
Le travail des enfants, un phénomène à dimension mondiale continue de se faire sentir dans plusieurs pays du monde dont le Togo, en dépit de l’arsenal juridique et les actions importantes engagés par les gouvernements, les ONG et institutions intervenant dans la lutte contre le travail des enfants.
Au Togo et particulièrement dans la région de la Kara, ils sont nombreux, ces enfants qui travaillent dans les rues, les marchés et sur les dépotoirs, à la recherche du pain quotidien. L’Agence togolaise de presse (ATOP) Kara a interviewé le directeur régional du Travail et des Lois sociales, Boyodi Essotina Malebou pour en savoir davantage. Celui-ci est revenu sur la définition du travail des enfants et a fait l’état des lieux du phénomène. Il a aussi donné des précisions sur les facteurs explicatifs, les pires formes du travail, les conséquences et les mesures de répression en vigueur.
C’est quoi le travail des enfants ?
D’après le directeur régional du travail et des lois sociales de la Kara, Boyodi Essotina Malebou, le travail est toute activité exercée par une personne sous l’autorité d’une autre appelée employeur contre une rémunération. Selon lui, le terme travail des enfants est souvent défini comme un travail qui prive les enfants de leur enfance, de leur potentiel et de leur dignité et qui porte préjudice à leur développement physique et moral. Il s’agit d’un travail moralement, physiquement, socialement et mentalement dangereux et nocif pour les enfants, les privant de la possibilité d’aller à l’école ou les obligeant à quitter prématurément cette école et/ou à essayer de combiner la fréquentation scolaire avec le travail, d’où l’expression « les pires formes de travail », a-t-il précisé.
Etat des lieux du phénomène
Le directeur révèle qu’il est difficile d’établir avec exactitude le nombre d’enfants victimes, car bien de cas restent discrets et inconnus. Il précise qu’il n’existe pas pour l’instant de statistiques fiables au niveau de la Kara à ce jour, cependant, pour mener des actions d’éradication de ce fléau, les statistiques nationales permettent d’avoir des idées sur la situation qui prévaut dans chaque région du pays dont la Kara. Toutefois, a -t-il précisé, des études réalisées sur le phénomène donnent un aperçu de la situation dans son ensemble. On estime à 48% des enfants de 05 à 17 ans économiquement occupés, selon l’enquête MISC 2017, dont 32,9% de ceux-ci sont exposés aux travaux dangereux.
Facteurs explicatifs du travail des enfants
Les facteurs sont de plusieurs ordres, mais deux retiennent plus notre attention, notamment les facteurs socio-économiques et socio-culturels.
Les facteurs socio-économiques
De l’avis du directeur Boyodi, si les enfants sont tentés d’aller chercher une contrepartie ou un bénéfice pécuniaire, c’est qu’ils sont poussés directement ou non par les parents ou tuteurs. Directement parce que, voulant profiter des retombées de l’activité des enfants pour satisfaire les besoins familiaux, les parents envoient leurs enfants travailler. Indirectement parce que, ne bénéficiant plus de la prise en charge des parents ou des tuteurs, les enfants eux-mêmes sont obligés de se débrouiller en travaillant pour satisfaire leurs besoins fondamentaux que les parents sont sensés satisfaire, explique le directeur.
De façon générale, a-t-il renchéri, la pauvreté, les circonstances économiques particulièrement difficiles du fait de la perte ou de l’insuffisance de revenus, la précarité des conditions de vie des ménages, les inégalités sociales et l’indigence prédisposent, les enfants au travail et à l’exploitation. « Du fait de la pauvreté de leurs parents, beaucoup d’enfants quittent l’école et vont chercher à travailler, non seulement, pour assurer leur quotidien mais aussi pour aider leurs familles. S’agissant particulièrement des filles, des enquêtes révèlent que dans leur quête d’adaptation et d’insertion sociale, de nombreuses parmi elles, cherchent un travail dans les ménages ou dans les foyers plus nantis en ville », a fait remarquer le directeur.
Les facteurs socio-culturels
D’un point de vu traditionnel, indique le directeur Boyodi, le travail des enfants a longtemps été perçu comme un mode de socialisation des enfants, c’est-à-dire un processus qui initie graduellement l’enfant au travail et lui transmet des compétences lui permettant de vivre. « La société admet généralement que l’enfant doit apprendre à s’adapter aux situations de son environnement et à trouver des solutions aux problèmes que celui-ci lui pose. Si ces travaux ont un caractère socialisant dans nos communautés, certaines déviations ou abus peuvent conduire aux pires formes de travail des enfants », ajoute le directeur régional.
Les pires formes de travail ou travaux interdits aux enfants
Les pires formes de travail, sont nombreuses et diverses. Celles-ci dépendent, dit le directeur, de l’âge, de la nature du travail, des conditions, du nombre d’heures effectué lors de l’exécution de ce travail et des objectifs poursuivis. Par souci de protection, les enfants ne doivent pas exercer certains types de travaux car l’enfant est un être fragile et facilement influençable.
A Kara, souligne le directeur, ces pires formes de travail sont surtout le ramassage des objets sur les dépotoirs, la recherche des métaux au niveau de l’usine de production de fer à l’entrée sud de la ville, l’extraction du sable et le maraichage dans la rivière Kara. Ces enfants, précise -t-il, se retrouvent aussi dans les ménages comme domestiques, dans les marchés et parfois dans les champs au temps des travaux champêtres pour répandre des engrais ou des pesticides sans outils ou équipements adéquats de protection contre ces substances chimiques. On les retrouve des fois aussi dans la fabrication ou ramassage des briques en terre pour la construction et sur certaines rues ou routes où ils passent leur temps à remblayer les ‘’pattes d’éléphant’’.
Conséquences des pires formes de travail des enfants
M.Boyodi Essotina a indiqué que les enfants victimes sont sujets de plusieurs difficultés psycho-sociales et physiques. « Généralement, l’enfant victime est confronté à plusieurs fléaux, notamment privé de sa famille, il vit un sentiment de perte et éprouve des difficultés d’adaptation à sa nouvelle sociétéet parfois, il développe des pensées suicidaires ou une faible estime de soi », a-t-il fait savoir.
Les mesures de protection prises en faveur des enfants
Dans la région de la Kara, en dépit des difficultés liées à l’insuffisance des moyens financiers et matériels, des acteurs sociaux (les associations et ONG intervenant dans la protection des mineurs), organisent régulièrement, des séances de sensibilisation à l’endroit des parents et élèves dans les établissements. Des recherches et la récupération de certains enfants victimes sont effectuées de temps à autre grâce aux actions des forces de l’ordre et de sécurité et de la direction régionale des affaires sociales, ainsi que la descente sur le terrain de la direction régionale du travail et des lois sociales pour dissuader les exploitants de ces mineurs. Il y a aussi des ateliers régionaux de formation qui sont organisés à l’endroit des structures et centres d’accueil des enfants récupérés, pour les outiller davantage entre autres sur les documents cadres de protection de l’enfant.
Les dispositions juridiques de protection du travail des enfants
Ces dispositions sont nombreuses et diverses. Il s’agit du code de l’enfant, des lignes directrices des Nations Unies et de la Charte africaine relatives aux droits des enfants, des normes et standards applicables aux structures d’accueil et de protection des enfants vulnérables au Togo. On note aussi des conventions internationales (convention N°138 de l’OIT fixant l’âge minimum d’accès au travail, convention N°182 sur les pires formes du travail des enfants et celle de la Haye en matière de protection et de coopération d’adoption internationale).
Le plan national de lutte contre le travail des enfants
Ce Plan d’Action National de Lutte contre le Travail des Enfants (PANLTE) qui couvre la période 2021-2024 et l’arrêté N°1556 de la Fonction publique déterminant les travaux dangereux, ont fait objet de sensibilisation et d’appropriation des populations. Ce PANLTE a pour but de réduire la proportion d’enfants au travail d’ici à 2024 à travers l’adoption de mesures adéquates et la mise en œuvre d’actions politiques, sociales, économiques et institutionnelles pour l’éradication de toutes les pires formes de travail des enfants.
Le directeur régional du travail et des lois sociales de la Kara a fait savoir que l’avenir du pays est compromis si on ne prend pas correctement soin des enfants. « L’Etat a entrepris beaucoup d’actions, notamment les infrastructures sanitaires, scolaires (cantines scolaires) et il revient aux parents de redoubler d’efforts en prenant leur responsabilité en main dans la prise en charge de leurs enfants et non le contraire. Mais ceux qui continuent d’exploiter ces mineurs à des fins économiques, seront punis conformément au code du travail et au code pénal en vigueur au Togo », a-t-il martelé.
Propos recueillis par TEDIHOU Arokèmawè






