
Kara, 20 juil. (ATOP) – Démarrées depuis le 13 juillet, l’édition 2024 des luttes traditionnelles des Evala, en pays Kabyè, a pris fin le samedi 20 juillet par les finales dans les cantons de Tcharè, Soumdina et Lassa, qui se sont déroulées sous une pluie battante.
Cette pluie, qui vient arroser les lutteurs ce dernier jour, a brillé par son absence depuis le début des empoignades. Son avènement a été salué par la population qui trouvent en elle, un signe de bénédiction.
Pour les garants des us et coutumes, au temps des Evala, il devait nécessairement avoir de pluie, pour marquer le bon déroulement des luttes. « Ceci pour marque un signe de bon augure tant pour la tradition que les productions agricoles. Son arrivée est également un souhait de bon retour à tous nos invités et visiteurs », a dit le prêtre traditionnel (Tchodjo) de Lama Kolidè, Limaziè Assali.
Une pluie différemment appréciée
Elle a débuté à 6 heures par endroit et vers 7h30 au centre-ville de Kara. Même si elle dérange visiblement certains opérateurs économiques sur les terrains de luttes à ce dernier jour pour leurs affaires, dame nature a apporté néanmoins de la fraîcheur pour la plupart et fait du bien aux cultures dans les champs.
Pour Toyi Roland, étudiant qui fait zémidjan pour joindre les deux bouts, c’est une belle occasion d’affaire trébuchante pour lui quand il pleut. « Moi j’ai commencé à faire zémidjan, il y a cinq ans, après ma licence en Lettres modernes à l’université de Kara. Je choisis les moments forts pour le faire car cela me rapporte beaucoup d’argent, surtout lors des funérailles en février mars et des Evala », explique- t-il. Au temps de pluie, renchérit Toyi, « je ne fais jamais de Z au centre-ville, ça ne paie pas bien. Mais hors de la ville telle qu’aujourd’hui avec les différentes finales de luttes c’est très bon. Là on ne discute pas le prix que tu donnes et ce matin j’ai déjà parcouru les cantons de Tcharè et Soumdina en amenant les passagers ».
« D’ici à Tcharè par exemple je peux taxer de 2500 à 3000 FCFA, au lieu de 1500 sur négociation en temps normal. Je viens de Soumdina, comme ça, tu peux demander à mon passager combien je lui ai pris, c’est 2000 F ou rien et c’est cette somme qu’il m’a donnée ».
Par contre Dame Abidé, épouse Tchonda, la main au menton, visage renfrogné, assise devant son étalage de bouillie de maïs avec une cage transparente contenant du « pâté », exprime son dégoût pour cette pluie qui a gâté sa journée de vente. « ‘’Humm bouféim yotou’’, littéralement pour dire qu’elle n’a pas envie de parler pour cause. Depuis le matin que je suis assise ici personne n’a demandé qu’est-ce que tu vends et tout ça c’est à cause de la pluie. Elle a arrangé les uns et elle m’a plongée moi autre. Habituellement quand je sors à 6 heures, déjà à 9 heures au plus, j’ai fini de vendre et je retourne à la maison pour faire autre chose », s’est-elle lamentée.
A l’instar de Abidé, elles sont nombreuses ces femmes restauratrices ambulantes installées au bord des rues et celles de tchoukoutou (boisson locale) à se plaindre pour cette pluie de ce matin qui est venue gâter leur marché.
En tout cas, « le malheur des uns fait le bonheur des autres », dit M. Tchaa tout joyeux avec sa houe sur l’épaule droite et son coupe-coupe dans un sac en main, revenant de son champ situé derrière les bureaux de la préfecture. « Sans vous mentir, je suis trop content pour cette pluie parce que depuis dimanche passé j’ai répandu de l’engrais 15 15 sous mon maïs et il n’a pas plu jusqu’alors. Le maïs avait même commencé par se faner, Dieu merci elle est tombée ce matin je suis content », a-t-il souligné.
Selon les services de la météo, cette pluie tombée sur la région de Kara et qui a cessé vers midi, a une hauteur 34,2 mm.
ATOP/TAL/BH/TD






