
Par Marie Gomez
A environ 300 mètres du carrefour Dékawowosimé, la circulation commence à s’intensifier. Une odeur familière flotte dans l’air. Riz, haricots et épices mijotent. Ici, l’ayimolou attire déjà les premiers clients.
Derrière le petit étal, une jeune fille s’active. Elle sert les clients, dispose les mets et veille à ce que rien ne manque. Edwige Kakatsi, élève au CEG Totsi, vient de terminer sa classe de 5e et se prépare à entrer en 4e. Pendant ces vacances, ses cahiers ont cédé leur place aux marmites et aux ustensiles de cuisine.
« Ma mère m’a demandé de venir l’aider », explique-t-elle entre deux services. Ses journées commencent désormais très tôt. Le réveil n’annonce plus une matinée de cours ou de révisions. Il faut plutôt rejoindre sa mère à l’étal.
Le travail commence avant même l’arrivée des premiers clients. Il faut apprêter le riz, les haricots et les différents accompagnements. Puis viennent les commandes. Une portion par-ci, une autre par-là. Edwige sert, encaisse parfois, débarrasse et recommence. Ce rythme matinal n’est pas toujours facile. « La difficulté, c’est de devoir me lever tôt pour préparer les mets et servir les clients », confie-t-elle.
A la fatigue, s’ajoutent parfois les réactions de certains clients. Une commande mal comprise, une attente jugée trop longue ou une remarque peuvent compliquer la tâche. La jeune fille apprend alors à garder son calme et à poursuivre son travail. Pour autant, Edwige ne se plaint pas de cette expérience. Au contraire, elle se dit heureuse d’aider sa mère. Derrière sa présence à l’étal se trouve aussi une préoccupation concrète : la prochaine rentrée scolaire. Les revenus de cette activité doivent notamment permettre à sa mère de lui acheter ses fournitures scolaires.
Sa mère Ahoefa avoue que faire participer sa fille au commerce ne consiste cependant pas uniquement à obtenir un coup de main. Elle estime qu’il s’agit aussi de l’habituer progressivement à l’effort et à l’autonomie. Entre les marmites fumantes, les appels des clients et les allers-retours autour de l’étal, Edwige découvre ainsi une autre école, celle du quotidien.
Lorsque les vacances prendront fin, elle retrouvera les bancs du CEG Totsi, les cahiers et les leçons. L’étal d’ayimolou, lui, continuera probablement à accueillir les clients, avec ou sans elle.
Mais derrière cette scène ordinaire se pose une question plus large : comment faire des vacances scolaires un temps où les enfants apprennent l’autonomie et le sens des responsabilités, tout en préservant leur repos, leur éducation et leur épanouissement ?






