
AMEKOUVO S. Akouétey
Chaque année, entre 4 et 5 millions de décès sont attribués à la mort subite dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Au Togo, bien que les données officielles soient inexistantes pour mesurer l’ampleur du phénomène, les spécialistes confirment sa présence. Un constat alarmant, d’autant plus que ce type de décès pourrait, dans bien des cas, être évité.
Qu’est-ce que la mort subite ?
« La mort subite est un décès rapide ou instantané, d’origine naturelle, survenant de manière inattendue chez une personne en bonne santé apparente, dans l’heure suivant l’apparition des premiers symptômes », définit le cardiologue Dr Aloumon Joseph. Un avis partagé par M. Kakpo Alexis, consultant spécialisé en diabétologie, pour qui, il s’agit d’un événement dramatique et brutal qui ne laissait présager aucun danger imminent.
Contrairement aux décès d’origine traumatique (accidents, noyade, électrocution), la mort subite est insidieuse. Chez les enfants de moins de trois ans, elle est désignée sous le terme de Mort inattendue du nourrisson (MIN), souvent inexpliquée.
Des causes multiples et souvent silencieuses
Les origines de la mort subite varient selon l’âge des sujets. Chez l’adulte, les causes cardiovasculaires représentent 70 à 80 % des cas. « Parmi elles, les plus fréquentes sont les cardiopathies ischémiques ou maladies coronariennes, dues à une obstruction des artères alimentant le muscle cardiaque », explique Dr Aloumon.
Les troubles du rythme cardiaque grave, l’embolie pulmonaire, l’insuffisance cardiaque aiguë (œdème aigu du poumon), la dissection aortique ou la rupture d’anévrisme figurent également parmi les causes majeures. Des pathologies génétiques cardiaques peuvent aussi être en cause, notamment chez les jeunes. « Au Royaume-Uni, les maladies cardiaques héréditaires sont responsables de 22 à 50 % des morts subites chez les moins de 40 ans », souligne le spécialiste.
D’autres facteurs sont à considérer, notamment les causes neurologiques (AVC, hémorragie cérébrale, méningo-encéphalite aiguë), pulmonaires, infectieuses ou tumorales.
Nourrissons et sportifs : des cas à haut risque
Chez les nourrissons, la mort subite est souvent liée à des troubles respiratoires pendant le sommeil ou à une mauvaise position (dormir sur le ventre). M. Kakpo recommande de coucher systématiquement les bébés sur le dos ou sur le côté.
Chez les sportifs, bien que généralement en bonne condition physique, certains sont victimes de mort subite en raison de pathologies cardiaques congénitales ou méconnues, telles que la cardiomyopathie hypertrophique, les syndromes de Brugada ou du QT long. « L’usage de stéroïdes anabolisants, les stimulants, ou encore une myocardite peuvent aussi être à l’origine de ces drames », précise le consultant.
Des signes d’alerte trop souvent ignorés
Bien qu’inattendue, la mort subite peut parfois être précédée de signaux discrets : douleurs thoraciques, essoufflement, fatigue inexpliquée, palpitations, pertes de connaissance brèves, fièvre persistante ou encore gonflement soudain d’un membre. Malheureusement, ces signes sont souvent négligés ou minimisés.
Face à un arrêt cardiaque survenu en dehors d’un établissement de santé, les gestes de premiers secours peuvent faire la différence. « Un massage cardiaque immédiat, associé à une assistance respiratoire, peut permettre de maintenir la circulation sanguine jusqu’à l’arrivée des secours », recommande Dr Aloumon. Il insiste également sur l’importance de transférer rapidement la victime vers un service de réanimation.
Peut-on prévenir la mort subite ?
La réponse est oui. Si la mort subite ne peut pas toujours être anticipée, des mesures de prévention existent pour en réduire considérablement les risques notamment la surveillance régulière de la tension artérielle, du cholestérol, de la glycémie et du poids. « Éviter le tabac, l’alcool en excès et les substances dopantes, pratiquer une activité physique régulière adaptée à son état de santé, adopter une alimentation équilibrée, suivre scrupuleusement les traitements médicaux prescrits (diabète, asthme, hypertension) », sont des pistes proposées par les spécialistes. Ils conseillent également de consulter régulièrement un cardiologue, surtout en cas d’antécédents familiaux et de dormir dans une position sécuritaire pour les nourrissons.
Le cardiologue recommande également des dépistages systématiques chez les personnes ayant des antécédents familiaux de mort subite ou de maladies cardiovasculaires. Une consultation précoce en cas de symptôme suspect peut sauver des vies.
Un appel à la vigilance et à la prévention
La mort subite, bien que souvent imprévisible, n’est pas une fatalité. Elle interpelle chacun sur la nécessité de prendre soin de sa santé cardiaque et de rester à l’écoute de son corps. La prévention, l’information et le dépistage doivent devenir des réflexes collectifs. Face à ce phénomène silencieux, mais bien réel, chaque geste compte pour sauver des vies.






