
Par GNIMATA Mèdèwè
Le Togo accédait à son indépendance le 27 Avril 1960. Sylvanus Olympio, père de l’indépendance proclamait la souveraineté du Togo avec une inspiration, qui lancera le pays sur la voie du développement. « Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La nuit est longue, mais le jour vient », avait-il déclaré. 63 ans après, quel bilan peut-on faire sur le plan politique et socio-économique ?
Les progrès enregistrés dans le domaine politique, économique et social
Depuis 1960 jusqu’aujourd’hui, le Togo a fait des avancées notables mais beaucoup restent à faire. L’économiste Soliké Emmanuel salut les avancées notables enregistrées par le Togo pour ces dernières décennies.
L’économiste note que de 1960 à 2004 le Togo a enregistré en moyenne, un taux de croissance de 2,5 %. Dans ces dernières années, ce taux a connu une croissance considérable. Le Togo affiche un taux de croissance économique de 5,3% en 2021, de 5,8% en 2022 et 6,6% en 2023. Il souligne que cette performance est encouragée par des mesures sociales innovantes et inclusives.

M. Soliké relève les avancées enregistrées dans les domaines précités, notamment la transformation structurelle de l’agriculture est le pilier essentiel de la politique de développement par la création d’une agence de transformation agricole et par la restructuration et l’accroissement des capacités d’intervention du Mécanisme Incitatif de Financement Agricole (MIFA). La mécanisation et l’irrigation ont permis d’augmenter la productivité et les rendements agricoles.
Dans le contexte sécuritaire qui affecte le pouvoir d’achat et le bien-être, le Togo a fait valoir la cohésion et la solidarité pour continuer à préserver les plus vulnérables et « ne laisser personne de côté ». L’économiste salue le système sécuritaire du Togo en rappelant l’attaque terroriste dans la préfecture de Kpendjal, repoussée par les forces de défense et de sécurité.

Dans le domaine de la santé, M. Soliké a fait remarquer que l’assurance maladie universelle et l’accélération de la construction des infrastructures de santé ont consolidé les acquis. Le programme Wezou pour l’accompagnement de la femme enceinte et du nouveau-né, démontre la pertinence des actions sur le plan social.
S’agissant des innovations technologiques, le Togo a adopté une stratégie dénommée Stratégie Togo Digital 2025 reposant sur des axes visant une transformation digitale pérenne. M. Soliké explique que cela a permis de faciliter les interactions de l’administration publique avec les citoyens par la numérisation des procédures et des formalités. Cette option requiert des investissements dans l’amélioration des infrastructures numériques et de la connectivité au réseau mondial avec l’atterrissement du câble sous-marin Equiano.
Le programme novateur a permis de renforcer l’accès aux services sociaux de base, notamment l’eau, l’électricité, la santé et l’éducation. Ce programme répond durablement aux préoccupations des populations. « L’investissement public devrait rester fort en 2023 en raison de la mise en œuvre de la “Feuille de route Togo 2020-2025”, diminuant progressivement au profit de l’investissement privé au cours des prochaines années », déclare l’économiste.


Grâce à sa position géographique et son port en eau profonde, le Togo fait office d’entrepôt pour les pays voisins. Le trafic d’import-export destiné à d’autres pays (transit et réexportation) apporte une valeur ajoutée estimée à 10% du PIB, la part la plus importante provenant de la réexportation des véhicules d’occasion.
L’implantation de nouvelles infrastructures socio-économiques avec des critères objectifs et transparents sur la base de la cartographie des infrastructures contribue à la réduction des disparités régionales. La décentralisation est désormais une réalité par la création des communes. Ce qui offre l’opportunité de mieux répondre aux attentes des populations.
En matière d’éducation, l’économiste note que le système éducatif a identifié des solutions globales et durables qui permettent de répondre aux besoins prioritaires du secteur en mettant l’accent sur le recrutement des enseignants et leur formation, ainsi que la construction des infrastructures.
Les défis à relever
Malgré les avancés remarquables enregistrés, plusieurs défis restent à relever :
La dépendance extérieure
« Le Togo n’arrive pas à assoir un tissus économique stable. Parce que l’économie auto-génératrice interne qui doit produire les ressources et rembourser les dettes, le Togo n’en a pas suffisamment », déclare le gestionnaire financier Gbangba Didier. Il affirme que la plupart des grandes entreprises togolaises sont détenues par des étrangers qui rapatrient systématiquement les ressources qu’elles génèrent.
Les potentielles porteuses de croissance économique interne
M.Gbangba fait savoir que les secteurs clés porteurs de croissance économique pour le Togo demeurent ceux des phosphates, du coton, des cultures vivrières, du ciment, du commerce de transit et de la zone franche. Pour tirer le meilleur de ces différents secteurs et relancer l’économie togolaise, il s’agit de relancer ces secteurs en renforçant les capacités des organisations des producteurs de coton ; promouvoir la production vivrière pour l’exportation et la substitution efficace des importations ; agrandir la zone franche togolaise et réorienter ses activités vers les secteurs à haute intensité de main-d’œuvre, et vers l’accès à des marchés au-delà de la sous-région. Il faut aussi développer un cadre règlementaire stable et transparent pour attirer des investisseurs privés solides, prêts à s’engager sur le long terme, tout en assurant à l’État les ressources nécessaires au développement ; investir dans les infrastructures et les services du Port autonome de Lomé, pour maintenir et renforcer son rôle de « hub » régional. Le gestionnaire a fait savoir qu’un rapport sur l’agriculture a révélé que ce secteur permet d’accroître directement les revenus des pauvres. Mais beaucoup reste à faire pour exploiter les opportunités et améliorer la compétitivité du Togo.
Les défis dans le secteur bancaire
Pour améliorer les conditions de vie de la population, M. Gangba rappelle les quatre principaux défis énumérés par le gouvernement que les banques et les systèmes financiers décentralisés doivent relever. Il s’agit de l’accroissement des financements aux micros, petites et moyennes entreprises à des coûts abordables ; l’augmentation du financement des secteurs de l’agriculture et de l’habitat. A cela, s’ajoutent le renforcement de la digitalisation des services financiers, et l’amélioration continue de la qualité des services financiers.
La piraterie maritime
Dans le domaine maritime, le gestionnaire financier signale que le phénomène de la piraterie sévit dans le Golfe de Guinée et suscite une plus grande vigilance sur les eaux territoriales. En outre dit-il, le port est confronté à de nombreux défis en termes de développement et d’adaptation des infrastructures face à l’explosion de la conteneurisation et à de nombreuses problématiques juridiques et sur le droit maritime international.
Les énergies renouvelables sous exploitées
Le Togo regorge de ressources en énergies renouvelables diversifiées et abondantes à savoir éolien, solaire, hydraulique, biomasse etc. Malheureusement, ce potentiel est encore largement sous exploité, précise le gestionnaire.
Les défis en termes d’infrastructures
Abordant les infrastructures, M. Faladé Gonzo, chercheur en économie numérique, relève qu’un rapport a fait un certain nombre de constats sur les infrastructures. Les tarifs d’électricité sont nettement supérieurs à la moyenne régionale, ce qui rend peu probable la compétitivité du Togo dans le secteur des industries manufacturières pour lesquelles l’électricité est un intrant important. Pour ce qui est de la communication (téléphone fixe, téléphone mobile, accès à l’internet), les coûts sont élevés par rapport à d’autres pays de la sous-région où il y a une plus grande ouverture où la concurrence dans le secteur de la téléphonie mobile est accrue. Le réseau routier, quant à lui, nécessite de grands travaux de construction et de réhabilitation, et a besoin d’être efficacement entretenu.






