
« API, API », entend-on souvent sur la bretelle de Klikamé (d’Attikoumé à la nationale No 1) au niveau de la Caisse de retraite du Togo (CRT) surtout à la sortie de l’école. Ce cri des piétons, en l’occurrence des élèves, qui se fait entendre matin, midi et soir interpelle API de son vrai nom Jules Adjoh, un volontaire pour les aider à traverser la route.
La cinquantaine, Adjoh, maître-coiffeur ayant son atelier à proximité de la jonction bretelle-rue parallèle à la CRT se met chaque jour au service des usagers de la route. Aux heures de pointe, Adjoh est présent à son poste. En gilet, casquette ou parfois béret sur la tête, panneau STOP en main sur lequel figure le drapeau togolais dans un fond rouge, Adjoh aide les piétons à traverser la route. Sur ses accoutrements et le panneau, figure l’inscription API, une défiguration du mot anglais happy. « Ce nom m’a été donné dans notre club de football par un ghanéen qui avait constaté que je donnais la joie aux gens grâce la danse rock and roller que je leur apprenais gratuitement en dehors du jeu », a-t-il confié.
API, très accueillant et fier de ce service, donne les raisons qui l’ont poussé à se mettre au service des usagers de la route. « Je suis Togolais et je dois travailler pour mon pays non pas forcément pour l’argent. J’ai constaté que les gens éprouvent des difficultés à traverser la route à cause de la densité de la circulation. Pour éviter que les voitures, les motos ou les vélos ramassent les piétons, je me suis dit que je pouvais servir à quelque chose, c’est-à-dire aider les piétons en particulier les élèves à traverser la route » confie Adjoh.
Fidèle à son engagement de servir ses concitoyens, déjà à 6 h, il est à son poste. « Je suis là-bas de 6h à 8h ; 11h à 12h ; 14 h à15h et de 17h à 18h. J’aide les élèves à traverser la chaussée. Je suis également au service des vieux, et des autres usagers de la route. Quand un cycliste, un conducteur de moto ou de voiture veut aller dans un autre sens, j’interviens aussi », explique-t-il.
Son amour pour ce service l’a amené à recevoir des cours sur la sécurité routière. Les leçons apprises lui permettent de conseiller les usagers. A notre arrivée sur les lieux, nous avons surpris Adjoh en train d’orienter le cycliste Kokou qui s’entêtait à forcer le passage. Le cycliste témoigne : « j’étais sur mon vélo et je voulais traverser la route. API par des gestes de mains m’a interdit de passer mais je tenais à forcer. Comme il insistait, j’ai patienté et il est venu vers moi et m’a indiqué la position que doit prendre avant d’aller de l’autre côté de la voie ».
Alphonse un client de Adjoh, venu se faire coiffer dans son atelier, relève l’amour de API à rendre service aux autres « Depuis une quinzaine d’années, Adjoh est dans ce travail de routier. Quand tu arrives dans son atelier aux heures de pointe, il n’a pas le temps de te coiffer ; il te dit je dois aller faire traverser la route aux enfants ».
Malgré quelques difficultés qu’il rencontre, Adjoh est toujours déterminé. « Les gens me cognent parfois à cause de leur état d’ivresse ou de leur imprudence mais je ne tombe pas. Je me confie toujours à Dieu et je prie pour que chacun soit sain et sauf », a conclu API.
Cet engagement à faire traverser les usagers de la route est pour lui une manière de contribuer à la sécurité routière.
ATOP/BV/TD






