
Par Abel OZIH
Souvent banalisée par les patients, l’angine de poitrine constitue pourtant l’un des principaux signaux d’alerte d’une maladie cardiovasculaire pouvant évoluer vers un infarctus du myocarde. Caractérisée par des douleurs à la poitrine liées à une mauvaise oxygénation du cœur, cette affection nécessite une prise en charge rapide afin d’éviter des complications potentiellement mortelles.
L’angine de poitrine, également appelée angor, survient « lorsque le flux sanguin vers le cœur est réduit, généralement à cause d’un rétrécissement des artères coronaires. Les artères coronaires sont les artères qui nourrissent le cœur lui-même. L’angor est une maladie du cœur qui se manifeste par des douleurs au thorax. Elle est fréquente. Le patient a souvent l’impression que son thorax est comprimé, avec une sensation d’étouffement ou de brûlure », explique Dr Jean-Claude Bakpatina, médecin à la clinique « Floréal » de Lomé.
Il rappelle que cette affection ne doit jamais être prise à la légère. « Elle ne doit donc pas être ignorée. L’apparition des douleurs doit être expliquée et les signaux d’alerte connus, afin de prévenir l’aggravation vers d’autres maladies cardiaques plus graves », souligne-t-il.
Un rétrécissement des artères coronaires en cause

Le médecin généraliste indique que l’angine de poitrine résulte d’une insuffisance d’apport en oxygène au muscle cardiaque. Cette situation, dit-il, est le plus souvent provoquée par l’accumulation progressive de dépôts graisseux dans les artères. « Ce rétrécissement au niveau des artères coronaires est provoqué par une accumulation de dépôts de graisse, de cholestérol et de calcium dans la paroi des artères. Ces plaques se forment progressivement sur la paroi des vaisseaux et empêchent peu à peu le sang de circuler convenablement », explique Dr Bakpatina.
Certaines autres maladies du cœur, telles que les atteintes valvulaires ou les cardiomyopathies, peuvent également être à l’origine de cette maladie, fait savoir le médecin. Le praticien identifie plusieurs facteurs favorisant son apparition, notamment le tabagisme, l’hypertension artérielle, le diabète, l’excès de mauvaises graisses, la sédentarité ainsi que le surpoids ou l’obésité.
Des symptômes qui apparaissent souvent à l’effort
Selon Dr Bakpatina, les manifestations de l’angine de poitrine surviennent généralement lors d’un effort physique ou dans des situations augmentant les besoins en oxygène du cœur. Elles disparaissent souvent après quelques minutes de repos. « Leur survenue peut être prévisible chez certaines personnes, ne survenant qu’à un effort spécifique. En revanche, pour d’autres, la crise d’angine de poitrine est imprévisible. Un effort après un bon repas, une ambiance froide, une exposition au vent ou encore le stress peuvent déclencher les symptômes », indique-t-il.

La douleur est généralement ressentie comme un serrement ou une oppression dans la poitrine. « Elle peut s’étendre vers le bras gauche, le cou, la mâchoire, l’épaule ou le dos. La fatigue, l’essoufflement, l’angoisse, la transpiration et les vertiges peuvent aussi être des symptômes de l’angine de poitrine », ajoute Dr Bakpatina.
À 38 ans, Shabane, commerçant de friperies au marché de Hédzranawoé à Lomé, a découvert sa maladie après plusieurs semaines de douleurs inexpliquées. « Au début, je ressentais une gêne dans la poitrine lorsque je marchais rapidement ou que je portais des charges. Je pensais que c’était la fatigue liée au travail. Un jour, la douleur est devenue plus forte et s’est propagée vers mon bras. C’est ce qui m’a poussé à consulter », raconte-t-il. Après des examens spécialisés, le diagnostic d’angine de poitrine a été posé. « Aujourd’hui, je suis mon traitement », témoigne-t-il.
L’importance d’une consultation précoce
Le chef du service de cardiologie au CHU Sylvanus Olympio de Lomé, Prof. René Baragou, fait remarquer que de nombreux patients consultent tardivement alors que les premiers signes étaient déjà présents. « Beaucoup de personnes attribuent les douleurs thoraciques à la fatigue ou au stress. Pourtant, lorsqu’une douleur survient à l’effort et disparaît au repos, il est important de consulter rapidement. Le médecin généraliste joue un rôle essentiel dans le dépistage précoce avant une éventuelle orientation vers un cardiologue », explique Prof. René Baragou. Selon lui, une prise en charge rapide permet souvent d’éviter l’aggravation de la maladie.
Prévenir pour protéger son cœur
Le médecin généraliste insiste sur l’importance de l’adoption d’une bonne hygiène de vie pour réduire les risques. « Il est nécessaire, dès l’apparition des premiers symptômes, de se mettre immédiatement au repos et de consulter rapidement un médecin généraliste, puis un cardiologue pour un bilan médical complet, car une évolution défavorable de l’angine de poitrine peut conduire à la mort », avertit Dr Bakpatina.
La prévention repose principalement sur la réduction des facteurs de risque cardiovasculaires. « Il est recommandé de ne pas fumer, de manger équilibré, de maintenir un poids normal, de contrôler efficacement le diabète et de pratiquer une activité physique régulière », rappelle Prof. Baragou. Le cardiologue martèle également que toute personne souffrant d’une crise d’angine de poitrine doit interrompre immédiatement ses activités physiques et prendre les médicaments prescrits par son médecin.
Grâce à un diagnostic précoce et à une prise en charge adaptée, les patients atteints d’angine de poitrine peuvent néanmoins mener une vie normale et réduire considérablement leur risque de faire une crise cardiaque.






