
Lomé, 28 jan. (ATOP) – La grande famille des Ballong était à l’honneur le jeudi 26 janvier lors de la conférence d’actualité à l’Université du Lomé qui a porté sur l’Afrique au 21e siècle, atouts et défis d’un continent et la présentation de l’ouvrage « Philosophie, éducation et développement en Afrique » par Pr Bilina Iba Ballong.

Mgr Ballong également historien et journaliste, dans sa conférence introductive sur les « atouts et défis du continent africain à le recherche de sa voie vers le développement » a relevé que soixante ans après l’accession de la majorité des pays africains à la souveraineté nationale et internationale, l’heure du bilan a sans doute sonné. L’historien et l’homme d’Eglise se doivent de prendre le temps de sacrifier au rite de cet exercice salutaire.
L’Indépendance a-t-elle métamorphosé la gouvernance de l’Afrique ? La libération du joug colonial a-t-elle entrainé un mieux-être des populations ? La gestion des autochtones a-t-elle permis de réduire la pauvreté, de diminuer l’analphabétisme, de mieux soigner les peuples et d’assurer aux enfants l’espoir d’un devenir meilleur ? En un mot, il se demande si l’indépendance a-t-elle apporté des satisfactions aux espoirs des peuples qui ont consenti à risquer leur vie dans la lutte pour l’obtenir ? Les questions pleuvent et laissent l’observateur plutôt triste face aux réalités.
Mgr Ballong précise que 1’Afrique est demeurée au carrefour des réflexions existentielles concernant les plans d’actions à entreprendre pour sortir le continent de l’indigence et qui semblent irrémédiablement condamner ses populations aux derniers rangs des fortunes de l’humanité. A ce propos, il y a lieu de relever la solidarité doctrinale de l’Eglise catholique avec tous les problèmes sociaux des peuples.
Aussi, revient-il à l’historien et à l’homme d’Eglise de faire le point de la situation réelle du continent, concernant le développement économique et social des pays et des populations, de décortiquer les raisons des déconvenues notables et d’indiquer un tant soit peu, les pistes de réflexion, de débats et d’actions, susceptibles de conduire l’Afrique à un nouveau sursaut. Le rappel séquentiel des événements intervenus depuis les 60 années d’indépendance et la situation du continent qui en est résulté, permettrait de prime abord, de situer convenablement le débat.
Pour lui, l’Afrique a fait très peu de progrès depuis les années d’indépendance. En effet, six décennies plus tard, le constat s’avère bien amer. La pauvreté des populations a accru, le chômage ravage la jeunesse, l’éducation semble partout régresser, les populations se soignent moins bien. C’est la raison pour laquelle les masses populaires perdent de plus en plus espoir et investissent très peu de confiance en leurs nouveaux dirigeants autochtones. Il s’en suit qu’elles travaillent moins, rechignent à se battre contre le système comme jadis, bref, elles sont moins enthousiastes et très peu optimistes en ce qui concerne leurs rêves et le devenir de leurs enfants.
Toutefois, ces observations factuelles relatées sans complaisance, ne doivent aucunement inciter au découragement et à la démobilisation. Réaliser et prendre acte des faiblesses du continent, constitue sans doute le début de la prise de conscience indispensable au renouveau et au progrès. Il urge en Afrique de savoir se remettre en cause, de changer radicalement de comportement quant à la gestion de la chose publique et par-dessus tout, de s’obliger à rêver de grandeur pour l’Afrique et se résoudre à travailler ardemment à cette fin.
Le développement de l’Afrique, objet de tant de polémiques
Pour Pr Bilina Iba Ballong, le concept du développement n’a pas un sens ambigu et pourtant son énoncé engendre des controverses entre ceux qui ouvrent un débat à son sujet. A quelle enseigne l’Afrique est-elle logée pour que son développement fasse l’objet de tant de polémiques ? L’on prend l’exemple du contexte actuel de l’Occident comme paramètre d’évaluation en laissant de côté l’histoire qui a conduit au développement. L’histoire dévoyée et spoliée du continent africain n’autorise aucune comparaison de type rationnel ou scientifique.
Cette histoire dénaturée ne laisse pas entrevoir l’identité authentique et exacte de l’africain qui doit promouvoir le développement de son pays, voire du continent.
Dans son ouvrage intitulé « Philosophie, éducation et développement en Afrique », Pr Ballong souligne que la question du développement est au cœur des préoccupations tant politiques qu’intellectuelles. Son livre ose poser, dans une perspective philosophique, les socles du développement de l’Afrique, partant d’une éducation et d’une infrastructure ferme. Il relève que « L’homme en tant qu’acteur et bénéficiaire du développement, alors sa personne, son identité et son éducation s’y impliquent nécessairement ».
Proscrire l’idée de compétition en développement
Pour atteindre le développement, Pr Ballong propose de faire fi des préjugés, se doter une volonté intangible, mettre ensemble tous les savoirs et savoir-faire et proscrire l’idée de compétition car il ne saurait avoir de compétition en développement. « L’humain au centre de toutes les intentions et préoccupations du développement, ne supposer à aucun moment que les gens savent et qu’il faut laisser faire, ne jamais rejeter certaines pratiques comme archaïques mais les associer à la modernité dans le domaine agricole » confie l’auteur.
Selon lui, éduquer pour le développement, c’est rapprocher des idées du philosophe et mathématicien anglais Bertrand Russell : « l’éducation devrait inculquer l’idée que l’humanité est une seule famille avec des intérêts communs. Que par conséquence la collaboration est plus importante que la compétition ».
« Le développement en Afrique doit passer par une approche éducative qui se justifie au moyen de la promotion d’une économie responsable, de la préservation de l’environnement, et de l’amélioration de la cohésion sociale » conclut Pr. Ballong.
La conférence d’actualité, suivie de la dédicace de l’ouvrage, a connu la présence des personnalités du monde universitaire et politique, notamment, le ministre d’Etat, Esso Solitoki et le président de l’Université de Lomé, Pr Dodzi Komla Kokoroko.
ATOP/TD/AJA






