
Par Elisée Rassan
Trois ans d’attente, quelques semaines d’enthousiasme… puis la réalité. Les 3 000 nouveaux agents recrutés dans la fonction publique togolaise ont finalement rejoint leurs postes au début du mois d’avril 2025. Mais derrière les sourires du premier jour, l’expérience administrative tourne vite à l’épreuve.
Premiers pas, premières secousses
Lundi 14 avril, dès les premières heures du jour, le quartier administratif de Lomé reprend vie. Sur la rue des médias, visages concentrés et chemises fraîchement repassées donnent le ton. Jean, 29 ans, assistant en communication dans une direction du ministère de la Communication, vient de prendre fonction. Il se dit heureux de « commencer enfin une carrière stable ». Mais cette sérénité sera de courte durée.
Dès sa première journée, il découvre un service en sous-effectif. « Mon supérieur hiérarchique a été direct : “On compte sur vous, la dernière vague de recrutement remonte à 17 ans” », confie-t-il. En quelques jours, Jean est plongé dans des missions multiples. « Je m’attendais à un environnement bien structuré, avec des horaires définis. Mais ici, chacun apprend sur le tas. A 12h28, je suis encore à mon poste, sans pause. C’est le quotidien en communication, m’apprend-on ».
Affectations provisoires
Au cœur des préoccupations, l’affectation. Pour de nombreux agents, le poste actuel n’est qu’un point de passage. Des mutations sont évoquées mais sans date ni orientation. Une recrue, rencontrée dans une cantine du quartier administratif, en face d’Orabank, s’inquiète : « On nous parle de redéploiement, mais on ignore quand et vers où. On ne peut pas s’installer durablement dans ces conditions ».
Cette instabilité se double d’un véritable casse-tête administratif. Pour valider leur intégration, les agents doivent constituer des dossiers dont les contours restent flous. Dans les couloirs, chacun interroge l’autre : « Tu as mis quel document ? », « On m’a dit qu’il faut légaliser ça », « Il paraît que ça dépend du ministère ».
Une précarité salariale dès l’entrée
Autre obstacle, et non des moindres, la question salariale. Comme souvent dans la fonction publique, les premiers mois s’effectuent sans rémunération. Le délai pour percevoir le premier salaire-et son éventuel rappel – varie de quatre à six mois. Un laps de temps durant lequel les agents doivent survivre, parfois loin de leur ville d’origine, avec les seules ressources personnelles ou familiales.
« Je vis chez un oncle pour limiter les dépenses », témoigne Douti, un jeune comptable affecté à Lomé. « Mais même pour le transport ou les repas, c’est compliqué. On nous dit que ça va venir, mais sans date précise », ajoute-t-il.






