
Lomé, 28 août (ATOP) – L’agroécologie et les innovations technologiques peuvent se compléter pour favoriser une agriculture plus durable. C’est ce qu’a souligné Dr Charles Essodina Kolou, expert en changement climatique et développement durable, lors de l’atelier régional de formation des journalistes.
Dans une communication, les 26 et 27 août à Lomé, autour du thème « L’agroécologie face aux innovations technologiques dans le secteur agricole », l’expert, a relevé que l’agroécologie constitue à la fois une approche, une science, un ensemble de pratiques et une dynamique qui intègre les dimensions écologiques, socioculturelles, technologiques, économiques et politiques des systèmes alimentaires. Elle vise notamment à améliorer les interactions entre les plantes, les animaux, les humains et leur environnement, tout en favorisant des systèmes alimentaires durables et socialement équitables, indique-t-il.
Dr Charles Kolou a rappelé que cette approche repose sur plusieurs principes, notamment la co-création des connaissances, la participation des producteurs, les valeurs sociales et régimes alimentaires, la santé des sols, l’équité, la biodiversité, le recyclage, la gouvernance des terres et des ressources naturelles, la réduction des intrants et la diversification économique entre autres. Ces principes, a-t-il précisé, permettent de renforcer la résilience des exploitations et de favoriser une agriculture davantage adaptée aux réalités locales.
Dans la pratique, l’agroécologie peut s’appuyer sur diverses techniques telles que le « paillage, le compostage, la rotation et l’association des cultures, l’agroforesterie ainsi que l’utilisation de biopesticides. Ces pratiques contribuent notamment à préserver l’humidité et la fertilité des sols, à limiter l’érosion et à favoriser la biodiversité dans les exploitations agricoles », a relevé le consultant. Parallèlement, les innovations technologiques agricoles offrent de nouveaux outils pour répondre aux difficultés rencontrées par les producteurs. Elles comprennent notamment les applications agricoles, les prévisions météorologiques numériques, les drones, la télédétection, l’intelligence artificielle, les capteurs d’humidité, l’irrigation goutte-à-goutte, le pompage solaire, les biofertilisants et les équipements de transformation.
Pour Dr Kolou, l’enjeu n’est donc pas de choisir entre agroécologie et technologie, mais de rechercher des innovations adaptées, accessibles et compatibles avec les principes agroécologiques. « Un capteur peut, par exemple, permettre de mesurer l’humidité du sol, une application météo peut aider à mieux planifier les semis, tandis que des drones ou satellites peuvent faciliter la détection des zones de stress des cultures », a-t-il expliqué.
Il a toutefois appelé à ne pas considérer toute innovation technologique comme automatiquement bénéfique. Selon lui, si certaines technologies peuvent améliorer la productivité et la gestion des ressources, elles peuvent également créer de nouvelles formes de dépendance lorsqu’elles reposent sur des équipements coûteux, des logiciels propriétaires, des données ou des services auxquels les producteurs ont difficilement accès.
Le chercheur rattaché au Laboratoire de recherche sur les espaces, les échanges et la sécurité humaine (LaREESH) de l’Université de Lomé a fait comprendre que l’efficacité d’une technologie dépend moins de son niveau de sophistication que de son usage et de ses effets. « Une innovation ne constitue un véritable atout que si elle répond à un problème concret, reste accessible aux producteurs et contribue à une meilleure gestion des ressources sans remettre en cause les principes des pratiques agroécologiques », a-t-il évoqué.
Dans cette dynamique, Dr Kolou indique que les médias ont également un rôle important à jouer. Il invite les journalistes à aller au-delà de la simple présentation des nouvelles technologies en s’interrogeant sur les problèmes qu’elles résolvent, leur coût, leurs bénéficiaires, leurs impacts environnementaux et les risques d’exclusion. « Ils doivent aussi confronter les innovations aux expériences des agriculteurs et aux preuves scientifiques de leur efficacité », a-t-il recommandé. Ceci contribuera précise-t-il, à une meilleure compréhension des solutions agricoles et à la mise en lumière des innovations susceptibles d’accompagner une transition vers des systèmes de production plus durables, résilients et adaptés aux besoins des producteurs.
ATOP/AO/BA






