
Par GNAKOUAFRE-KOUMA Modeste
Le Togo a accédé à la souveraineté internationale, le 27 avril 1960, une indépendance acquise et proclamé par Sylvanus Olympio au prix de mille sacrifices. La lutte pour l’indépendance a commencé en 1946 après la seconde guerre mondiale. Les Togolais ont affiché leur volonté de gérer leurs propres affaires. La lutte est menée tant par les hommes que des femmes et des jeunes.
Le Togo est issu du partage du Togoland, colonie allemande de 90000 km2. Après la deuxième guerre mondiale, le Togoland est partagé entre la France et la Grande-Bretagne. La partie française est devenu le Togo qui s’est battu pour son accession à la souveraineté internationale.
Les partis politiques à l’avant-garde de la lutte sont d’une part les nationalistes : le Comité de l’unité togolaise (CUT) de Sylvanus Olympio, et sa section jeune, la JUVENTO (Justice-Union-Vigilance-Education-Nationalisme-Tenacité-Optimisme), tous partisans de l’indépendance. D’autre part le Parti togolais du progrès (PTP) de Nicolas Grunitzky, futur Mouvement populaire togolais (MPT), qui demande l’abolition de la tutelle et réclame une association plus étroite avec la France.
Cette lutte, les Togolais ne l’ignorent pas et s’en souviennent. Le chef canton d’Amoutiévé, chef supérieur de la ville de Lomé, Togbui Agboly Adjallé VI, rencontré dans son palais royal entouré de ses notables, raconte : « à l’époque, (en 1947) j’accompagnais mon père chez Santos (cadre de la JUVENTO) pour des réunions et des prières toute la nuit. Les réunions étaient secrètes, des plans étaient élaborés et des missions étaient confiées à des personnes ». La marche du Togo vers l’indépendance a connu plusieurs étapes : en 1956, le Togo devient une République autonome au sein de l’union française sous la tutelle de l’ONU. Cette même année, la partie britannique du Togo est rattachée à la Gold Coast, actuel Ghana.
Le grand jour tant souhaité, l’indépendance

L’indépendance s’est dessinée un peu plus avec l’organisation d’élections sous l’égide de l’ONU, le 27 avril 1958. Sans surprise, la victoire des nationalistes était écrasante. Sylvanus Olympio est nommé Premier ministre et est chargé de former un gouvernement. La transition est amorcée et aboutit à l’indépendance pleine et entière du Togo. Elle est solennellement proclamée par Sylvanus Olympio le 27 avril 1960 : « Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La nuit est longue, mais le jour vient. Mesdames et messieurs, le grand jour tant souhaité est enfin arrivé. Notre pays, le Togo qui, depuis 1884, a été successivement protectorat allemand, condominium franco-britannique, territoire sous tutelle de la France, retrouve en ce jour du 27 avril 1960, sa liberté d’antan… En ce lieu, en ce jour, à cette heure, au nom du peuple togolais, je proclame solennellement l’Indépendance du Togo, notre patrie. Et maintenant, Togolais et Togolaises, allons, comme l’hymne national nous y convie, tous ensemble bâtir la cité. Ablodé, ablodé, ablodé ». Ce jour, Lomé était belle pour la circonstance. Le drapeau togolais était visible partout et toute la population était en joie. « La joie était immense. Tout le monde était content d’avoir recouvré la liberté. La réjouissance populaire organisée à Souza Netimé actuelle site de l’hôtel de la paix, était vraiment grandiose et témoignait de l’importance de la journée. Ce jour, un évènement s’est produit à la cérémonie de proclamation d’indépendance lors de la montée des couleurs. « Le drapeau togolais était coincé à un niveau du mât. Les fils s’étaient entremêlés, et un jeune militaire a dû grimper le mât pour démêler les fils et on a pu hisser le drapeau. Tout le monde pense que c’est normal mais c’était spirituel, de la métaphysique » a rappelé le chef canton de Amoutiévé. Il poursuit en disant, le Togo est indépendant, sans perdre le temps, le CUT avait formé son gouvernement et s’est mis au travail et l’économie était florissante.
Un autre togolais qui avait sept ans et était au cours préparatoire première année (CP1) en ce temps, s’est souvenu de ce jour. Enseignant à la retraite et conseiller municipal à la commune Golfe 7, M. Amewosina Azaleko dit qu’à l’époque, il était à Aflao Batomé, son village natal dans le canton de Aflao Gakli (actuelle commune Golfe 5), un village situé à environ dix kilomètres au nord-ouest de Lomé. « Je ne me souviens pas de grandes choses mais les vingt et un coups de salves tirés à Lomé, nous avaient permis de savoir que le Togo était indépendant. Nos mamans et papas étaient fiers, ils chantaient des chansons de circonstance qu’ils exécutaient au temps du CUT. C’est ce qui nous faisait penser que le CUT avait gagné quelque chose. La radio chantait l’hymne national et après, on nous a dit que c’est l’indépendance, Olympio a eu l’indépendance, le Togo est indépendant » a-t-il souligné. La population d’Aflao était très soulagée d’avoir acquis la liberté et des manifestations populaires étaient organisées. Les personnes âgées s’étaient bien parées pour la circonstance.

L’indépendance était célébrée partout au Togo. Tous les Togolais étaient fiers d’être libérés du joug colonial et de ne plus subir les brimades des Français. Dans l’Akposso également la joie était immense raconte Elitsa Lanou, inspecteur des sports à la retraite et ancien directeur technique de la Fédération togolaise de football, natif de Koutoukpa, village au bas d’une forêt, située à 11 km à l’ouest d’Amlamé. Agé de neuf ans en 1960, l’homme a aujourd’hui 72 ans et s’intéresse à l’écriture. Rencontré à son domicile à Djidjolé, Elitsa était très heureux de conter ce jour. « Quand on parle du 27 avril, c’est d’abord les mouvements d’ensemble. De nombreux enfants sont réunis et ils chantent de très belles chansons puis ils marquent des pas au rythme de la musique ». Homme de littérature, Elitsa entonne spontanément une chanson de leur époque : “le soleil qui brille dans mon âme et reflète la splendeur des cieux. C’est Dieu qui met en moi sa flamme et dès lors que je suis heureux”. Pour cet écrivain, c’est l’un des souvenir qui lui est resté. Il se rappelle de la gaieté des petits, mais aussi de la joie qui se lisait sur le visage des adultes. Ce 27 avril 1960 était un grand jour où l’évènement était marqué le matin par des coups de salves qui retentissaient. « Dans tout le village, il y avait de l’effervescence, on sentait qu’il y avait quelque chose. Nous, nous étions dedans et nous étions emballés » précise – t – il. Ce jour passé, les Togolais se souviennent chaque année de cette date qu’ils célèbrent avec faste.
Une fête qui mobilisait tout le monde

La célébration mobilisait les élèves et les adultes pour le défilé et des réjouissances sont organisées. Tout le monde était mobilisé et se sentait concerné. Azaleko Amewosina se rappelle du 27 avril 1961, 1962 et même jusqu’en 1965 : « On la célébrait même dans tous les établissements, tous les établissements étaient impliqués. Nous étions petits en ce temps-là. On nous avait demandé de chercher des piquets à notre taille. Le 27 avril, déjà à 7 heures nous étions à l’école où après la montée des couleurs, nous marchions dans les ruelles du village. Ce que j’ai retenu, en ce temps, il y avait dans le village, une dame militante du CUT dont je ne me rappelle plus le nom, qui ramenait divers cadeaux qu’on nous distribuait. En 1962, c’était la même chose mais les manifestations étaient plus importantes. Après le défilé le matin, l’après-midi, il y avait eu un match de football organisé par Togbui Djidjoli, le père de l’actuel chef. La rencontre avait opposé une équipe de Agoè-Nyivé à une équipe d’Aflao, à Gakli sur un terrain qui se trouvait derrière la maison du chef. Il faut rappeler que la veille du 27 avril, on organisait la retraite aux flambeaux et c’était merveilleux ».
La célébration du 27 avril hier mobilisaient toute la population et il y avait de l’enthousiasme. Aujourd’hui, elle n’est que politique et beaucoup ignore son existence et son sens. Le soleil des indépendances diminue de brillance de jour en jour selon Elitsa Lanou : « le 27 avril d’hier et celui d’aujourd’hui, c’est la nuit et le jour. En termes d’enthousiasme, les choses se sont émoussées. Il y avait de l’effervescence. Il y avait de l’engouement mais avec le temps, le peuple se rend compte que c’est un rêve déçu. A part les politiques, c’est l’indifférence pour le reste de la population ». D’autres raisons expliquent la démotivation de la population : entre autres la suspension de cette célébration entre 1979 et 1992 au détriment du 13 janvier dit fête de la libération économique, des raisons de survie et de précarité et surtout l’incivisme.
Longtemps restée sous éteignoir, la célébration de la fête de l’indépendance a été restaurée par le président de la République Faure Gnassingbé, il n’y a que quelques années. Il reste encore un grand travail à faire pour remobiliser la population autour cette indépendance et surtout impliquer les établissements scolaires comme par le passé. Le peuple togolais doit comprendre qu’il a été libéré par la volonté et le sacrifice des pères de l’indépendance, et cette indépendance chèrement acquise ne doit pas être bafouée ou banalisée.






