari est vendu à 250F CFA le kilogramme (kg) tandis que le tapioca vaut le double du prix du gari, c’est-à-dire 500 F CFA le kg.
L’argent issu de la vente est équitablement réparti entre les membres pour leurs besoins. Toutes les femmes épargnent une partie du montant qui leur revient. Le reste est utilisé soit pour l’alimentation, les soins de santé, la scolarisation des enfants, l’habillement selon les besoins de chaque ménage. Certains membres, à partir de leur revenu envisagent ou entreprennent des investissements tels que l’installation de petits magasins de vente d’alimentation générale, ou l’installation de moulin de maïs, de riz ou de piment.
Une partie de l’argent de la vente est placée dans la caisse du groupement pour l’amortissement du matériel de travail et pour d’autres éventualités pour la bonne marche du groupement. Les membres produisent eux-mêmes le manioc, ce qui leur permet de disposer en permanence de la matière première pour éviter les ruptures de stock.
La porte-parole du groupement, Mme Amouzou Kossiwa, précise que cette activité leur a permis de sortir de la précarité et de s’affirmer autonomes, émancipées, responsables et capables de prendre leur destinée en main et agir en toute liberté. Par leur aisance et leur autonomie, elles attirent leurs consœurs nécessiteuses à faire autant pour devenir aussi heureuses.






