
Tedihou Arokèmawè
Le Fonds national de la finance inclusive (FNFI), un mécanisme de financement mis en place par le gouvernement depuis 2014, a fait du chemin en faveur des couches les plus vulnérables, notamment les femmes, les jeunes et entrepreneurs, qui peinent à accéder aux services financiers, auprès des institutions financières classiques.
L’Agence Togolaise de Presse (ATOP) Kara, a recueilli des témoignages sur les impacts concrets de ces financements sur le quotidien de certaines bénéficiaires de la région de la Kara.
Qui sont donc ces bénéficiaires ?

Mme Sebabé Essofa, âgée de 54 ans, teint noir, corpulence moyenne, femme entrepreneure, gérant l’établissement « Chimamanda cosmétique » au Grand marché de Kara. Elle est spécialisée dans la vente des produits entrant dans la fabrication de tout type de savon, de l’eau de javel, des crèmes et des pommades, bref un peu de tout ce qui entre dans le cosmétique.
Mme Gabadago Akossiwa, femme entrepreneure, teint clair, 43 ans d’âge, taille moyenne, habite le quartier Lama N’Gbondè. Commerçante au Grand marché de Kara, propriétaire de l’établissement « Elémawussi », elle évolue dans l’achat et vente en gros et détail des bijoux, des perles et des produits de beauté.
Mme Ago Alimatou, entrepreneure âgée de 47 ans, ronde, taille courte, habitant le secteur campus sud, est gérante d’une boutique d’alimentation générale et activités connexes de recharge de gaz, la vente des tissus pagnes et des produits congelés.
Mme Ouro-Tagba Rabi, entrepreneure âgée de 43 ans, grande de taille, teint clair, fait principalement le stockage et vente en gros du gari à Kara sud, en plus d’autres céréales en période d’abondance.
Mme Noufoh Tchedré, forme ronde, taille moyenne et teint clair, une entrepreneure restauratrice à Bassar et couturière de profession qui achète, coud et vend les prêt-à-porter et tissus pagnes.
Leurs premiers contacts avec le FNFI
Toutes ces femmes entrepreneures bénéficiaires du FNFI ont appris l’existence de ce fonds de bouche à oreille de façon incertaine et à son lancement officiel à Lomé, par les promoteurs. « J’ai connu FNFI par le biais d’une maman. Au départ, je n’avais pas voulu accepter, mais comme elle m’a encouragée, j’ai dit bon, je vais essayer voir », dit dame Sebabe.

Moi, souligne Mme Ouro-Tagba, « J’ai connu le FNFI lors de son lancement officiel à Lomé par SEM, Faure Essozimna Gnassingbé et l’ex-ministre du développement à la base, Mme Tomégah-Dogbé Victoire.
Pour dame Gbadago, « D’abord j’entendais parler de FNFI depuis la maison mais j’ignorais ce que c’est. Quand je suis arrivée au marché j’entends toujours parler de FNFI et je me pose la question c’est quoi au juste. C’est là que je me suis dirigée vers les premières responsables qui m’ont m’expliqué ce que c’est et en même j’ai adhéré ».
Mme Ago, de son côté, explique avoir fait la découverte de FNFI en tant que membre d’une microfinance, quand les femmes viennent pour y adhérer, disant que FNFI, c’est bénéfique et il y a beaucoup d’avantages mieux que les microfinances et c’est ce qui m’a motivée à y adhérer.
Enfin ajoute Mme Tchedre, « J’ai connu le FNFI en 2015 par le biais d’une amie qui est venue à moi me dire qu’il y a un financement qu’on appelle FNFI qui donne de l’argent aux gens à partir de 30.000 F, on peut prendre ça et commencer quelque chose. En ce temps j’étais couturière et on était partie prendre et commencer à acheter des pagnes de moindre qualité et on cousait des robes pour revendre ».
Les bénéficiaires de FNFI reconnaissent avoir eu les premiers accompagnements pour créer ou renforcer leurs activités avec des montants qui vont de 30.000 jusqu’à 600.000 F CFA, selon la nature des produits avant d’accéder aux grands prêts en 2025, appelés « N’kodédé ». Elles affirment être motivées d’adhérer à ce fonds pour ses nombreux avantages et intérêts, surtout pour le taux de remboursement qui est abordable par rapport à celui des microfinances ou banques classiques.
La situation des bénéficiaires avant FNFI
Les bénéficiaires affirment qu’avant FNFI, rien de bon n’allait vraiment avec des petits prêts auprès des microfinances avec un taux de remboursement très élevé.

« En 2025, j’ai reçu N’kodédé 2.000.000 de francs CFA. Mais avant ce financement FNFI, ma situation professionnelle et économique était basée sur les cotisations et tontines dans les microfinances. Avec ces tontines, je me débrouillais comme ça pour faire de petits prêts, je rembourse et je relance encore, ce qui ne me permettais pas d’atteindre ma vision. Mais avec les deux millions j’ai renforcé le stockage du gari et vraiment mon objectif est atteint quand même », a dit Mme Ouro-Tagba.
Sa consœur Mme Sebabé, dit qu’avant FNFI, « j’évoluais en dent de scie avec les microfinances, avec leurs intérêts élevés. Dès fois jusqu’à ce que tu ne finisses de payer à la microfinance, le prix de la marchandise a abaissé. Il faut encore un autre moyen pour faire remonter la marchandise. Mais le financement octroyé m’a permis de réaliser ce que vous êtes en train de voir autour de moi et ça m’a permis de pouvoir mieux m’installer », a-t-elle renchéri.
« J’ai d’abord reçu le Produit d’accompagnent à la formalisation (PAF) estimé à 500.000 F, après remboursement on m’a octroyé encore 600.000 F et après le remboursement aussi, j’ai eu un papier avec lequel je suis allée vers les banques, où j’ai obtenu N’kodédé d’une valeur de 5.000.000 F », confie dame Gbadago.
Tout comme leurs consœurs, Mmes Ago et Tchedré n’avaient pas une situation économique aussi stable, avec les petits prêts contractés çà et là auprès des micro finances, où elles se débrouillaient pour joindre les deux bouts. Avec le produit N’kodédé de FNFI (2 millions reçus par chacune d’elles), elles ont réussi à se lancer véritablement dans leurs entreprises à travers l’amélioration de leurs marchandises.
« Le financement reçu m’a servi à acheter les immobiliers, par exemple je n’avais pas le foufou mix, je l’ai acheté, le cadre d’exposition des marchandises aussi, je l’ai fait et j’ai acheté un congélo sophistiqué pour pourvoir faire du glaçon à tout moment », fait savoir Mme Ago Alimatou.
Pour Mme Tchedré, « C’est avec ça que je me suis formée dans la restauration et la vente des pagnes de qualité. Avant le FNFI, je n’avais pas les moyens, c’était difficile pour moi de trouver au moins 20.000 F pour se lancer dans une autre activité et c’est avec FNFI que j’ai commencé à connaître ce qu’on appelle argent et aujourd’hui j’ai pu renforcer mon restaurant », a-t-elle dit.
Impacts concrets dans la vie des bénéficiaires
Toutes ces femmes entrepreneures affirment avoir eu leur autonomie économique nettement améliorée, de contributions aux charges du foyer, de renforcement de compétences et leadership et du respect pour l’embauche et appui qu’elles apportent aux autres femmes et aux jeunes étudiants ou apprentis en fin de formation.
Le FNFI est mon « dieu sur terre », s’exclame dame Tchedré. « C’est grâce à ça, que j’ai connu ce qu’on appelle argent et j’ai pu tenir un à deux millions que je gère bien et je trouve les bénéfices, donc FNFI c’est mon « dieu sur terre », je remercie le Président du Conseil d’avoir ouvert les yeux de nous les femmes », a-t-elle fièrement exprimé.
J’affirme que j’ai acquis mon autonomisation avec FNFI, renchérit Mme Gbadago Akossiwa. « Avant, il y avait certaines choses que je n’arrivais pas à faire et du coup aucune joie en moi. Si par exemple avec ce que je vendais l’enfant demande à acheter quelque chose, je n’étais pas en mesure de lui donner. Mais maintenant, s’il me demande, je lui donne immédiatement sans hésiter en attendant que son père ne réagisse », a-t-elle fait savoir.
Mme Sebabe se sent quant à elle, autonome sur tous les plans parce qu’elle n’attend plus prendre quelque chose de la main de quelqu’un avant de pouvoir s’engager. « …avec le financement de FNFI, nous les femmes nous avons appris à économiser, à mettre un peu de chose quelque part. Quand tu es malade ou ton enfant est malade, tu peux courir aller à l’hôpital en attendant que papa ne vienne après. C’est ça l’autonomisation que nous les femmes ont avec FNFI », a-t-elle confirmé.
Messages et remerciements aux promoteurs de FNFI
Toutes ces femmes entrepreneures aujourd’hui épanouies, lancent un appel pressant et encouragent toutes celles qui sont déterminées à avancer, à pouvoir garantir l’avenir, de ne pas hésiter à se mettre dans les pas de FNFI. Elles expriment par la même occasion, leur reconnaissance au Président du Conseil pour l’initiative qu’il a prise en mettant sur pied le FNFI pour que la femme togolaise soit autonome et épanouie.
Des doléances formulées à l’endroit des initiateurs
Tout compte fait, si ces femmes entrepreneures reconnaissent que les différents produits FNFI que sont AGRISEF, APSEF, AJSEF, PAF et N’kodédé, leur ont permis d’être ce qu’elles sont aujourd’hui, il n’en demeure pas moins vrai qu’elles éprouvent certaines difficultés liées au manque de matériels et équipements afin de pouvoir réagir à temps et à contre temps en matière de production, de transformation et de demande en quantité de certains produits agricoles.
« Je suis la présidente d’un groupement et je travaille avec les femmes dans Tchaoudjo et Assoli et nous manquons du matériel de transformation pour augmenter la productivité de gari », a plaidé Mme Ouro-Tagba.






