
Par Joseph KANDA
Le Fonds national de la finance inclusive (FNFI) lancé depuis 2014 par l’Etat togolais a eu des impacts positifs sur la vie des femmes grâce à ses différents produits. Le dernier en date, dénommé N’kodédé « évolution, progrès » est un produit destiné aux bénéficiaires qui ont su faire leurs preuves dans la gestion des précédents et sont jugées aptes à se lancer dans l’entreprenariat, le commerce et d’autres prestations de service avec des fonds plus élevés. Plusieurs femmes dans la région des Savanes ont bénéficié de ce produit qui leur a permis de renforcer leurs activités et de s’auto épanouir.
Nous nous sommes intéressés particulièrement à Mme Mondo Yentougli, spécialisée dans l’achat, le stockage et la vente de produits céréaliers à Dapaong, aux dames Boulédé Dayendé et Adjaratou M’Boma qui sont dans le renforcement et la commercialisation de produits céréaliers respectivement à Dapaong et Gando (Commune Oti sud 1).
Parties de rien, ou presque
Avant de découvrir le FNFI et ses produits, Mmes Mondo, Dayendé et M’Boma vivaient quasiment la même situation socioéconomique, marquée surtout par la précarité.

Mme M’Boma, la soixantaine, mère de famille et grand-mère raconte : « Avant de connaître le FNFI, je travaillais pour une femme. Je mesurais le maïs et elle me payait 200 F CFA par sac mesuré. En saison agricole, pour faire mon champ, j’étais obligée d’emprunter 10.000 F CFA auprès d’une bonne femme et après la récolte, quelques soit le rendement, je la remboursais avec un sac de ce que j’ai cultivé. Cette situation ne m’avantageait pas du tout, puisque j’ai une famille à nourrir. J’étais tout le temps endettée ».
Récit presque identique du côté de Mme Mondo. Mère de 7 enfants, elle travaillait comme serveuse et femme de ménage dans un campement, avec un revenu dérisoire. Grâce à quelques tontines elle a initié un petit commerce d’arachides et travaillait de temps en temps dans les champs pour joindre les deux bouts. « On faisait du By day, c’est-à-dire qu’on n’avait pas d’activité fixe. Il y’a des périodes où on passait toute la journée dans les cabarets pour tenir compagnie aux vendeuses de Tchakpalo », a-t-elle révélé.
De son côté, Mme Dayendé, 40 ans, avait une situation relativement stable, mais elle nourrissait l’ambition d’aller toujours de l’avant afin de garantir une sécurité financière à sa progéniture. « J’avais commencé le commerce de céréales, notamment le maïs, le haricot et le soja et je me débrouillais pour subvenir aux besoins de ma famille. Mais tout n’était pas toujours rose et j’avais des difficultés bien souvent », confie-t-elle.
La découverte du FNFI racontée par les 3 héroïnes
Le Fonds national de la finance inclusive (FNFI) a été découvert par les femmes à la faveur des sensibilisations en général. Membres de petits groupements, elles ont été informées de ce projet mis en place par le gouvernement et ont décidé de s’inscrire pour en bénéficier.
« Moi, j’ai appris l’existence du FNFI par le biais d’une camarade qui est responsable d’une microfinance à Dapaong. Lorsqu’elle m’a parlé de ça je lui ai proposé de venir sensibiliser mes sœurs dans mon village dans le Kpendjal ouest pour qu’elles puissent y adhérer. Elle n’a pas hésité à le faire et beaucoup de femmes ont accueilli la nouvelle avec joie, parce qu’elles avaient des projets mais pas de moyens pour les réaliser », a déclaré Mme Dayendé.

« On a connu le FNFI au cours des années 2014. Des agents de microfinance sont passés nous voir dans nos groupements afin de nous expliquer le bien-fondé de cette initiative du gouvernement », confie Mme Mondo. Elle souligne que cette première rencontre a été suivie d’une série de sensibilisations et de formations sur les démarches à suivre jusqu’au jour où on leur a annoncé que les fonds étaient disponibles.
Du côté de Gando, maman M’Boma se rappelle avoir été invitée à Mango pour une rencontre au cours de laquelle elle a appris que le Président du Conseil, chef d’Etat d’alors avait lancé un projet pour les aider dans leurs activités génératrices de revenus. « On nous a dit qu’on allait nous accorder des prêts sans intérêt, sauf les frais d’assurances à payer. C’est ça qui m’a beaucoup intéressé parce qu’habituellement les microfinances exigent des garantis », a-t-elle déclaré.
Ces trois dames, comme toutes les autres bénéficiaires ont commencé avec le produit Accès des pauvres aux services financiers (APSEF) du FNFI, d’un montant de 30.000 F CFA, avant d’évoluer avec les autres produits, entre autres l’AGRISEF (Accès des agriculteurs aux services financiers) et le Produit d’accompagnement à la formalisation (PAF) avec des montants de plus en plus élevés. Ces différents produits leur ont permis d’améliorer leurs activités et de s’auto-suffire progressivement.
N’kodédé, l’échelle supérieure
Les résultats encourageants de ces femmes battantes qui ont su valider les premiers cycles des produits FNFI leur ont ouvert la voie pour passer à une étape supérieure notamment avec le produit N’kodédé dont le plafond est de 50 millions francs CFA. Ainsi Mmes Mondo, Dayendé et M’Boma ont obtenu respectivement des financements de 5 millions F CFA (en 2024), 3 millions (en 2025) et 2 millions (en 2025). Mme Mondo avait déjà bénéficié d’un premier montant de 3 millions en 2020 qu’elle a remboursé en totalité. Avec ces fonds elles ont augmenté considérablement leurs stocks.
Mme Mondo a un magasin de stockage à Tantigou dans le canton de Dapaong, son lieu de résidence, mais également de petits entrepôts dans les fermes et villages où elle se ravitaille. Elle explique : « Avant les femmes venaient me vendre leurs céréales mais après j’ai constaté que d’autres personnes me devançaient pour les court-circuiter en cours de route, alors j’ai décidé avec ce fonds de créer des petits magasins dans ces villages pour me ravitailler directement là-bas. En plus des céréales j’achète également un peu de tout comme le charbon, voire les légumes ». Dames Dayendé et M’Boma ont aussi renforcé leurs stocks.
Enfin autonomes
Grâce aux produits du FNFI, en l’occurrence N’kodédé, ces femmes ont gravi progressivement les échelons pour s’imposer dans la société comme actrice de développement. En effet, d’après leur témoignage, elles sont devenues autonomes, financièrement stables et contribuent aux charges familiales. Elles ont également des employés à leurs charges, contribuant ainsi à leur épanouissement et à la réduction du chômage.
Mme Mondo affirme que grâce à ses revenus, elle a pu offrir des motos à ses deux enfants aînés pour leur permettre de poursuivre leurs études universitaires. Elle répond aux besoins de tous ses enfants et a même acquis des terrains pour garantir leur avenir.
Pour Mme M’Boma : « FNFI, c’est mon père et ma mère. Avant je travaillais pour des gens, aujourd’hui ce sont des gens qui travaillent pour moi, et je les paye. Dans ma communauté je suis considérée comme un modèle. J’assure la scolarité de mes enfants et j’aide mes camarades quand je peux. Grâce à FNFI j’ai grandi ».
Avec sérénité, Mme Dayendé déclare que le FNFI a fait d’elle une femme accomplie. « Je m’en sors bien, je subviens aux besoins de mes enfants et je n’ai plus peur pour leur avenir » a-t-elle confié.
La vie de ces femmes a changé positivement, nonobstant quelques difficultés que sont des méventes saisonnières, les risques de vol et la conciliation entre la vie de famille et leur emploi du temps chargé. Elles rassurent toutefois que ces difficultés sont mineures et ne les empêchent pas d’évoluer.
Le FNFI, une solution pour les femmes
Mmes Dayendé, Mondo et M’Boma invitent les femmes qui hésitent encore à souscrire aux produits du FNFI à ne plus perdre de temps pour le faire. « Lors de nos réunions je demande toujours aux femmes de suivre mon exemple, de voir ce que le FNFI a fait de ma vie et de ne plus hésiter », a déclaré Mme M’Boma. De son côté, Mme Mondo rappelle que les procédures sont très faciles : « Il faut juste avoir les pièces d’identité pour avoir accès aux différents produits du FNFI. C’est seulement pour N’kodédé il faut joindre une attestation du Centre de formalité des entreprises (CFE) qui prouve qu’on est régulièrement installé », a-t-elle fait savoir. Elles ont toutes remercié le Président du Conseil, Faure Gnassingbé et le gouvernement pour l’attention particulière qu’ils accordent à l’épanouissement des femmes, en mettant en œuvre des projets d’une telle envergure.
A Gando, Mme Affissetou, une cliente de Mme M’Boma est venue s’approvisionner en maïs. Elle affirme connaitre l’existence du FNFI et ses produits, mais n’as jamais tenté le coup. « Je sais que le gouvernement a mis des projets en œuvre pour aider les femmes. Quand je vois ma sœur aujourd’hui je remarque que c’est une très bonne chose, donc je vais y réfléchir sérieusement » a-t-elle déclaré.






