
Kpalimé, 29 août (ATOP) – Nyamedzose Koffi N’Tifafa a été officiellement intronisé, le jeudi 28 août au terme d’un rituel ancestral et spirituel, sous le nom de Nyamedzose Asafo Atiego II, du village de Kuma Dunyo (Kloto 3), en remplacement de feu Woto Mensah, décédé en 2011.
L’événement, longtemps attendu, a mobilisé toute la communauté. Des coups de Salves artisanaux, battements de tambours, chants des Abrafo (la police de cour) et sacrifices en l’honneur des divinités ont marqué la cérémonie. La place publique, devenue un théâtre rituel, a vibré aux sons de castagnettes et de gongs. Dans la foule, ferveur et curiosité se lisent sur les regards. Après 14 ans d’interruption, c’est toute une page de la vie traditionnelle du village qui se rouvre.
Un rituel codifié et symbolique
Douze heures passées. Les tambours résonnent, les villageois vêtus de leurs tenues traditionnelles se dirigent vers le lieu sacré. La cérémonie est marquée par des libations : eau enfarinée, boissons alcoolisées et sang de bélier immolé pour « purifier le lieu ». Puis, au milieu, des chants repris en chœur, la nouvelle figure de la sécurité sort enfin de sa retraite, après trois jours de confinement rituel. Vêtu de blanc, orné de perles, il foule le tapis rouge dressé pour l’occasion.

Dans un geste solennel, l’Asafo cantonal remet au nouveau venu une manchette neuve, symbole de son autorité. Désormais, Nyamedzose Asafo Atiego II siège parmi les notables, investi de sa mission. Les anciens lui rappellent qu’« Il est Asafo du village et non d’une famille. Il n’y a pas de favoritisme dans son rôle ».
Cette intronisation était indispensable pour débloquer la vie coutumière du village. Depuis 14 ans, faute d’Asafo, certaines cérémonies, notamment celles liées aux décès et aux successions, étaient suspendues. « La chefferie était comme incomplète », confie un notable. Avec ce nouveau chapitre, la vie coutumière peut reprendre son cours.
Asafo, « ministre de la défense » traditionnel
Dans la tradition éwé, l’Asafo est considéré comme le « ministre de la défense » du village. Bras droit du chef, il veille à sa sécurité et à celle de la communauté, règle les conflits et prend en charge les affaires de sécurité. Il est aussi le garant de la transmission des valeurs civiques et guerrières aux jeunes générations.
Mais la fonction n’est pas accessible à tous. « N’est pas Asafo qui veut », rappellent les anciens. Dans le cas de Kuma Dunyo, il faut être issu de la collectivité Atiego et avoir reçu l’onction des divinités à travers les sages du village. Trois jours de couvent (une retraite de préparation physique et spirituelle) sont ensuite nécessaires avant l’intronisation publique.
Les gardiens de la tradition expliquent l’organisation de la chefferie
Pour éclairer la population sur le sens de cette fonction et de cette cérémonie, Togbé Mesu V de Kuma Apéyémé, témoin et gardien de la tradition, explique : « Nos anciens ont organisé la chefferie comme un gouvernement. A la tête, il y a le chef du village, suivi de l’Asafo, puis du Tchami, le porte-parole. L’Asafo, c’est l’état-major, le garant de l’ordre. Quand il y a un conflit entre villages, c’est lui qui prend le devant et en rend compte au chef. Il organise aussi les travaux communautaires ».
Togbé Mesu V insiste sur le poids traditionnel du rituel : « Le poste n’est pas chrétien ni politique, il est traditionnel. L’Asafo est choisi pour sa force spirituelle. Trois jours de couvent servent à le former et le formater, à lui expliquer ses droits et devoirs, et à l’imprégner spirituellement. Au jour de l’intronisation, il doit prêter serment devant les ancêtres et les esprits ». Il précise que « C’est l’Asafo cantonal seul qui a le pouvoir d’introniser. Si quelqu’un le fait en dehors de ce cadre, la cérémonie n’a aucune valeur ».
Une tradition à sauvegarder
Au-delà de l’émotion et du faste rituel, cette intronisation a valeur de rappel. Comme l’a souligné Togbé Mesu V, « Les villageois doivent garder en mémoire ce qui se passe aujourd’hui, pour perpétuer nos traditions. Car elles sont en perte de vitesse ».
Dans un contexte de modernisation accélérée, la continuité des institutions traditionnelles dépendra de la volonté collective de les préserver, a-t-il conclu.
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