
Par Prince Makassa
Les peuples Akposso et Akébou s’apprête à célébrer la 43ème édition de leur fête traditionnelle, OVAZU le samedi 14 décembre prochain. Cette manifestation culturelle rassemble les fils et filles Akébou et Akposso autour du fonio principale céréale de la région. C’est une fête culturelle de retrouvailles, de fraternité, de cohésion sociale et de moments de penser aux développement économique et sociale durable des deux communautés. Pour cette édition, les manifestations se dérouleront à Badou dans la préfecture de Wawa.
Historique de la fête traditionnelle OVAZU
Selon le président du comité local d’organisation de la préfecture de Wawa, Jacques Bouka, la 1ère édition de la fête du fonio connue sous le nom de fête traditionnelle des peuples Akposso et Akébou OVAZU a été organisée pour la première fois le samedi 8 décembre 1979 à Amlamé dans la préfecture de l’Amou.
Lors de cette rencontre, une délégation des Akébou dont les groupes folkloriques Awoumétsè, Azomu, Gbéko, Asrafo et Gbomélolo, s’est retrouvée à Amlamé. De la même manière une délégation Akposso de la préfecture de Wawa avait rejoint ses frères d’Amlamé. Les deux délégations et leurs parents résidant à Amou, ont à travers chants et danses de chaque localité montrer leurs savoir-faire, partagés les différents mets surtout le fonio et se sont promis de rééditer cette rencontre de fraternité, de gaieté, de convivialité et de retrouvailles à chaque récolte de fonio pour célébrée l’identité commun entre frères Akposso et Akébou.
À l’époque toute la zone Akébou faisait partie de la préfecture de Wawa et la fête traditionnelle du fonio se célébrait seulement à Amlamé dans la préfecture d’Amou et à Badou dans le Wawa. Après l’érection de la sous-préfecture de l’Akébou en préfecture le 3 décembre 2009, cette fête traditionnelle des peuples Akposso et Akébou, OVAZU, s’est déroulée pour la 1ère fois à Kougnohou dans la préfecture de l’Akébou en décembre 2014. Depuis cette date, elle est célébrée chaque année de manière rotative soit à Amlamé, à Badou ou à Kougnohou .
OVAZU, une célébration qui booste les économies locales
La fête traditionnelle des peuples Akébou et Akposso est une manifestation culturelle qui occupe une place de choix et participe beaucoup à la vie sociale et économique qu’il s’agisse du petit commerce ou des opérateurs économiques locale. Au tour de cette fête, les activités économiques se développent, notamment les débits de boisson, les stations d’essence et les vendeurs de jus de citron et d’eau. Les restaurants et débit de boisson font des recettes, jusqu’au vendeur de jus de citron et d’eau en sachet communément appelé pure water à chaque édition de cet événement culturel à Badou.
Le gérant de l’essence de la station SADKO, Marcellin explique que lors de la fête OVAZU, « notre chiffre d’affaires augmente ce qui fait qu’à chaque édition, nous faisons un ravitaillement conséquent pour ne pas avoir de rupture de stock étant donné que beaucoup d’autorité viennent avec leurs véhicules ». Abondant dans le même sens le gérant du bar « cascade plus », Joël confirme qu’au cours de la fête traditionnelle OVAZU, sa structure reçoit beaucoup de clients et pour ne pas manquer de boissons, nous augmentons le stock et des fois tout le stock s’épuise.
M. Kokou, un agent d’entretien de l’auberge Byli-Grâce confie que lors des derniers événements de la fête OVAZU, toutes les chambres étaient réservées, et chaque matin « je viens faire l’entretien des locaux et débarrasser les poubelles. Après je suis en permanence pour aider le gérant dans ses tâches en cette période de fête OVAZU.
Pratiques culturelles du fonio dans la tradition Akébou et Akposso
Le préfet de l’Akébou Yovo Koffi-Kuma, fils Akébou explique que le fonio, en dehors des moments de réjouissances tels les mariages et les naissances, est un excellent crédit de communication ou un canal par lequel l’Akébou rentre en contact avec son défunt dans l’au-delà. Lorsqu’un fils Akébou veut recevoir des informations de l’au-delà, plaider une cause, recevoir ou rompre une malédiction, on prépare le fonio qu’on dépose à l’autel pour établir la connexion entre les vivants et les défunts.
Le fonio est également le dernier repas rituel pour chaque Akébou avant son enterrement. Pour lui jadis, le fonio était également considéré comme étant une grande arme destructrice, qui pouvait dérouter l’ennemi. Les aïeux l’utilisaient le fonio comme poudre à canons et même dans certains rituels secrets pour vaincre les ennemis redoutables lors des guerres intercommunautaires et tribales.
Le président préfectoral d’organisation de la fête OVAZU, de la préfecture de Wawa, Bouka Jacques, a fait savoir que culturellement la fête OVAZU, est un moment de retrouvailles, de cohésion sociale, de fraternité des peuples frères Akposso et Akébou, de remise en cause permanente et de réflexion sur la vie sociale, les défis urgents et le développement harmonieux et durable des différentes préfectures. Outre ces moments de réjouissances, c’est aussi une aubaine pour la diaspora de rentrer au bercail pour se ressourcer, se reconnecter avec ses aïeux, ses divinités et de remercier et de recevoir les bénédictions et de protection des aïeux. Pour lui c’est aussi une occasion pour les deux communautés frères, de valoriser le potentiel culturel et économique ainsi que le tourisme autour du fonio. « Pour cette 43ème édition, ce sera le tour de la préfecture de Wawa d’organisée cette fête le 14 décembre prochain à Badou.
Le lancement officiel de la fête traditionnelle OVAZU, fête du fonio a eu lieu le 7 décembre à Tomégbé, à 10 km au sud de Badou ». Le programme concocté pour cette 43ème édition est présenté comme suit : le vendredi 6 décembre 2024, opérations Amou, Wawa et Akébou propres. Samedi 7 décembre : cérémonies rituelles dans les sanctuaires d’Amou ( Idifiou) et dans l’Akébou (Hohoè) ; conférence débats à Badou et lancement officiel des festivités à Tomégbé une localité située à 10 Km au sud de Badou dans l’après midi. Le dimanche 8 décembre : offices religieux dans les trois préfectures concernées. Le 12 décembre : audience foraine d’établissement de certificat de naissance et ou de nationalité. Le vendredi 13 décembre : organisation d’une caravane qui démarre du village d’Adapé un village situé à 30 km à l’est de Badou, ce jusqu’à la frontière Togo-Ghana ; dans l’après midi, un festival de musique et danse folkloriques des groupes de toutes les préfectures. Le samedi 14 décembre : apothéose sur le terrain du CEG Badou-ville et le dimanche découverte des cascades d’Aklowa, Kpètè-Béna et des autres préfectures à savoir Akébou et Amou.
Carte postale de la préfecture de Wawa
La préfecture de Wawa est l’une des 12 préfectures de la région des Plateaux. Elle compte 12 cantons et 3 communes. « L’économie de ces 3 communes est basée essentiellement sur l’agriculture et le commerce » a indiqué le secrétaire général de la préfecture Issa Touré. Près de 90% de sa superficie est couverte de montagnes, de plateaux, de vallées vertigineuses et une petite pleine à l’ouest. Limitée au nord par la préfecture de l’Akébou, au sud par les préfectures de Dayes et de l’Amou, à l’est par l’Amou et à l’ouest par la République du Ghana, Wawa couvre une superficie de 1.163 km².
Les trois communes, avec la politique de décentralisation que le Togo a enclenché depuis 2019, sont Wawa 1, chef-lieu Badou, avec 4 cantons (Tomégbé, Kpètè-Bèna, Kessibo et Badou), Wawa 2, chef-lieu Gbadi-N’kougna , 3 cantons ( Ekèto, Gobè et Gbadi-N’kougna), et Wawa 3, chef-lieu Okou, compte quant à elle, 5 cantons à savoir Doumé, Klabè-Efoukpa, Okou, Ounabè et Dzogbégan. La population de la préfecture est estimée à 101.300 habitants selon le 5e recensement général de la population togolaise en 2022. Celle de la commune Wawa1 est estimée à 51187 habitants, Wawa 2 à 20 414 et Wawa 3 à 29 699 habitants.
L’économie de cette population est basée essentiellement sur l’agriculture et le commerce. Cette localité est l’une des 12 préfectures de la région des plateaux qui produit le café et le cacao comme produits de rentes. Outre le café et le cacao, on y cultive également du gingembre, des bananes plantains et douces, des avocats et oranges. En dehors des fruits, on produit aussi le manioc, l’igname, le maïs, le riz, et surtout le fonio sur les plateaux de la préfecture. Sur ses plateaux et montagnes, des vues panoramiques exceptionnelles s’offrent aux différents visiteurs avec des chutes d’eau par endroit. On y dénombre une douzaine de chutes d’eau ou cascades inaccessibles et inexploitées sauf celles d’Aklowa et d’Adomi en cours d’aménagement.
Badou, une ville cosmopolite
Badou, chef-lieu de la préfecture de Wawa est l’une des anciennes villes cosmopolites du Togo, dans laquelle, le peuple autochtone Akposso vit en parfaite harmonie depuis des décennies avec les peuples Ewé, Kotokoli, Haoussa, Kabyè et Moba entre autres. Pour s’y rendre, il faut partir d’Atakpamé, chef-lieu de la région des Plateaux se diriger vers l’ouest sur 90 km environ. Après le péage d’Evou-Apégamé, un village situé à 13 km d’Atakpamé, une majestueuse montagne s’impose à vous sur 7 km. Elle culmine par endroit entre 550 et 650 mètres d’altitude avec des vues panoramiques exceptionnelles vers l’est. Sur le plateau, une route serpentée vous amène à Badou, en passant par plusieurs villages, notamment, Ounabè, Imoussa, Okou, Klabè-Efoukpa et Dzogbégan. Arrivée à Dzogbégan, 7 km de descente s’impose à vous avant d’arriver à Badou au pied de la montagne.






