
Par Nèmè KOGOMNA
La santé de la population est liée à la salubrité de son environnement. Fort de ce constat, le gouvernement a mis en place depuis quelques années un centre d’enfouissement technique à Aképé, dans la commune de l’Avé 1 afin d’assainir la ville de Lomé. Selon l’ONG Science et technologie africaines pour un développement durable (STADD), chaque année, l’Etat débourse environ trois milliards de francs pour la gestion des déchets dans le district du grand Lomé.
Malgré ces efforts, on constate des décharges sauvages par endroit, le bouchage des caniveaux et des bassins de rétention d’eau pluviale à cause de l’incivisme criard de la population qui jette des déchets sur les voies publiques. Pour pallier à ce problème, l’ONG STADD a mis sur pied une unité de recyclage pour rendre ces déchets utiles surtout à des fins économiques. Dans ce dossier nous ferons l’état des lieux de la gestion des déchets, la définition du vocable gestion durable, les types de déchets collectés et leur prix puis les produits issus de la transformation de ces déchets.
Etat des lieux de la gestion des déchets dans la ville de Lomé
La ville de Lomé seule a produit en 2015, 315. 635 tonnes de déchets pour une population d’environ un million. A ce jour, on peut estimer ces déchets à 468.000 tonnes pour une population d’environ deux millions, d’après l’ONG STADD. Pour la collecte d’une tonne de déchets, depuis les centres de transit vers l’enfouissement technique, l’Etat paie 12.000 francs par tonne aux services d’enlèvement des ordures pour la décharge d’Aképé. Si on multiplie les 468.000 tonnes par 12.000F, cela revient à sept milliards de francs alors que le district ne dispose qu’environ que trois milliards de francs pour l’enlèvement de ces déchets.
L’Etat ne peut pas, seul, satisfaire les attentes de la population dans ce domaine. Certaines associations et organisations non gouvernementales, dans le souci d’améliorer le cadre de vie et la santé des populations œuvrent aux cotés des structures étatiques, telle que l’Agence nationale d’assainissement et de salubrité publique (ANASAP). C’est le cas de l’ONG STADD qui a installé une unité de recyclage des déchets plastiques, une manière de les gérer de façon durable.
La gestion durable des déchets plastiques

La gestion durable des déchets est « une stratégie de gestion qui permet de ne plus jeter ces déchets dans la nature ; c’est le fait de les transformer en d’autres produits qui peuvent rallonger leur durée de vie » a expliqué le directeur exécutif de l’ONG STADD, Bemah Gado. Il rassure à titre d’exemple que, des pavés produits à base des déchets plastiques peuvent rester sur le sol pendant de plus de quatre cents ans sans retournés à la nature comme déchets.
Abondant dans le sens même, le chef de division préservation des milieux et cadre de vie à la direction de l’Environnement, Soulemane Abdel-Ganiou, souligne que « le défi pour la durabilité de toutes ces initiatives reste la valorisation des déchets à des fins économiques. Les déchets ménagers et assimilés a-t-il précisé, doivent être considérés comme un véritable gisement, source d’opportunités et de valeur à travers les initiatives de recyclage respectueuses des principes de développement durable ».
S’agissant de la collecte déchets plastiques, il existe trois sources d’approvisionnement à savoir les ménages, les grossistes et les entreprises qui en produisent également. La collecte se fait à travers des sensibilisations des populations et par le biais des centres de récupérations de proximité mis à leur disposition. Ces centres permettent aux ménages de venir leur revendre les déchets plastiques triés pour qu’ils soient convoyés vers l’Unité de recyclage. Les ménages qui ont compris le sens du travail qui se fait et qui veulent aussi trouver des revenus à partir des déchets qu’ils produisent s’inscrivent dans la démarche.
Chez les ménages, les sachets de pur water s’achètent à 75F le kilogramme ; les sceaux, gobelets et bassines en plastiques sont achetés à 100F voire 125F le kilogramme selon la qualité ; les bidons jaunes, les boites cosmétiques à 50F et quand la personne les apporte au centre de transformation, on les achète à 100F.
Les sachets mélangés de toutes les couleurs se vendent à 25F le kilo. Les ferrailles de bonne qualité s’achètent à 100F le kilo ; les boites de conserve et les tôles gâtées sont achetées à 50F le kilo. Les bassines en aluminium sont achetées au centre à 450F le kilo et les boites de cannettes sont achetées jusqu’à 500F. Tout ce qui relève de la ferraille est revendu à d’autres structures de la place.
Les grossistes, sont des structures formelles ou informelles installées dans les quartiers avec des balances pour acheter en grande quantité. Les couts qui leur sont appliqués sont différents de ceux des particuliers. Aussi, apportent-ils leurs déchets plastiques et les coûts sont fixés au tonnage. Les sceaux plastiques peuvent être achetés jusqu’à 150.000F la tonne à raison de 150F le kilo. Les couts évoluent en fonction du tonnage que vous apportez.
La troisième catégorie de client sont les entreprises productrices des déchets plastiques non conforme telles que les usines de pur water ; il y a aussi des sociétés de la zone portuaire et de la zone franche qui produisent des sachets ou des cartons en fonction des importations qu’elles font. Pour ces types de sociétés généralement, « nous n’achetons pas leurs déchets parce que nous considérons que c’est des dommages qu’elles créés à travers leur exploitation et cela relève de leur responsabilité sociétale en tant qu’entreprises (RSE). Pour ces dernières, nous leur proposons des prix en vue de la récupération et la destruction de manière appropriée, officielle et professionnelle pour éviter les risques liés à la manipulation de ces déchets. En retour, nous leur délivrons des certificats de destruction à partir de l’exploitation que nous avons faite de leurs déchets » a affirmé le directeur de l’ONG STADD. Elles sont autorisées de visiter et de suivre le processus de destruction des déchets qui ont été récupérés à leur niveau.
Les produits issus du recyclage des déchets plastiques


Il existe trois types de produits à savoir les broyés, les granulés et les pavés écologiques (ECOPAVES). Le premier type de produit sont les broyés ; une fois les déchets plastiques au centre, les employés procèdent à leur tri selon les couleurs et les broient pour fournir de la matière première, « broyés » à certaines sociétés qui s’en servent pour reproduire des articles en plastique. Le deuxième type de produit sont les « granulés » ; c’est la forme évoluée du broyé qui permet de retenir plus d’impureté et de sortir un plastique totalement facile à réemployer dans le système. Le troisième type de produit, ce sont les pavés (ECOPAVES). M. Baka Benjamin, technicien dans la production des pavés écologiques décrit le processus de fabrication. « Pour fabriquer les pavés nous avons besoin des sachets noirs et neutres que nous allons fondre puis mélanger avec du sable de mer ou de rivière de préférence pour que le malaxage soit bien fait ». M. Bemah précise que ces pavés écologiques peuvent durée sur le sol pendant quatre cents ans.
Les avantages liés au processus de recyclage
Le directeur exécutif de l’ONG STADD relève d’abord le bénéfice santé. Le travail que nous faisons dit-il, permet d’éviter le rejet de ces types de déchets dans la nature ; de plus, le fait d’acheter ces déchets est une source de motivation et de gain ; la beauté de la ville se matérialise par l’absence de déchets. Notre travail permet également de réduire le coût de gestion des déchets à l’Etat en plus des emplois qui sont créés. Le centre de recyclage seul emploie plus d’une soixantaine de personnes qui sont majoritairement des femmes et jeunes. A travers ce mécanisme mis en place en dehors des emplois indirects, nous comptabilisons plus de dix mille personnes. Des employés du centre de recyclage témoignent : M. Bonffoh Bassabi, mécanicien industriel et chef d’équipe de broyage affirme que « le travail que je fais m’apporte beaucoup ; bien avant que je ne vienne ici, j’étais au chômage et avec mon salaire actuel, j’arrive à payer mon loyer, à assurer mes besoins quotidiens et mes déplacements. De plus, j’acquiers de l’expérience dans mon domaine et aussi en dirigeant l’équipe ».
Mlle Essohanam Tawelessi, étudiante à l’Université de Lomé, met à profit les heures des cours en ligne pour pouvoir gagner de quoi payer son loyer, ses études et satisfaire à tous ses besoins avec son salaire. « Comme on travaille en rotation, lorsqu’il y a des cours en présentiel, je négocie avec quelqu’un de l’autre équipe qui prend ma place et après le cours je viens travailler à son heure ».
Mme Nadi Sadawogo, assistante de direction au centre de recyclage confie qu’elle est plutôt attirée par le projet, « à travers cette initiative, le directeur assainit notre environnement et crée à la fois de l’emploi ; et c’est ce qui me motive ».






