
Par TANKROUKOU Daka Ignace
Le gouvernement togolais ambitionne atteindre une couverture santé de 60% d’ici 2025. Pour y parvenir, les autorités ont décidé d’étendre l’assurance maladie aux autres couches sociales de la population par l’adoption de la loi du 18 octobre 2021 instituant l’Assurance maladie universelle (AMU) dans le pays.
Depuis l’adoption de cette loi, le gouvernement, l’Institut national d’assurance maladie (INAM), des journalistes et autres acteurs impliqués s’activent pour son effectivité dès janvier 2024. La sensibilisation de la population, surtout celle exerçant dans l’informel et celle économiquement faible, est le mode opératoire de l’INAM pour obtenir une adhésion massive à cette AMU.
Pourquoi une telle assurance ? En quoi est-elle différente de l’assurance y maladie obligatoire actuelle ? quelles en sont les avantages ?
L’Assurance maladie universelle (AMU) est un mécanisme de couverture du risque maladie destiné à protéger à terme l’ensemble de la population du pays. Elle est fondée sur le principe de la solidarité nationale, qui astreint chaque bénéficiaire à une contribution financière sous la forme d’une cotisation dont les modalités sont fixées par décret.
La santé est une priorité de cohésion sociale et économique placée au cœur de la politique de développement du gouvernement. Pour permettre à la population de faire face au coût élevé des soins médicaux et à l’insuffisance des offres de soins, l’Etat a mis sur pied de nombreuses mesures afin que chaque citoyen et résident puisse accéder aux soins de santé, selon leurs besoins. Parmi celles-ci, on peut citer en exemple, les programmes Wezou et School Assur, l’INAM, le renforcement des infrastructures sanitaires et l’amélioration du plateau technique des hôpitaux. C’est dans cette même logique que s’inscrit l’AMU.
L’AMU est donc fondée sur la nécessité et l’urgence d’unifier, de renforcer, de consolider et d’assurer une meilleure coordination au profit des populations de l’ensemble des dispositifs et mécanismes de couverture maladie déjà existants, et bénéficiant de manière complète ou partielle, de la contribution de l’Etat.
Elargissement à toutes les couches sociales
Contrairement à l’assurance maladie qui initialement était ouverte dans un premier temps aux agents publics, et dans un deuxième temps aux, volontaires, artisans, journalistes, étudiants, ou encore architectes, l’AMU englobe les agents publics et assimilés, les travailleurs du secteur privé régis par le code du travail, les acteurs de l’économie informelle et agricole, les travailleurs indépendants, les bénéficiaires de pension et de rentes, ainsi que les personnes qui ne disposent pas de ressources nécessaires pour contribuer à l’assurance maladie obligatoire.
Le chef de département Etude et Stratégie de l’INAM, Adogli Komigan relève que depuis le 18 octobre 2021, la loi instituant l’assurance maladie a été adoptée par le parlement au Togo. « Entre temps, plusieurs décisions ont été prises, mais les décrets de mise en œuvre ont été pris en conseil de ministre le 11 octobre passé, notamment sur le panier de soins, les cotisations et sur l’immatriculation des populations. En prélude à ces décrets, nous avons construit un mécanisme pour alléger l’immatriculation et le paiement des cotisations des populations de l’économie informelle. Dès que ces modalités seront réunies à partir de janvier 2024, le processus sera accéléré pour l’inclusion des travailleurs du secteur privé formel, les agricultures, les artisans et les femmes revendeuses des marchés et les commerçants », a-t-il précisé.
L’assurance maladie est un processus continu dont l’objectif est de faire acquérir un certain nombre de comportement et de culture en matière de protection sociale. Dans le but de mettre les journalistes à contribution, a poursuivi M. Adogli, une formation a été initiée à leur attention les 21 et 22 septembre 2023 à Davié pour leur permettre de comprendre les principales thématiques de cette assurance telles que les différentes dimensions d’une assurance maladie et les rôles des différents acteurs, la place des paramètres techniques et la problématique des médicaments afin de les amener à jouer leur rôle. « Maintenant que les autres textes, les décrets d’application de la loi et les paramètres techniques définitifs, notamment le panier de soins définitif et les cotisations sont adoptés, nous allons nous retrouver pour vulgariser ces éléments. On verra dans le processus, sur quel aspect nous pouvons valablement collaborer pour porter ensemble l’AMU dont la phase d’accélération interviendra dès janvier 2024 » a-t-il souligné.
Le consultant international en AMU, Hugues Tchibozo a salué le leadership des décideurs politiques du Togo, le professionnalisme de la directrice générale de l’Inam et l’ensemble de ses collaborateurs pour l’opérationnalisation de ce mécanisme, et les autres parties prenantes dont les hommes de médias. « L’assurance maladie universelle est un mécanisme de protection de l’ensemble de la population contre les conséquences financières du risque maladie. Nous sommes habitués aux concepts d’assurance et d’assurance maladie. Dès lors qu’on ajoute le mot universel ça implique qu’on veuille prendre en compte toute la population à l’échelle d’un pays. C’est un mécanisme mis en place et organisé par les pouvoirs publics pour assurer une protection efficace contre les conséquences financières du risque maladie ».
Les avantages de l’AMU
Le consultant a évoqué beaucoup d’avantages dans la mise en œuvre de l’AMU. « La maladie ne prévient pas. Aujourd’hui tout ce que nous savons c’est que si Dieu nous prête vie, chacun aura un petit boulot à un moment de son existence. Mais la grande incertitude c’est que personne ne sait quand et de quoi il souffrira et quand la maladie frappe à la porte, les coûts de prise en charge peuvent être élevés. L’AMU permet de protéger tout le monde contre les conséquences financières de la maladie. Autres choses, vous savez très bien que le capital humain est le principal facteur de production donc la cheville ouvrière de tout processus de développement et il n’y a pas de capital humain sans des hommes et des femmes en bonne santé ».
Selon M. Tchibozo, l’AMU permet de préserver le capital humain, et favorise le processus de production, et par conséquent le développement d’une nation. « Pour nous, acteurs du système de l’AMU c’est que, en tant que mécanisme de financement du système de santé, elle permet de renforcer quantitativement et qualitativement l’offre de soins. Il y a un certain nombre de pratiques néfastes, malsaines, déplorables auxquelles nous sommes habitués ici dans le système de santé. Dès lors que l’AMU va se généraliser, ses pratiques iront en réduction ».
Le consultant international a souligné que l’AMU est un mécanisme salutaire, un ciment d’unité, d’unification. Pour lui, c’est un socle de protection sociale qui va permettre à toute la population togolaise d’être protégé contre les conséquences financières du risque maladie. Sa mise en œuvre appelle à l’accompagnement d’une kyrielle de parties prenantes. Parmi elles, dit-il, les médias sont en très bonne position c’est la raison pour laquelle il est tout à fait indiqué que les acteurs des médias soient sensibilisés et formés sur les thématiques liées à l’assurance maladie universelle pour pouvoir bien accompagner le mécanisme.
Lors du conseil des ministres du mercredi 4 octobre 2023, une communication relative à l’assurance maladie universelle a été faite.
Paramètres techniques de mise en œuvre
La communication présentée en conseil des ministres le mercredi 4 octobre dernier formule des propositions articulées autour du panier de soins, des taux de cotisation, de l’architecture de l’AMU et du chronogramme prévisionnel d’intégration des différentes catégories de la population à cette assurance. Sept jours plus tard (11 octobre), le conseil des ministres a pris de nouveaux décrets pour une mise en œuvre effective de l’Assurance maladie universelle (AMU) à partir de janvier 2024.


Ces décrets confient la gestion de l’AMU à l’Institut national d’assurance maladie (INAM) et à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). L’accélération du processus d’opérationnalisation de l’assurance maladie universelle et l’élargissement du champ des assurés nécessitent qu’une nouvelle architecture soit adoptée, avec un plan de mise en œuvre permettant de tirer parti, non seulement de l’expérience de l’INAM, mais aussi de celle de la CNSS dans la gestion de la protection sociale.
Avec ce nouveau cadre juridique, l’INAM conserve ses missions actuelles d’organisme de gestion de l’assurance maladie universelle pour les agents publics et assimilés et les titulaires de pensions civiles et militaires, auxquelles s’ajoute la gestion de l’AMU au profit des personnes et ménages vulnérables. Par contre, la CNSS sera gestionnaire de l’assurance maladie universelle pour les salariés et titulaires de pensions du secteur privé, les travailleurs indépendants des secteurs informel et agricole ainsi que les ministres des cultes.
Le président de la République, conformément à sa politique de cohésion et d’harmonie sociales, de promotion et de développement du capital humain, a instruit le gouvernement de poursuivre la démarche inclusive et la concertation permanente dans la mise en œuvre du processus de déploiement de l’Assurance maladie universelle.
Tout porte à croire que l’AMU sera effectivement opérationnelle à partir de 1er janvier 2024 au grand bonheur de la population.






