
Kara, 19 juil. (ATOP) – Le canton d’Agbandè-Yaka, dans la préfecture de Doufelgou, est le seul en dehors de la préfecture de la Kozah où se pratiquent les luttes. Le régent dudit canton, Simtagna Mabéou fait l’historique des luttes dans la localité.
Les luttes ancestrales inspirées des combats de bœufs
Dans les temps anciens, les luttes se passaient aux pâturages, inspirées des combats de bœufs, dans le canton d’Agbandè-Yaka,. « Par le passé, quand nos parents conduisaient les bœufs aux pâturages, ils leur arrivaient d’assister aux combats de bœufs. C’est ainsi que, prenant plaisir à ces combats, ils ont décidé, eux aussi, de lutter pendant que leurs bœufs s’affrontaient », a confié le régent Simtagna. Il a précisé que ceux qui n’allaient pas aux pâturages rivalisaient en soulevant différentes catégories de pierres sacrées. « Nos parents compétissaient également en soulevant différentes catégories de pierres sacrées, étape par étape. Le vainqueur de ces compétitions, était celui qui réussissait à soulever une pierre que les adversaires n’ont pas pu dominer. Le victorieux était honoré et craint de ses adversaires qui devaient lui céder le passage lorsqu’ils se rencontraient. A côté, il y avait une certaine pierre que tout jeune devrait vaincre pour devenir Egoulou, (le majeur ayant fini toutes les étapes des compétitions) », a expliqué le régent.
Evolution et arrêt des luttes
Avec l’évolution, les affrontements entre bergers ont quitté le domaine des pâturages pour s’installer dans les maisons mettant ainsi définitivement fin aux compétitions avec les pierres. Ces luttes ainsi formalisées dureront des années avant d’être finalement arrêtées pour cause de l’augmentation de décès dans les arènes. « Sur les terrains de luttes, il avait été constaté que des lutteurs mourraient fréquemment et de façon mystérieuse. C’est ce qui a conduit à mettre fin à ces empoignades dans le canton, le temps de trouver une explication à ces morts et de régler le problème », a révélé M. Simtagna.
Reprise des luttes
La reprise des luttes dans le canton d’Agbandè-Yaka est à mettre à l’actif du chef canton de l’époque, feu Kpassengo Pahoumatema, sur instruction de feu président Gnassingbé Eyadéma. « C’est lors d’une réunion qu’il s’est présenté au président de la République d’alors (Eyadéma) en disant qu’il est le chef du canton d’Agbandè-Yaka. Et feu président lui a dit tu es le fils du canton d’Agbandè-Yaka, quand j’étais là-bas vous luttiez et pourquoi maintenant vous ne luttez plus ?» A son retour, il a rassemblé ses administrés pour leur communiquer sa décision de reprendre les luttes.
Des recherches menées, il est ressorti que la cause des fréquents décès constatés dans les arènes est liée aux problèmes internes entre certains habitants du canton. C’est ainsi que des cérémonies ont été faites pour conjurer le mauvais sort, ce qui a permis de relancer les luttes dans les années 1999 et 2000.
Le coq exigé dans les lieux sacrés
Si dans la Kozah, le chien est obligatoirement requis pour les cérémonies d’initiation du jeune Evalou (singulier de Evala) qui dure plusieurs jours, dans le canton d’Agbandè-Yaka, c’est plutôt le coq qui est exigé dans les lieux sacrés pour l’initiation qui ne dure qu’une seule journée. « Dans notre localité, comme nous ne mangeons pas le chien, c’est le coq qui est recommandé dans les lieux de cérémonies où les jeunes lutteurs sont initiés par les Egoulou ».
Selon la tradition, il revient à l’oncle d’offrir le coq à son neveu pour les cérémonies mais compte tenu des moyens, le lutteur même peut payer son coq pour se faire initier.
L’organisation des luttes
Une fois l’initiation terminée, les lutteurs sont soumis le reste des jours aux entrainements. Ces essais permettent alors de sélectionner et classer dans les rangs les meilleurs qui s’affrontent d’abord en préliminaires par quartiers et villages avant que les lutteurs des deux clans (Agbandè-Yaka-Haut et Yaka-Haut puis Agbandè-Yaka-Bas et Yaka-Bas) ne se rencontrent en finale.
ATOP/MEK/TAL






