
Kara, 19 juil. (ATOP) – Les luttes traditionnelles « Evala » constituent le premier rituel marquant la maturité du jeune Kabyè de 18 ans. Dans ce processus d’intégration, l’oncle joue un rôle très important. Un rôle relevé dans une entrevue avec l’encadreur de lutte, Talboukoung Bamazi.
Accord de l’oncle avant l’initiation
L’oncle a une mission capitale dans l’initiation du jeune Kabyè dont l’étape primordiale est celle des Evala. Que ce soit dans les coutumes, les rites d’initiation ou même dans les réjouissances comme le mariage, le poids de l’oncle est considérable. En effet, il revient au père, constatant que son fils est âgé de 18 ans, d’aller vers l’oncle (maternel) de son enfant pour lui signaler que son neveu ayant 18 ans, est mature et qu’il voudrait l’initier au rite Evala. Après information, l’oncle peut lui donner rendez-vous le même jour, le lendemain ou dans quelques jours pour une réponse.
L’oncle fournit le chien et la lame de rasoir
Lors de cette deuxième rencontre, l’oncle fournit le chien et un instrument que le Kabyè appelle « Hounou », ou la lame en français (signe de son consentement à l’initiation de son neveu). C’est avec le chien sacrificiel offert à son neveu Evalou et cette lame que le père retourne chez lui à la maison pour commencer la cérémonie. Cette dernière va consister à, piler les feuilles de baobab avec un Egoulou (le majeur ayant fini toutes les étapes initiatiques) qui est là pour faire la cérémonie à l’enfant. Ce dernier va prendre cette lame en présence du père et il va cicatriser le jeune Evalou au niveau des deux joues ou près des oreilles. « Il faut préciser qu’avec le modernisme certains trouvent que c’est de la violence physique à telle enseigne qu’aujourd’hui pour cette cérémonie on fait juste une simulation de faire la cicatrice. », a confié M. Talboukoung. Après cette phase, l’Egoulou puise la composition déjà pilée avec les feuilles de baobab avec une louche traditionnelle, faite à l’aide d’un arbre, qu’il fait boire au jeune Evalou. En réalité, le jeune ne boit pas mais c’est en signe de lui donner à boire. Il répètera ce geste trois fois en tenant vis-à-vis de ce jeune qu’on va initier, des propos tels que « Aujourd’hui, tu dois passer dans la classe des grands, des sages et sache qu’un sage ou un grand ou un majeur quand il est au dehors c’est avec ses camarades qu’il peut se bagarrer, c’est avec ses promotionnaires, qu’il peut se battre. Toi gare à toi, tu sors dehors tu ne le fais pas et c’est dans ta propre maison quand papa va parler tu vas oser lui adresser des insanités tu verras ». Donc ce sont ces propos que l’initiateur doit dire au jeune initié.
La symbolique du Hounou qui est la lame en français que l’oncle doit remettre au papa de l’initié, c’est pour simplement signifier que l’oncle a marqué son accord par rapport à l’initiation de son neveu. Ce dernier étant majeur doit être initié et faire Evala. Cela signifie que désormais, il doit se défendre, savoir se battre contre un ennemi ou un envahisseur et apte à sauver ses parents qui sont peut-être déjà âgés donc faibles physiquement.
L’oncle sollicité au décès de son neveu initié
Lorsqu’on cicatrice le jeune initié et qu’il meurt avant qu’on ne lui fasse les Kondona (l’avant dernière étape de l’initiation) il a droit qu’on le fasse coucher sur ce qu’on appelle en Kabyè « taillas », c’est le cercueil traditionnel mais son cadavre ne sera pas couvert de la peau de bête. Avant qu’on ne le fasse, cela voudrait dire que le jeune initié a une fois franchie cette peau qui intervient lors de la cérémonie des Kondona.
Une fois cicatrisé, si le décès du jeune initié survient avant qu’il ne fasse les Kondona, il incombe également à l’oncle de signaler que son neveu a été initié comme Evalou et qu’on peut le mettre sur le cercueil traditionnel en couvrant son corps de pagne avant son enterrement.
ATOP/MEK/TAL






