
Rabat, 28 déc. (ATOP)- La décision de la Confédération africaine de football (CAF) de faire passer la Coupe d’Afrique des nations à un cycle quadriennal vise à repositionner la compétition dans un calendrier international de plus en plus contraignant. Mais au-delà des arguments institutionnels, le choix suscite de vives réactions au sein du monde médiatique africain.
Pour Mike Muganba, journaliste zambien, le sentiment est mitigé. Il reconnaît que ce changement pourrait apporter certains bénéfices, notamment en allégeant un calendrier international déjà surchargé. « Cela pourrait renforcer le prestige de la CAN et réduire la pression sur les joueurs, surtout avec les plaintes répétées des clubs européens », estime-t-il. Selon lui, des éditions moins fréquentes pourraient également rimer avec une meilleure organisation et une qualité accrue.
Mais le journaliste met en garde contre une perte symbolique. « La CAN, ce n’est pas seulement une compétition. C’est une vitrine, une opportunité et une source de momentum pour de nombreux pays et joueurs. La jouer moins souvent réduit l’exposition et la connexion entre les pays et tous les acteurs du football y compris le public ». Il doute que la future Ligue africaine des nations puisse combler ce vide si elle n’est pas portée avec la même ferveur par les fans et les diffuseurs.
Ce point de vue plus favorable est défendu par Eze Anaba, journaliste nigérian, éditeur d’un quotidien national et président du Guild of Newspaper and Broadcast Editors in Nigeria. Pour lui, le passage à un cycle quadriennal est avant tout une nécessité. « Il est important que la CAF aligne son calendrier sur celui de l’Europe, où évolue la majorité des joueurs africains », explique-t-il. Il insiste également sur la difficulté, pour de nombreux pays africains, de mobiliser les ressources financières nécessaires pour organiser une CAN tous les deux ans. « Quatre ans donnent aux Etats le temps de mieux se préparer », affirme-t-il.
A l’opposé, Rodolphe Tomegah, journaliste togolais, redoute une rupture avec les supporters. « Une CAN tous les quatre ans priverait les fans africains de leur plus grand rendez-vous footballistique. Tous les deux ans, la CAN est une fête, un rituel », rappelle-t-il. Selon lui, espacer la compétition risque d’affaiblir la visibilité du football africain face à la domination des compétitions européennes. Il souligne également l’impact de la CAN sur le développement des infrastructures sportives, estimant que « la compétition agit comme un levier essentiel pour la construction et la modernisation des stades ».
Au Gabon, Franck Fusher Edzang Engohang, journaliste et chef du service des sports à l’Agence gabonaise de presse, voit dans cette réforme une opportunité de valorisation. « Le passage à quatre ans donnera plus de valeur à la CAN ». Il évoque une meilleure préparation des équipes et des pays hôtes. Il y voit aussi une solution aux conflits récurrents entre clubs européens et sélections nationales concernant la libération des joueurs.
Du côté de la Côte d’Ivoire, Teruo Gaye se montre également peu inquiet. « Ce changement offre plus de temps aux pays pour se préparer », confie-t-il, rappelant que l’organisation de la Ligue africaine pourrait maintenir une dynamique compétitive régulière à l’échelle du continent.
Une chose est sûre, l’avenir de la CAN dépendra de la capacité de la CAF à préserver son identité tout en répondant aux exigences du football moderne.
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