
Par Elisée Rassan
Malgré des avancées notables en matière de sensibilisation, les personnes atteintes d’albinisme au Togo continuent de subir de fortes discriminations sociales, fondées sur des mythes, des préjugés et une profonde ignorance. Alors qu’une stratégie nationale de prise en charge médicale vient d’être validée, leur combat pour l’acceptation et l’intégration sociale reste d’actualité.
Au Togo, les Personnes atteintes d’albinisme (PAA) peinent toujours à se faire une place dans une société marquée par des perceptions erronées. Selon une étude menée en 2024 dans le cadre du projet DERMATOGO, le pays recense 1 521 personnes atteintes d’albinisme, avec une forte concentration dans la région des Plateaux.
Ces personnes, souvent qualifiées à tort de “mystiques” ou porteuses de malédictions, sont les cibles de violences symboliques et physiques. Une réalité que les campagnes de sensibilisation s’efforcent de corriger, sans toujours parvenir à éroder les croyances profondément ancrées dans certaines communautés.
« Ce n’est pas de la haine, c’est de l’ignorance »
M. Assang Amaza, professeur de philosophie et représentant de l’Association nationale des personnes atteintes d’albinisme au Togo (ANAT) dans la Kozah, a souligné que les discriminations relèvent moins d’un rejet volontaire que d’une méconnaissance des réalités de l’albinisme.
« Certains nous voient comme des êtres surnaturels, d’autres comme des malédictions, ce qui entraîne peurs et rejets. Mais il ne faut pas les blâmer, c’est une question d’ignorance », explique-t-il.
Bénéficiant d’un environnement familial et scolaire bienveillant, M. Assang affirme n’avoir jamais été directement victime de discrimination. Une chance rare, qu’il reconnaît, en contraste avec le vécu de nombreux enfants albinos rejetés dès la naissance ou marginalisés dans leurs propres familles.
Une intégration encore difficile

Pour Marie Akpata, présidente de l’ANAT dans la préfecture de Zio, les avancées restent insuffisantes. Elle déplore notamment l’abandon récurrent des enfants albinos par leurs pères, les difficultés d’intégration scolaire et les stéréotypes persistants dans les lieux publics.
« Les enseignants méconnaissent les besoins visuels spécifiques des PAA. Ils les placent souvent au fond de la classe, sans aménagement », indique-t-elle. Elle évoque également l’exclusion des femmes albinos dans le cadre conjugal, notamment lorsqu’elles développent des problèmes dermatologiques.
Revaloriser leurs talents et leurs droits
L’enjeu dépasse la seule tolérance. Il s’agit aussi de reconnaître les compétences et les droits des personnes atteintes d’albinisme, afin qu’elles participent pleinement à la vie économique et sociale.
« Ce sont des dons de Dieu », insiste Mme Akpata. « Ils ont du potentiel. Il faut leur faire confiance, leur ouvrir les portes de l’emploi, de la parole, de la représentation », dit-elle.
L’exemple d’Amaza Assang, professeur estimé à Kara, en témoigne. À travers son parcours, il incarne une génération de PAA qui revendique une citoyenneté à part entière.
Vers une réponse institutionnelle
Face à cette réalité, le projet DERMATOGO porté par la société SOTODERM, a validé ce 1er août, une stratégie médicale nationale de prise en charge des PAA. L’initiative vise non seulement à améliorer leur santé dermatologique mais aussi à transformer durablement le regard de la société sur ces personnes. Cette réponse institutionnelle, bien que tardive, marque une étape significative dans la reconnaissance des droits des PAA au Togo.






