
Kara, 14 juil. (ATOP)-Les luttes traditionnelles « Evala », édition 2024, ont démarré, le samedi 13 juillet dans le canton de Pya, sous l’œil avisé du chef de l’Etat, Faure Gnassingbé. Avant de triompher de l’adversaire dans l’arène, le jeune Evalou, (singulier de Evala) doit bien se préparer dans son état-major, se discipliner, connaitre les règles et principes de lutte, et posséder certaines qualités. Il doit également suivre les orientations des encadreurs et compter sur le soutien des supporters.
Comment se déroule les préparatifs avant les luttes ?
Selon Awadé Pagoubadi, encadreur de lutte, dans les différents cantons, les préparatifs se passent généralement dans les états-majors des lutteurs pour leurs permettre de gagner les combats et ramener la victoire à leur camp. « Certains états-majors en quête de stratégies vont jusqu’à espionner les autres pour déceler les tactiques et techniques de combat de leurs meilleurs lutteurs afin de se préparer en conséquence », a-t-il ajouté. Les encadreurs apprennent également aux jeunes Evalou, les techniques, les ruses et l’habileté dont ils doivent user pour terrasser leurs protagonistes.
Comment comprendre la discipline des lutteurs ?
D’après l’orateur, le fair-play constaté sur les différents terrains de lutte s’explique par la discipline qu’impose le rite Evala aux initiés. Il explique que sur les sanctuaires du retrait des Evala, la première leçon des initiés est d’apprendre à respecter la hiérarchie sociale. « Les initiés se doivent le respect, selon qu’ils sont de la 1ère, 2è ou 3è année de lutte. Ils doivent obéissance aux frères aînés qui les encadrent durant la période d’initiation. Pendant les luttes, il appartient aux aînés de classer les Evala selon leur force et de déterminer l’ordre de sortie », a confié M. Awadé, affirmant que généralement tout se passe bien sans trop de contestation. Il signale que les rares actes de contestation et d’antijeu font l’objet d’avertissement oral de la part des aînés.
Quelles qualités posséder pour terrasser l’adversaire ?
L’encadreur relève que ce n’est ni l’âge, ni la taille, ni les muscles qui font d’un Evalou un excellent lutteur, mais c’est la maitrise de soi, la technique, l’habileté, la ruse, l’endurance, le courage et la discipline mis ensemble qui font triompher lors des empoignades.
A l’écouter, la lutte en pays Kabyè est régie par une règle d’or à savoir qu’il est interdit de faire mal. Il martèle que toutes atteintes à l’intégrité physique de son adversaire (coups, morsures, griffures, torsions, pincement des testicules, entre autres) sont formellement proscrites.
M. Awadé souligne qu’en pays Kabyè, le principe de lutte établi est qu’aucun village n’est éliminé après sa compétition avec le village adverse, lorsqu’il est vaincu. « Depuis le stade des préliminaires, les vaincus et les vainqueurs se mettent ensemble pour affronter d’autres camps qui ont eux aussi fait le même parcours », a-t-il expliqué.
Quels sont les rôles des supporters et encadreurs ?
L’intervenant a fait savoir que les supporters, eux, rivalisent d’inspirations pour non seulement encourager leurs lutteurs mais aussi intimider et monter la nervosité dans le camp adverse. « Par des chansons souvent improvisées, au rythme d’harmonica, de flûtes, de sifflets, de castagnettes, torse en sueur saupoudré de talc, des supporters rappellent à certains lutteurs du camp adverse des antécédents honteux et fâcheux, et un village peut chanter contre un autre pour lui rappeler par exemple les faiblesses reconnues des ancêtres. Des hommes se déguisent en femmes par l’accoutrement et le maquillage ; vieux et vieilles, faisant fi de leur âge, se confondent aux couches jeunes, chantant, sifflotant et gambadant pour encourager les lutteurs », a-t-il ajouté.
M. Awadé a mentionné que les lutteurs sont, le plus souvent, dirigés par leurs aînés qui jouent le rôle d’encadreurs. « Ce sont eux qui les conseillent, leur donnent des directives à suivre, calment le jeu en cas d’affrontement ou de bagarres entre « Evala », a-t-il précisé.
Quel est le rôle de l’arbitre ?
L’encadreur affirme que c’est un chef traditionnel qui joue le rôle d’arbitre avec pour tâche principal de maintenir l’ordre dans l’arène. « C’est le juge du terrain qui donne la victoire d’une empoignade en indiquant de sa main, de son parapluie ou de sa canne, le camp du vainqueur. C’est également lui qui arrête la lutte entre deux évala s’il estime que leurs forces s’équivalent ou que l’empoignade entre eux est irrégulière », a-t-il expliqué. L’arbitre s’impose par son autorité et parfois par des avertissements verbaux sévères, a conclu M. Awadé.
ATOP/MEK/TD






