
Par AMEKOUVO Akouétey
Ces dernières années, la culture du café et du cacao est en pleine croissance au Togo. Ces deux produits contribuent à hauteur de 1,4 % à la richesse nationale et de 5,5 % au secteur agricole, selon les chiffres du Comité de coordination pour les filières café et cacao (CCFCC). Pour la campagne 2024-2025, le pays a exporté 4.400 tonnes de café et 24.000 tonnes de cacao.
Malgré les quantités exportées au cours de la campagne 2023-2024, soit 2.618 tonnes pour le café et 11.182 tonnes pour le cacao, le secteur, tout en enregistrant une nette progression, fait face à la contrebande, une pratique définie comme un commerce frauduleux pratiqué en infraction aux lois d’un pays.
Une pratique à combattre avec rigueur
La contrebande sévit depuis quelques années dans le secteur, a affirmé Anselme Gouthon, secrétaire général du CCFCC. Cette pratique a particulièrement pris de l’ampleur au cours des deux dernières campagnes de commercialisation. Elle se manifeste par le transport illégal des produits par des acteurs non certifiés, ceci d’éviter de payer des taxes et droits de douanes.
« La contrebande crée du désordre sur le terrain. Elle fragilise l’ensemble de la chaîne de valeur des deux filières et reste dommageable à l’amélioration durable des revenus des producteurs. Elle s’opère avec la complicité d’opérateurs locaux et procède d’une surenchère qui dérègle les dispositions mises en place par les acteurs des deux filières », a expliqué M. Gouthon.

En dépit des performances enregistrées lors de la campagne 2024-2025, quelques dysfonctionnements méritent d’être corrigés pour le bon déroulement de la nouvelle campagne. Parmi ceux-ci, « la persistance de l’intervention sur le terrain d’opérateurs non professionnels et non enregistrés ; la surenchère exagérée des prix locaux d’achat et de vente ; et les exportations frauduleuses », a énuméré la ministre du Commerce, de l’Artisanat et de la Consommation locale, Mme Kayi Mivédor-Sambiani.
Intervenant à la cérémonie de lancement de la campagne 2025-2026 de commercialisation du café et du cacao, la ministre a lancé « un vibrant appel aux acteurs des filières café et cacao afin qu’ils œuvrent davantage aux côtés du gouvernement et du CCFCC pour moraliser le circuit de commercialisation du café et du cacao au Togo ».
M. Gouthon a, pour sa part, exhorté tous les acteurs à « décourager les pratiques de contrebande » en respectant les procédures d’achat sur le terrain afin d’assurer l’efficience de la commercialisation du café et du cacao.
Des défis à relever pour dynamiser le sous-secteur

Ce sous-secteur est doté, depuis un an, des Plans de développement des filières café-cacao (PDCC). Ces plans s’articulent autour de quatre axes : l’amélioration durable de la productivité et de la qualité ; le développement de la transformation et la promotion de la consommation locale ; l’amélioration de la commercialisation intérieure et extérieure ; ainsi que la coordination et la gestion des filières.
Pour atteindre les objectifs fixés, plusieurs actions sont déjà engagées, notamment l’entretien et la fertilisation des plantations de caféiers, la régénération des vieilles caféières par le recepage, ainsi que la protection phytosanitaire des plantations de cacaoyers. D’autres initiatives sont envisagées, telles que l’installation de nouvelles plantations de caféiers et de cacaoyers, la sélection de nouveaux matériels végétaux tolérants aux bio agresseurs et à la sécheresse, les tests de nouveaux schémas culturaux pour le café et le cacao, ainsi que l’identification et l’évaluation de biopesticides botaniques à base de plantes locales pour le contrôle du cacaoyer.
Au regard des défis à relever, le directeur de cabinet du ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Konlani Dindiogue, invite « chaque maillon de la chaîne de valeur à travailler davantage pour consolider les acquis et faire en sorte que les PDCC s’inscrivent durablement dans cette dynamique, afin d’assurer des revenus substantiels aux producteurs grâce à la durabilité et à la résilience des deux filières ».
Le gouvernement multiplie les initiatives, ce qui l’a amené a lancé en décembre 2024, le 5ᵉ Recensement national de l’agriculture (RNA5), comprenant un module thématique sur le café-cacao. Cette opération, actuellement en cours, vise à actualiser les statistiques agricoles du pays. M. Konlani convie tous les producteurs à se faire enrôler afin de permettre la collecte de données fiables pour planifier et orienter les politiques de développement agricole.
Le mois d’octobre consacré au café-cacao
Le mois d’octobre est dédié à la promotion de la consommation locale dans les pays de l’espace UEMOA, dont le Togo. Il coïncide également avec la double célébration de la Journée internationale du café et de la Journée mondiale du cacao et du chocolat.
Ces journées visent à promouvoir le café et le cacao, à sensibiliser les consommateurs aux conditions de travail des producteurs, à encourager le commerce équitable et à célébrer la richesse de ces cultures ainsi que leurs vertus nutritionnelles.
Au plan national, une série d’activités est prévue, notamment l’inauguration, le 1ᵉʳ octobre 2025, d’un nouveau kiosque à café à Sanguéra (Commune Agoè-Nyivé 5), suivie de l’apothéose de cette célébration le 8 octobre prochain au CETEF, en présence d’une délégation de l’OIAC (Organisation interafricaine du café), coorganisatrice de l’événement avec le CCFCC.
Le Togo à l’honneur à l’international

Le Togo occupe désormais une place de choix dans certaines instances internationales, après avoir assuré la présidence du Conseil international du cacao et du café. « Notre compatriote M. Anselme Gouthon a été élu président du Comité économique de l’ICCO pour les années cacaoyères 2024-2025 et 2025-2026. Il préside également le Comité économique et du développement de l’OIAC pour la même période », a annoncé la ministre du Commerce. Elle a félicité le représentant du pays pour avoir dignement porté les couleurs du Togo au sein des instances internationales du café et du cacao.
Ces différentes initiatives augurent un sous-secteur en plein essor. Un objectif : « A l’horizon 2030, les filières café et cacao soient performantes sur toutes les chaines de valeur, créatrices de richesses et d’emplois décents et permanents, surtout en milieu rural, à travers une culture professionnalisée, compétitive et durable ».






