Yaya Assadou KOLANI
La question de l’érosion côtière a été toujours une préoccupation majeure pour les gouvernants et particulièrement ceux des pays côtiers. Cette préoccupation s’accroît sous l’effet de la fonte des glaciers due au changement climatique. Les côtes africaines sont menacées, les vagues sous la furie des catastrophes naturelles notamment les tornades, les typhons, les cyclones et les ouragans déversent sur elles et particulièrement celles togolaises, une quantité impressionnante de vagues qui les engloutissent et emportent avec elles, environ une dizaine de mètres de côtes chaque année selon les spécialistes.
Plusieurs solutions ont été proposées par différents pays pour arrêter cette avancée intempestive de la mer. Parmi elles, celle de l’ingénieur togolais Déo Eklu-Nathey, les « puits de futs », une technique innovante et très prometteuse.
La dégradation de la côte togolaise et l’opportunité du projet WACA
La dégradation de la côte togolaise s’effectue par endroits entre le port autonome de Lomé et la ville d’Aného. Elle s’est accentuée depuis 2012 et ce phénomène selon les riverains, serait dû aux travaux d’extension du port autonome de Lomé. Depuis le village de Gbodjomé jusqu’Agbodrafo dans la préfecture de Lacs, l’érosion côtière s’est très accentuée ces dernières années emportant par moment et par endroit des maisons, des écoles et même des cimetières. En juin 2020, près de 300 familles victimes de cette érosion organisées en collectif, ont manifesté, appelant le gouvernement et ses partenaires à trouver une solution urgente pour sauver le reste des habitats et le peu de patrimoine qui leur restent encore.
Le cri de détresse des populations riveraines a été entendu, et c’est pourquoi le Programme de gestion du littoral ouest-africain (WACA) de la Banque mondiale a été mis en œuvre avec comme finalité, de protéger les côtes togolaises des conséquences graves de l’érosion côtière. Le gouvernement est déterminé avec ce slogan : «Plus aucun habitat sur la côte maritime ne doit être emporté par les vagues de la mer d’ici à juin 2021», date prévue pour le démarrage effectif du projet WACA, dans son entièreté.
L’ingénieur et sa technique novatrice
Le « Puits de futs », d’après l’ingénieur togolais Déo Eklu-Nathey, consiste à creuser et à rechercher la «beach-rock» à environ 2 m, pour faire asseoir sur elle les buses qui seront remplis par le sable pour résister solidement contre les forces des vagues de la mer. « J’ai commencé avec des constructions en briques qui se sont fissurées sous les vagues, après c’est des murs en béton qui se sont avérés très couteux, avant d’arriver aux buses qui donnent un espoir d’aboutir sur une technique concluante », a expliqué l’ingénieur.
Pour M. Eklu-Nathey, cette technique est « un système qui est normalement connu, le système des parois de tout genre qu’on connait dans la géo technique, que moi j’ai utilisé juste pour protéger mon habitat contre l’érosion marine. Mais ce n’est pas seulement une protection mais c’est aussi pour récupérer le sable à la mer. Quand les vagues viennent frapper contre les parois des futs, il y’a une bonne quantité d’eau chargé de sables qui se déverse, c’est la mer qui apporte le sable là, c’est ça l’innovation ».
La technique, telle que décrit par l’ingénieur consiste en « un système de puits accolés, qui sont profonds de 3 mètres ou 4 m, donc c’est enfoncé dans le sol pour donner de la stabilité à tout l’ouvrage et quand ce n’est pas bien fondé là-dessus, il y’a beaucoup d’avaries qui peuvent arriver, la mer peut faire une brèche parce que la fondation n’avait pas été bien réalisé ».
L’initiateur et promoteur de cette technique a fait les premiers essais de ces futs, il y a 6 ans. Et c’est la réussite de cet essai qui a poussé le gouvernement togolais à travers le projet d’urgence WACA à financer une portion de la côté jugée très critique vu les dégâts que cause cette avancée de la mer. Pour l’ingénieur « c’est le gouvernement qui a vu que le système marche, a ordonné la réalisation de certaines ouvrages à Gbodjomé, un autre à Dévikinmé et 1 Km plus loin à Nimagna. L’efficacité dépend des matériaux qu’on utilise, avant c’était avec des briques, mais le gouvernement a ordonné de le faire en béton et c’est ces puits en béton que la mer remplis de sable, on peut en faire encore plus solide que ça ».
Une opportunité pour les pays africains
Cette protection côtière inédite brevetée par l’ingénieur togolais peut résister selon le promoteur, jusqu’à 50 ans en prenant en compte le temps que la première protection faite en brique a déjà fait. Il rassure qu’elle est une nouvelle trouvaille pour tous les pays africains. Selon Déo Eklu-Natey, « C’est une technique novatrice pour tous les gouvernements africains, parce que avec ce système on peut récupérer sur des berges sablonneuses jusqu’à 1,2 km, mais il faut aller progressivement de 10 mètres en 10 mètres et de 20 mètres en 20 mètres, on peut y arriver ». Ce système n’existait même pas, puisque c’est un prototype unique sur la terre actuellement où on retire à la mer les terres qu’elle a englouties, donc on le compare un peu au système de dragage naturel, a relevé M. Eklu-Natey.
Face à cette opportunité de technique innovante, le gouvernement togolais avec l’appui de la Banque mondiale, a prélevé une partie du financement du projet WACA, pour gérer d’urgence cette situation. Il s’est avéré à travers des recherches complémentaires que cette méthode est efficace et concluante d’où une équipe s’est engagé à mener les études avec l’ingénieur Déo Eklu-Natey sur sa technique, à l’évaluer et ressortir de meilleurs résultats.






